jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108106 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HOURCABIE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 avril 2021, 26 août 2021, 30 mars 2023 et 20 avril 2023, M. A B et la société d'assurance mutuelle Thelem Assurances, représentés par Me To, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner la Ville de Paris à verser à la société Thelem Assurances la somme globale de 4 329,72 euros en principal en réparation des préjudices subis, somme exprimée quitte à parfaire et à charge pour elle de reverser à son assuré la somme retenue au titre de la franchise ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la Ville de Paris à verser à la société Thelem Assurances la somme globale de 3 909,72 euros en principal et à M. et Mme B la somme globale de 420 euros en principal, en réparation des préjudices subis, sommes exprimées quitte à parfaire ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner la Ville de Paris à verser à M. et Mme B la somme globale de 4 329,72 euros en principal en réparation des préjudices subis, somme exprimée quitte à parfaire et à charge pour eux de reverser à leur assureur la somme effectivement versée au titre du contrat d'assurance ;
4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable car ils ont formé une demande indemnitaire préalable qui a donné lieu à une décision implicite de rejet le 17 février 2021 ;
- le tribunal administratif de Paris est territorialement compétent en application de l'article R. 312-14 du code de justice administrative ;
- la responsabilité de la Ville de Paris est engagée à titre principal sur le fondement de la faute présumée car la réalité du préjudice anormal et spécial ne fait aucun doute, le lien de causalité avec les travaux publics incriminés est établi et la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage n'est pas rapportée ;
- la responsabilité de la Ville de Paris est engagée à titre subsidiaire même sans faute, dès lors que M. B a la qualité de tiers et que la preuve de la force majeure ou de la faute de la victime n'est pas rapportée ;
- il n'y a pas eu d'arrangement amiable visant l'indemnisation de Thelem Assurances, contrairement à ce qui est allégué en défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, la Ville de Paris représentée par sa maire en exercice conclut à titre principal au rejet de la requête et demande à ce que la société Fayolle et fils soit condamnée à la garantir de tout condamnation.
Elle soutient que :
- seule la responsabilité de la société Fayolle et fils peut être recherchée dès lors que c'est son chantier qui a causé un préjudice à M. B ;
- la société Thelem Assurances ne peut demander deux fois l'indemnisation d'un même préjudice, or le litige a fait l'objet d'un arrangement amiable, constaté par le juge judiciaire le 3 décembre 2020 ;
- en cas de condamnation, elle appellera en garantie la société Fayolle et fils.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, la société Fayolle et fils, représentée par Me Hourcabie, conclut au rejet de la requête et de l'appel en garantie et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage prétendument subi,
- en l'absence de lien de causalité établi, la responsabilité de la Ville de Paris ne saurait être engagée et l'appel en garantie formée par celle-ci à son encontre doit être écarté.
Par une ordonnance du 23 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juillet 2023 à 16 heures 30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,
- et les observations de Me Da Costa Dias pour la société Thelem Assurances et de Me Gauthier pour la société Fayolle et fils.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise Fayolle et fils était titulaire depuis le mois de mars 2018 d'un marché de travaux de voirie dans le cadre de l'aménagement de la place C réalisé sous maitrise d'ouvrage de la Ville de Paris. Alléguant qu'une barrière mobile ceinturant ce chantier avait endommagé la carrosserie de son véhicule le 23 septembre 2018 alors qu'il était arrêté à un feu rouge place C, M. B a été indemnisé par son assureur, la société Thelem Assurances, à hauteur d'une somme de 4 329,72 euros représentative du coût des travaux de réparation de son véhicule. Subrogée dans les droits de son assuré, Thelem Assurances a réclamé à l'entreprise Fayolle et fils la prise en charge de la somme versée à son assuré, en vain, avant de saisir le tribunal de commerce de Pontoise d'une requête en injonction de payer, puis de se désister en raison de l'incompétence de cette juridiction. Par courrier du 9 décembre 2020, Thelem Assurances a saisi la Ville de Paris d'une demande indemnitaire préalable. A défaut de réponse, elle a introduit une requête devant ce tribunal aux côtés de son assuré M. B, visant à obtenir la condamnation de la Ville de Paris en sa qualité de maître d'ouvrage du chantier d'aménagement de la place C et à les indemniser de leurs préjudices respectifs constitués de l'indemnité d'assurance représentative du coût des travaux de réparation du véhicule d'une part et de la franchise restée à la charge de l'assuré d'autre part.
Sur la responsabilité
2. Un acte ou un fait, fautif ou non, imputable à l'administration n'est de nature à engager sa responsabilité que pour autant qu'il puisse exister un lien direct de causalité entre cet acte ou ce fait et le préjudice dont il est demandé réparation.
3. Il est constant que le chantier de travaux de rénovation de la place C, dont le titulaire est l'entreprise Fayolle et fils, est réalisé sous maîtrise d'ouvrage de la Ville de Paris.
4. Les requérants soutiennent que les dommages causés au véhicule de M. B le 23 septembre 2018 ont été causés par la chute d'une barrière de chantier de l'entreprise Fayolle et fils sous l'effet du vent.
5. En premier lieu, les photos produites par les requérants au soutien de cette allégation, lesquelles au demeurant n'ont pas été prises le jour même du sinistre allégué, mais le lendemain et le surlendemain, ne démontrent pas que le choc constaté sur le véhicule est nécessairement dû à la chute de la barrière, celle-ci étant photographiée en position verticale et en place. Sa légère déformation en partie haute ne permet pas davantage d'établir qu'elle aurait été endommagée par l'impact avec le véhicule de M. B.
6. En deuxième lieu, le seul témoignage produit au dossier pour corroborer les dires de M. B est sujet à caution, dès lors qu'il a été rédigé plus de deux semaines après les faits, le 8 octobre 2018, de surcroît par une personne attablée à la terrasse d'un café située à plus de 25 mètres du lieu du sinistre, et qui ne pouvait, compte tenu de cette distance, distinguer nettement la barrière de chantier chuter sur le véhicule de M. B.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, compte tenu du poids relativement important de la barrière (25kg), un coup de vent d'une particulière intensité était nécessaire pour la faire chuter. Or aucune pièce n'est versée au dossier qui permettrait d'établir un fort coup de vent qui aurait traversé la place C le 23 septembre 2018 vers 17h.
8. En dernier lieu, le rapport d'expertise réalisé pour le compte de l'assureur de M. B, au demeurant non contradictoire et daté du 26 novembre 2018, soit plus de deux mois après le sinistre, sans constat in situ mais chez un réparateur automobile, évoque une " collision avec un corps mobile " mais sans toutefois caractériser de quel objet il pourrait s'agir.
9. Il résulte de ce qui précède que, quel que soit le fondement de responsabilité de l'administration retenu, les requérants n'établissent pas le lien de causalité entre les dommages subis par le véhicule de M. B et le chantier de l'entreprise Fayolle et fils place C. Par suite, la responsabilité de la Ville de Paris, maître d'ouvrage de ce chantier, ne peut être retenue.
10. La requête de M. B et de son assureur Thelem Assurances doit donc être rejetée.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. B et Thelem Assurances au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
12. Il y a lieu de rejeter la demande de la société Fayolle et fils, présentée sur le même fondement, en tant qu'elle n'a pas été mise en cause par les requérants.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et de la société d'assurance mutuelle Thelem Assurances est rejetée.
Article 2 : La demande de la société Fayolle et fils présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Thelem Assurances, à la Ville de Paris et à la société Fayolle et fils.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
F. Lambert
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2108106/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026