jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107729 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHANDELLIER-CORBEL (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, la société du A, représentée par Me Corbel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et de taxe sur les véhicules de sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée, l'administration n'apporte pas la preuve que les encaissements se rapportant à des loyers devaient être soumis à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, le service ne pouvait établir les rappels en se fondant sur sa comptabilité ; il devait se fonder sur les factures qu'elle a produites ;
- l'administration fiscale ne pouvait refuser la déduction des prestations de transport des personnes sans méconnaître la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;
- c'est à tort qu'elle a refusé de reconnaître la déductibilité d'une facture correspondant à des honoraires d'avocat pour un montant de 2 500 euros et de factures relatives aux frais d'hôtel et de restaurant qu'elle a produites ;
En ce qui concerne les suppléments d'impôts sur les sociétés :
- ils doivent être réduits en conséquence de la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ;
- l'administration fiscale ne pouvait tenir compte pour la détermination du bénéfice imposable de deux factures clients de 1 499 euros et 10 414 euros, alors que le gérant de la société n'était pas présent lors des opérations de vérification et conteste avoir remis ces factures au service, et alors que l'administration fiscale ne les a pas annexées à la proposition de vérification ;
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que le loyer " Lebrati " devait être intégré dans le calcul de son chiffre d'affaires de l'exercice 2016 pour un montant de 282 euros ;
- l'administration a à tort refusé de reconnaître la déductibilité de charges correspondant à des honoraires d'avocat, des déplacements, des frais de logement et des frais relatifs au bureau du gérant ;
- l'existence de factures comptabilisées en double n'est pas démontrée par l'administration fiscale ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité des charges correspondant aux loyers dont elle s'est acquittée après le 1er avril 2016 ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de prendre en compte ses amortissements au motif qu'ils n'avaient pas été comptabilisés avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de l'exercice ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de tenir compte de la dette contractée auprès de la SCI Garage du Parc antérieurement à l'exercice 2014 pour un montant de 134 859,55 euros, d'autres dettes contractées antérieurement à cet exercice, ainsi que de dettes contractées au cours des exercices 2014 et 2015 auprès de la SCI Garage du Parc et au titre de la location du bureau du gérant au Canada ; l'administration fiscale ne pouvait, à cet égard, se fonder sur des quittances de loyers de ce bureau au Canada alors que le gérant conteste les avoir remises à l'administration fiscale et qu'elles n'ont pas été annexées à la proposition de rectification.
En ce qui concerne la taxe sur les véhicules des sociétés :
- il n'y a pas lieu de l'assujettir à cette taxe, au vu de l'état délabré du véhicule.
En ce qui concerne l'ensemble des impositions contestées :
- il n'y a pas lieu d'appliquer des pénalités.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, la réclamation de la requérante étant tardive ;
- les moyens soulevés par la société du A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 67-604 du 27 juillet 1967 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société A, qui a pour activité la location de places de parking, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en 2017 portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 6 décembre 2017, l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements d'impôts sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rehaussements de taxe sur les véhicules de sociétés pour les années 2014 à 2016, et a appliqué des majorations et intérêts de retard. Les impositions ont été mises en recouvrement le 15 novembre 2018 pour un montant de 214 049 euros. Par des réclamations du 17 décembre 2018, du 6 septembre 2019, du 7 février 2020 et du 4 février 2021, la société a contesté les sommes mises à sa charge. Ses contestations ont été rejetées par l'administration fiscale le 20 juin 2019, le 5 novembre 2019, le 6 août 2020 et le 12 février 2021.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. "
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société requérante, qui a demandé un délai supplémentaire pour présenter ses observations en réponse à la proposition de rectification, n'a pas présenté ses observations avant l'expiration du délai prolongé. Ainsi, elle supporte la charge de la preuve dans le cadre de la présente instance.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ".
5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a considéré que les loyers des places de parking encaissés par la société requérante étaient source de taxe sur la valeur ajoutée. Elle s'est fondée sur les encaissements de la société, après avoir relevé que certains produits facturés et encaissés n'avaient pas été enregistrés en comptabilité. Elle relève que la société requérante a reconnu ces omissions dans ses écritures comptables. La société requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les montants pris en compte par l'administration fiscale pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée exigible. Par suite, elle n'est pas fondée à contester le montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée retenus par l'administration fiscale à ce titre.
6. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que l'administration fiscale ne pouvait établir les rappels de taxes sur la valeur ajoutée à partir de sa comptabilité, il n'est pas contesté que les opérations de contrôle ont permis à l'administration fiscale de constater que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible comptabilisé par la société était inférieur à celui porté en déduction sur ses déclarations. La société requérante n'apporte aucun élément de nature à expliquer ces incohérences. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale s'est fondée sur la comptabilité de la société requérante pour calculer les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés.
7. En troisième lieu, les dispositions de l'article 17 de la sixième directive du Conseil des Communautés européennes du 17 mai 1977, reprises à l'article 176 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, fixent comme objectif aux autorités nationales de ne pas étendre, à compter de l'entrée en vigueur de la sixième directive, le 1er janvier 1979, le champ des exclusions du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée prévues par les textes nationaux applicables à cette date. Elles impliquent également que, dans la mesure où la réglementation d'un Etat membre modifie, postérieurement à l'entrée en vigueur de la sixième directive, en le réduisant, le champ des exclusions existantes et se rapproche par là même de l'objectif de cette directive, cette réglementation est couverte par la dérogation prévue à l'article 17 paragraphe 6 second alinéa de la sixième directive et ne méconnaît pas le paragraphe 2 de cet article. En revanche, une réglementation nationale qui a pour effet d'étendre, postérieurement à l'entrée en vigueur de la directive, le champ des exclusions existantes, en s'éloignant ainsi de l'objectif de cette directive, ne constitue pas une dérogation permise par l'article 17 paragraphe 6 second alinéa de la directive et méconnaît son article 17 paragraphe 2. Il en va ainsi pour toute modification postérieure à l'entrée en vigueur de la sixième directive qui étend le champ des exclusions applicables immédiatement avant cette modification.
8. Aux termes de l'article 205 de l'annexe II du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts : " () IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : () 5° Pour les prestations de transport de personnes et les prestations accessoires à ce transport, à l'exclusion de celles réalisées soit pour le compte d'une entreprise de transports publics de voyageurs, soit en vertu d'un contrat permanent de transport conclu par les entreprises pour amener leur personnel sur les lieux de travail ; () ".
9. Si les dispositions précitées de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts ont pour origine le décret n° 2007-566 du 16 avril 2007, elles n'ont fait que reprendre l'exclusion du droit à déduction issue de l'article 13 du décret n° 67-604 du 27 juillet 1967. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions méconnaîtraient la clause de " gel " prévue par les directives mentionnées au point 7 doit être écarté.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
10. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () "
11. Il résulte de l'instruction que d'une part, si la société requérante soutient qu'il y a lieu de déduire la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur la facture dont elle soutient qu'elle correspond à des honoraires d'avocat pour une somme de 2 500 euros, l'administration fiscale a refusé de reconnaître cette déductibilité au motif que la facture ne permet pas d'identifier précisément le nom de la société, alors que le contentieux donnant lieu à ces honoraires impliquait non seulement la société par action simplifiée unipersonnelle mais aussi la société civile immobilière portant le nom de A. La société requérante ne conteste pas l'absence de précision du nom porté sur la facture et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle lui était bien adressée. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé d'admettre la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur cette facture. D'autre part, si la société requérante conteste les rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondant au refus de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à des frais d'hôtel et de restaurant, notamment à Grenoble et en Allemagne, elle se borne à soutenir que ces frais ont été engagés pour trouver des financements, sans apporter aucun justificatif de nature à établir qu'ils ont été engagés pour les besoins de ses opérations imposables. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.
En ce qui concerne les suppléments d'impôts sur les sociétés :
12. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. "
13. Il résulte de l'instruction que les suppléments d'impôt sur les sociétés portant sur les trois exercices en litige ont été établis d'office, en application des dispositions du 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, en raison du dépôt tardif des déclarations de la société requérante, qui ne conteste pas cette circonstance. Par suite, elle supporte la charge de la preuve s'agissant de ces impositions.
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9 que la société requérante n'est pas fondée à contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie. Par suite, le moyen tiré de ce que le rehaussement correspondant du bénéfice de la société pour les années en litige ne serait pas fondé doit être écarté.
15. En deuxième lieu, si la société requérante fait valoir que son gérant n'était pas présent au cours de la vérification et qu'il conteste avoir produit deux factures pour un montant de 1 499 euros et 10 414 euros, il résulte de l'instruction qu'un mandat du 14 septembre 2017 a donné délégation de pouvoir à un expert-comptable pour toutes affaires relatives aux contrôles fiscaux de la société, ce qui n'est pas contesté par la société requérante. Par suite, la circonstance que le gérant de la société n'aurait pas lui-même produit ces pièces est, en tout état de cause, sans incidence. En outre, à supposer que ces factures n'aient pas été annexées à la proposition de rectification, cette circonstance est sans incidence dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elles ont été produites par le comptable mandaté par la société requérante. Enfin, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'absence d'enregistrement des montants correspondant à ces factures en comptabilité, dès lors que c'est à elle qu'il revient d'apporter la preuve de ses allégations, ainsi qu'il a été dit au point 13. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a tenu compte de ces factures dans la détermination du résultat imposable.
16. En troisième lieu, si la société requérante conteste la prise en compte de loyers " Lebrati " dans son chiffre d'affaires pour un montant de 282 euros, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () "
18. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité de certaines des charges déclarées par la société requérante. Ainsi qu'il a été dit au point 11, la société requérante n'établit pas que les honoraires d'avocats déclarés pour un montant de 2 500 euros ont été exposés par elle. S'agissant des loyers versés à la société Foncia, si la société requérante soutient qu'ils correspondent au loyer du logement à Paris de son gérant, qui réside habituellement au Canada, et doivent selon elle être regardés comme exposés dans l'intérêt de la société, elle n'allègue pas ni n'établit que ce local serait utilisé à des fins professionnelles. S'agissant des frais de déplacement et d'hébergement exposés par la société et par son gérant, elle n'apporte aucun élément de nature à établir leur lien avec l'activité de la société. Enfin, si la société requérante demande la déduction des frais dont elle soutient qu'ils correspondent au loyer de locaux situés au Canada et utilisés par le gérant à des fins professionnelles, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité de ces frais au motif qu'un autre loyer au Canada avait été déduit par la société au titre de la même période et que la société n'apporte aucun élément de nature à justifier la déduction de ces deux loyers. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité des charges contestées.
19. En cinquième lieu, si la société requérante soutient que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve qu'elle a enregistré deux fois en comptabilité les mêmes factures, c'est à elle qu'il revient d'apporter la preuve de ses allégations. Elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les enregistrements en double relevés par l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé de prendre en compte les charges correspondant au versement d'un loyer par la société requérante à compter du 1er avril 2016, au motif qu'un contrat de location gérance prenant effet à cette date prévoyait qu'une autre société verserait les loyers. Si la société requérante fait valoir que le contrat de location gérance n'a pas mis fin au bail commercial et qu'elle a continué à verser des loyers à la SCI A après le 1er avril 2016, elle n'apporte aucune précision à ce sujet et ne l'établit par aucune pièce. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de prendre en compte le versement de ce loyer à compter du 1er avril 2016.
21. En septième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé d'admettre la déduction du bénéfice de la société des amortissements déclarés par celle-ci, au motif qu'ils ont été déclarés en dehors des délais impartis. S'agissant des exercices 2014 et 2015, la société requérante ne conteste pas sérieusement les dates de dépôt retenues par l'administration fiscale, puisqu'elle se borne à soutenir qu'un changement de comptable a nécessité de reprendre les écritures avant leur transmission. Si elle soutient que l'administration fiscale ne démontre pas que les écritures comptables de l'exercice 2016 ont été saisies après le délai de dépôt des liasses fiscales, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la tardiveté de ses déclarations constatée par l'administration fiscale. Par suite, elle n'est pas fondée à contester l'absence de déduction de ces amortissements.
22. En huitième lieu, si la société requérante conteste l'absence de prise en compte d'une dette qu'elle soutient avoir contractée antérieurement à l'exercice 2015 auprès de la SCI A pour un montant de 134 859 euros, et fait valoir que cette dette figure dans le grand livre de l'exercice clos le 31 décembre 2013, et que son gérant a reconnu la dette en 2013, la mention de cette dette par le gérant et dans les grands livres ne suffit pas à justifier de la réalité de celle-ci pour l'exercice 2014, alors que la société requérante ne produit aucun élément fourni par la SCI qui serait sa créancière de nature à identifier les échéances qui restaient dues à cette date. En outre, si elle se prévaut d'autres dettes antérieures à l'exercice clos en 2014, elle n'apporte aucune précision concernant ces dettes et ne produit aucun élément de nature à en établir l'existence.
23. En dernier lieu, si la société requérante soutient que l'administration a à tort refusé d'admettre la déductibilité de dettes nées au cours des exercices clos en 2014 et 2015 pour un montant de 31 095 euros, elle n'apporte aucun élément de nature à établir leur existence, alors que l'administration fiscale produit des quittances de loyers établies par certains des créanciers et qui sont incohérentes avec l'existence des dettes alléguées. En outre, elle ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que le gérant de la société n'a pas lui-même remis les quittances à l'administration fiscale ni que celles-ci n'ont pas été jointes à la proposition de rectification, puisqu'il n'est pas contesté qu'elles ont été remises par un comptable mandaté par la société.
En ce qui concerne la taxe sur les véhicules de société :
24. Aux termes de l'article 1010 du code général des impôts, alors en vigueur : " I. - Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Sont considérés comme véhicules de tourisme les voitures particulières au sens du 1 du C de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, des composants et des entités techniques destinés à ces véhicules, ainsi que les véhicules à usages multiples qui, tout en étant classés en catégorie N1 au sens de cette même annexe, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens. () "
25. Si la société requérante soutient qu'elle n'utilisait pas le véhicule soumis à la taxe sur les véhicules des sociétés, il résulte de ces dispositions que cette circonstance est sans incidence dès lors qu'elle en était propriétaire. Elle n'apporte au demeurant aucun élément de nature à établir que le véhicule n'aurait pas été utilisable, ainsi qu'elle le soutient. Par suite, elle n'est pas fondée à contester les cotisations de taxe sur les véhicules des sociétés auxquelles elle a été assujettie.
S'agissant des pénalités :
26. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 de ce code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () "
27. Pour justifier la pénalité pour manquement délibéré appliquée en matière de taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale souligne l'importance des minorations de taxe sur la valeur ajoutée collectée déclarées par la société A, de 36 % pour 2014, 70 % pour 2015 et 67 % pour 2016, et fait valoir que les mêmes infractions avaient déjà été relevées au cours d'un précédent contrôle. La société requérante se borne, à l'appui de la contestation des majorations appliquées, à contester le bien-fondé des droits calculés par l'administration fiscale. Ainsi, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant suffisamment le caractère délibéré des manquements relevés.
28. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () "
29. Pour justifier la pénalité pour défaut de déclaration après mise en demeure appliquée en matière d'impôt sur les sociétés, l'administration fiscale fait valoir que la société requérante n'a respecté aucune des dates limites de dépôt de ses déclarations pour les exercices en litige, alors qu'elle a fait l'objet de mises en demeure. Ni le dépôt tardif de ces déclarations ni la notification régulière des mises en demeure ne sont contestés par la société requérante. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme justifiant suffisamment la majoration de 40 % appliquée.
30. En dernier lieu, pour justifier la pénalité appliquée s'agissant de la taxe sur les véhicules des sociétés, l'administration fiscale fait valoir que la société requérante s'est abstenue de déclarer le véhicule qu'elle possède, ce qui n'est pas contesté par la société requérante, qui se borne à faire valoir que celui-ci n'était pas en état de fonctionner. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme justifiant suffisamment du défaut de déclaration motivant l'application d'une majoration de 10 %.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société du A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société du A et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
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Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
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07/04/2026