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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109050

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109050

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109050
TypeDécision
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantJOLK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 avril et 23 novembre 2021, ainsi que les 23 février, 12 septembre, 28 septembre et 25 octobre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Semic distribution, représentée par Me Jolk, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016, des amendes prononcées en application de l'article 1788 A du code général des impôts au titre exercices clos en 2014, 2015 et 2016, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, assorties des intérêts de retard et, s'agissant des exercices clos en 2015 et 2016, d'une majoration de 40% pour manquement délibéré en application de l'article 1729 du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de sa réclamation préalable du 1er mars 2021 est entachée d'une absence de motivation ;

- tous autres chefs de redressements que ceux désignés dans sa requête et figurant dans la proposition de rectification du 16 octobre 2017 et autres motifs subsistant dans la décision de rejet de sa réclamation préalable du 1er mars 2021 sont contestés.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

- c'est à tort que le service, à qui revient la charge de la preuve, a remis en cause la déductibilité des sommes acquittées au titre des factures de la société Eaglemoss Publications dès lors que ces factures étaient libellées toutes taxes comprises, mentionnaient un montant de taxe sur la valeur ajoutée française au taux de 19,6% et que la taxe sur la valeur ajoutée correspondante a été acquittée ;

- le service ne peut considérer, au regard du principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée, qu'il appartiendrait au fournisseur de corriger son erreur et de solliciter le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée, celui-ci ne se situant plus dans le délai imparti pour présenter une telle réclamation.

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

- c'est à tort que le service a procédé à la réintégration d'une facture de 25 827,50 euros de la société Sun Arrow Co Ltd au motif qu'elle n'apparaissait pas comme son destinataire, dès lors qu'il s'agit d'une simple erreur de libellé, qu'elle a effectivement reçu les marchandises correspondantes, qu'elle a procédé à leur revente et que cet achat n'a pas été comptabilisé en charge par sa société mère ;

- c'est à tort que le service a procédé à la réintégration des provisions pour risques et charges déduites au titre des exercices clos en 2015 et 2016 dès lors que la charge du remboursement des loyers correspondante était probable, eu égard à l'évolution de ses fonds propres et de sa trésorerie ;

- il est considéré que le service a abandonné le chef de rectification relatif à la dette et distribution à l'égard de M. A.

En ce qui concerne les intérêts de retard, pénalités et amendes :

- c'est à tort que le service a refusé la remise des intérêts de retard sollicitée, dès lors qu'une telle remise peut s'appliquer à ces montants conformément à la doctrine administrative ;

- c'est à tort que le service a appliqué une majoration pour manquement délibéré de 40% en se fondant sur les inscriptions pour risques et charges au titre des exercices clos en 2015 et 2016 dès lors que les charges correspondantes étaient probables, que ces inscriptions étaient justifiées et qu'aucun élément intentionnel n'est établi ;

- c'est à tort que le service a prononcé une amende pour non dépôt des déclarations d'échange de biens dès lors que ce montant est considérable et disproportionné pour la société, qu'a ainsi été méconnu le 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, qu'elle avait entamé la régularisation de sa situation et que le service, conformément à la doctrine administrative, pouvait faire usage de son pouvoir de remise alors même que l'amende n'était pas devenue définitive.

Par des mémoires en défense, enregistré le 29 octobre 2021, ainsi que les 28 janvier, 2 août, 23 septembre, 13 octobre et 17 novembre 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur les factures de la société Eaglemoss international, dès lors qu'est en cause une livraison intracommunautaire, la société ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que l'entreprise Eaglemoss international se serait effectivement acquittée de la taxe sur la valeur ajoutée pour contester la rectification effectuée ;

- le surplus des moyens soulevés par la société Semic distribution n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la directive 2006/115/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les observations de Me Jolk, représentant la SARL Semic distribution.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Semic distribution, qui exerce l'activité de commercialisation de produits dérivés de licences de la culture populaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2016. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 16 octobre 2017, le service lui a fait part de son intention de procéder à des rectifications de ses bases imposables à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, de lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période 1er juillet 2013 au 30 juin 2016 et de prononcer à son encontre des amendes sur le fondement de l'article 1788 A du code général des impôts. La société a contesté ces impositions, mises à sa charge au titre de deux avis de mise en recouvrement en date des 16 août 2018 et 14 juin 2019, par une réclamation préalable en date du 19 novembre 2020. Celle-ci ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 1er mars 2021, la société demande, par la requête susvisée, la décharge, en droits et pénalités, des impositions maintenues à sa charge.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne les vices affectant la décision de rejet de la réclamation préalable :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R.*198-10 du livre des procédures fiscales : " Le service compétent pour statuer sur une réclamation est celui à qui elle doit être adressée en application de l'article R.*190-1. / La direction générale des finances publiques () statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () / En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée. / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ".

3. Les vices qui, le cas échéant, entachent la décision par laquelle l'administration rejette la réclamation d'un contribuable sont sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition et le bien-fondé de l'imposition contestée. Le moyen tiré de l'insuffisance de la décision du 1er mars 2021 par laquelle a été rejetée la réclamation préalable de la société Semic distribution doit par suite être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

4. D'une part, aux termes du 1 de l'article 283 du code général des impôts, qui assure la transposition des dispositions des articles 194 et 195 de la directive 2006/115/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : " La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, () / Toutefois, lorsqu'une livraison de biens () est effectuée par un assujetti établi hors de France, la taxe est acquittée par l'acquéreur, le destinataire ou le preneur qui agit en tant qu'assujetti et qui dispose d'un numéro d'identification à la taxe sur la valeur ajoutée en France. () ". Aux termes de l'article 271 du même code, qui assure la transposition des dispositions de l'article 168 de la même directive 2006/115/CE : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : () c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services ; () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le régime de l'auto-liquidation s'applique, l'acquéreur d'un bien, qui est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à cette opération, est en droit de déduire cette même taxe, de telle sorte que, en principe, aucun montant n'est dû à l'administration fiscale.

5. D'autre part, il résulte de la directive 2006/115/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans son arrêt du 26 avril 2017 C-564/15 Tibor Farkas et son arrêt du 11 avril 2019 C-691/17 PORR Epitesi Kft., que, lorsque l'acquéreur d'un bien a versé par erreur au fournisseur la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée à tort sur les factures émises par ce dernier, alors que, en application du régime de l'auto-liquidation, il aurait dû, en tant que bénéficiaire d'une livraison de biens, s'acquitter directement de la taxe sur la valeur ajoutée auprès des autorités fiscales, il ne peut pas se prévaloir d'un droit à déduction de la taxe acquittée à tort. Les autorités fiscales nationales sont, dès lors, fondées à refuser à l'acquéreur l'exercice de ce droit, ainsi que, le cas échéant, la restitution du crédit de taxe déductible qui en découle. En revanche, l'acquéreur peut demander au fournisseur le remboursement de la taxe qu'il a indûment versée. En l'absence de réglementation de l'Union en matière de demandes de restitution de taxes, il appartient à l'ordre juridique interne de chaque État membre de prévoir les conditions dans lesquelles une telle demande peut être exercée. Conformément aux principes d'équivalence et d'effectivité, ces conditions ne doivent pas être moins favorables que celles concernant des réclamations semblables et fondées sur des dispositions du droit interne, ni aménagées de manière à rendre pratiquement impossible ou excessivement difficile l'exercice, par l'acquéreur des biens, des droits conférés par l'ordre juridique de l'Union. Si le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée devient impossible ou excessivement difficile, notamment en cas d'insolvabilité du vendeur, le principe d'effectivité peut exiger que l'acquéreur puisse diriger sa demande de restitution directement contre les autorités fiscales. Enfin, lorsque le non-respect des règles du régime de l'auto-liquidation entraîne un risque de perte de recettes fiscales pour l'Etat membre intéressé, ce dernier peut, avant d'accorder la restitution demandée, vérifier que le risque d'une telle perte a été préalablement éliminé, notamment du fait que l'auteur de la facture erronée a reversé au Trésor public la taxe indûment collectée.

6. Il résulte de ce qui précède que, pour déterminer si un assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en France relevant du régime de l'auto-liquidation est en droit d'obtenir, de la part des autorités fiscales françaises, la restitution de la taxe payée par erreur à son fournisseur, il y a lieu de rechercher s'il avait la faculté de demander à son fournisseur le remboursement de la taxe payée à tort et si, mettant en œuvre les procédures applicables, il lui est impossible ou s'avère excessivement difficile d'obtenir de son fournisseur le remboursement du montant indûment versé. Dans l'affirmative, les autorités fiscales françaises doivent procéder à la restitution demandée, pour autant qu'ait été au préalable éliminé tout risque d'un préjudice financier pour le Trésor public.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société Semic distribution, assujettie agissant en tant que telle, a acquis en 2014 et 2015 auprès de la société Eaglemoss publications limited, établie en Angleterre, des figurines. Ces opérations, qui constituaient des acquisitions intracommunautaires dont la société Semic distribution était l'acquéreur, ont donné lieu à émission de factures mentionnant, à tort, un montant de taxe sur la valeur ajoutée. Le service a remis en cause le droit à déduction, exercé par la société Semic distribution, de la taxe versée par erreur au fournisseur, au titre la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2015.

8. La société Semic distribution soutient que la société Eaglemoss publications limited s'est acquitté de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle avait collecté à tort et que le délai dont elle disposait pour présenter une réclamation à l'administration fiscale est échu, en application de l'article R. 169-1 du livre des procédures fiscales. Toutefois, la société se borne à produire des formulaires déclaratifs CA3 de l'entreprise Eaglemoss distributions limited ainsi que des tableurs et échanges de courriels avec l'entreprise Eaglemoss, qui ne comportent pas d'éléments relatifs au versement effectif de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante à l'administration fiscale. Dans ces conditions, alors qu'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de ses prétentions et que le service ne reconnaît pas que l'entreprise Eaglemoss Publications limited se serait effectivement acquittée de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle avait collectée à tort, la société Semic distribution n'établit pas l'effectivité de ce règlement et l'élimination de tout risque d'un préjudice financier pour le Trésor public. Par suite, c'est à bon droit que le service a réclamé à la société Semic distribution les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige.

S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

Quant à la déductibilité des charges relatives aux factures de la société Sun Arrow :

9. Le service a remis en cause la déduction du bénéfice imposable de la SARL Semic distribution au titre de l'exercice clos en 2014 d'un montant de 25 827,50 euros, correspondant à une facture en date du 17 janvier 2014 de l'entreprise Sun Arrow, adressée à la société Editions de Tournon, qui possédait à la date d'établissement, ainsi qu'il résulte de l'instruction, 91% des parts sociales de la société requérante. La société soutient que la prestation de livraisons de jouets correspondant à cette facture lui était effectivement destinée et que c'est par erreur qu'elle ne lui a pas été adressée, en produisant un bon de livraison du 27 mars 2014 faisant état d'articles de même nature et pour une même quantité que ceux indiqués dans la facture de l'entreprise Sun Arrow, une facture faisant état d'une revente d'articles d'une même nature ainsi qu'une attestation de l'expert-comptable de la société Editions de Tournon faisant état de ce que les seules écritures enregistrées en comptabilité en 2014 s'agissant de la société Sun Arrow concernaient un compte de trésorerie, par un compte de tiers au nom de Semic distribution.

10. Toutefois, et alors que le bon de livraison produit est un document établi par la société Semic distribution et non par le fournisseur, il ressort des termes du compte-rendu de la séance du 3 avril 2019 de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires que la société soutenait à cette occasion, sans contester ces allégations dans le cadre de la présente instance, que c'est volontairement que la société Editions de Tournon s'était substituée à elle pour acheter des produits en Chine, en raison d'une impossibilité d'obtenir des crédits documentaires, que la société aurait dû lui refacturer et que cette absence de refacturation est une erreur. Dans ces conditions, et eu égard aux circonstances contradictoires invoquées par la société Semic distribution pour justifier de ce que les prestations en cause lui étaient effectivement destinée, elle ne peut être regardée comme établissant que le libellé de la facture était lié à une confusion de la part du fournisseur ou que cette facture a exclusivement concerné l'exploitation de l'entreprise.

Quant aux provisions pour charges :

11. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provisions et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées, à cette date, par l'entreprise. Lorsque la nature des charges ou leurs caractéristiques interdisent de procéder autrement, elles peuvent faire l'objet d'une évaluation selon une méthode statistique à la condition que cette évaluation soit faite de manière précise et suffisamment détaillée et qu'elle prenne en compte notamment la probabilité de réalisation du risque liée à l'éloignement dans le temps.

12. La société Semic distribution a sous-loué des locaux à la société Editions de Tournon. Au titre de dispositions contractuelles en date du 8 janvier 2013, ces parties étaient convenues que les loyers, à compter du mois de janvier 2013, étaient dus à partir du " mois qui suit l'approbation des comptes annuels, et ce dans la mesure où les fonds propres de la société Semic distribution sont supérieurs à 150 000 euros et que les comptes courants soient intégralement remboursés " et que " ce paiement se fera rétroactivement à janvier 2013 ".

13. La société soutient que l'évolution de ses fonds propres, ayant connu une croissance respective de 466,04% et 76,34% entre les exercices clos en 2014 et 2015 et les exercices clos entre 2015 et 2016, de même que ses disponibilités lors des exercices clos en 2015 et 2016, lui permettaient de considérer comme probables la satisfaction des critères rappelés au point 11 et par conséquent de comptabiliser une provision pour charge au titre de ces exercices. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration sans être contestée, le compte courant d'associé relatif à la société Editions de Tournon, unique associée de la société Semic distribution en exécution de l'acte en date du 13 avril 2015 et locataire des locaux sous-loués à la société requérante, se trouvait en situation créditrice à la clôture de l'exercice 2015 à hauteur de 198 824,21 euros, sans avoir été mouvementé, ce solde ayant atteint 228 824,21 euros au terme de l'exercice 2016, sans qu'un remboursement partiel soit intervenu. Dans ces conditions, et eu égard au caractère contingent propre à l'évolution des fonds propres de la société contrôlée, c'est à bon droit que l'administration a réintégré la dotation pour provision constituée par la société Semic distribution au résultat imposable de celle-ci au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

En ce qui concerne les pénalités :

S'agissant des intérêts de retard :

14. Le moyen tiré de ce que le service aurait rejeté la demande de remise, dont l'octroi constitue une simple faculté pour l'administration fiscale, présentée par la société Semic distribution, qui se prévaut de la doctrine référencée BOI-CF-INF-30-30, doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la majoration pour manquement délibéré :

15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

16. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

17. Pour motiver l'application de la majoration de 40% aux rectifications en litige, le service fait valoir que la société requérante, eu égard aux liens capitalistiques et fonctionnels qu'elle entretenait avec la société Editions de Tournon, ne pouvait ignorer, au terme des exercices 2015 et 2016, que les conditions ne seraient pas réunies pour que les loyers soient dues à sa société mère et qu'ainsi la comptabilisation d'une provision correspondant à cette dépense ne pouvait être effectuée. Toutefois, l'existence de liens entre les sociétés Semic distribution et Editions de Tournon ne permet pas, à elle seule, d'établir l'intention délibérée de la société Semic distribution d'éluder l'impôt. Il n'est en outre pas contesté par le service que le montant des provisions déduites, à tort, par la société Semic distribution étaient correctement évaluées et correspondaient à des prestations effectives, dans l'intérêt de la société. Par suite, la société requérante est fondée à demander la décharge de la majoration de 40% pour manquement délibéré qui a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

S'agissant de l'amende prononcée sur le fondement de l'article 1788 A du code général des impôts :

18. Aux termes de l'article 1788 A du code général des impôts : "1. Entraîne l'application d'une amende de 750 € : / a. Le défaut de production dans les délais des états prévus à l'article 289 B ".

19. Eu égard à l'objectif poursuivi par le législateur visant à contraindre les assujettis qui réalisent des échanges intracommunautaires de biens et de services à respecter leurs obligations déclaratives et au caractère essentiel que ces dernières revêtent pour l'efficacité des procédures d'échanges d'informations entre les administrations fiscales des Etats membres en matière de lutte contre la fraude, les montants fixés par les dispositions qui précèdent ne présentent pas un caractère manifestement disproportionné, alors même que la sanction est susceptible d'être infligée tous les mois et indépendamment de l'existence de droits éludés et de la valeur des biens ou services échangés.

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce qu'en prononçant l'amende en litige, le service aurait méconnu l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté comme inopérant.

21. En second lieu, le moyen tiré de ce que le service aurait rejeté la demande de remise présentée par la société Semic distribution, dont l'octroi constitue une simple faculté pour l'administration fiscale, doit être écarté comme inopérant.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la société Semic distribution est seulement fondée à demander la décharge de la majoration de 40% pour manquement délibéré qui a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la société Semic distribution tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Semic distribution est déchargée de la majoration de 40%, appliquée au titre du a de l'article 1729 du code général des impôts, qui a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la société Semic distribution est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Semic distribution et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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