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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109205

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109205

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109205
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET ARTAUD, BELFIORE, CASTILLON, GREBILLE-ROMAND (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés 28 avril 2021 et le 22 décembre 2021, M. B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire et l'interdiction de conduire, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 8 février 2021, intervenue le 8 avril 2021 ;

2°) d'annuler les retraits de points irrégulièrement opérés à la suite des infractions commises les 23 octobre 2012, 23 décembre 2014, 27 septembre 2016, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui attribuer quatre points à la suite du stage de sensibilisation qu'il a effectué les 21 et 22 décembre 2020 et de lui restituer son permis de conduire crédité de points ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu la notification de la décision d'invalidation de son titre de conduite ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, la preuve devant être apportée par le ministre ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une attribution de points à la suite du stage de sensibilisation qu'il a effectué les 21 et 22 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il soutient que :

- la décision 48 SI lui a été régulièrement notifiée le 13 novembre 2019, la requête est donc tardive ;

- les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme A a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis, les 23 octobre 2012, 23 décembre 2014, 27 septembre 2016, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision 48 SI le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions, ainsi que celle recours gracieux présenté à leur encontre.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :

2. En vertu des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de la notification qui doit lui en être faite. Il incombe à l'administration, quand elle oppose une fin de

non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que le requérant a reçu notification régulière de la décision contestée. En cas de retour à l'administration du pli contenant la notification, cette preuve peut résulter, soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et l'avis de réception, soit, à défaut, d'une attestation de la Poste ou d'autres éléments de preuve établissant la première présentation du pli et la délivrance, par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

3. Le ministre de l'intérieur soutient que la décision 48 SI a été notifiée le 13 novembre 2019. S'il produit une copie de l'avis de réception où est inscrit le numéro de suivi S831293220180 portant une notification le 13 novembre 2019, ce numéro de suivi n'est pas repris dans le relevé intégral d'information, qui indique une date de notification postérieure, le 27 février 2020, avec un numéro de suivi postal différent 2C 1552 5558 387. Dès lors, en l'absence de preuve de la date exacte de notification de la décision 48 SI, le délai de recours n'a pas commencé à courir à l'encontre de cette décision. Ainsi, les conclusions de la requête, enregistrée le 28 avril 2021, ne sont pas tardives et la fin de non-recevoir opposé par le ministre de l'intérieur doit être rejetée.

4. D'autre part, qu'aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I.- Le titulaire de l'agrément () délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. / II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. / () ".

5. Il résulte de ce qui précède, en l'absence de preuve d'une date de notification précise de la décision 48 SI, que M. B est fondé à se prévaloir des dispositions susvisées du code de la route et de la prise en compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 21 et 22 décembre 2020 pour obtenir un récupération de quatre points sur le capital de points de son permis de conduire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant du moyen tiré du défaut de notification :

6. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".

7. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait été informé des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de son relevé d'information intégral est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des décisions de retrait de points. De même, l'absence de notification de la décision " 48 SI " est sans influence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification des décisions attaquées doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

Quant aux infractions des 23 octobre 2012, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019 :

9. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire, mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, lorsque le contrevenant, après avoir reçu le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne forme pas de réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ou s'acquitte spontanément de cette amende forfaitaire majorée, sans élever d'objection, il doit être regardé comme renonçant à contester la majoration de l'amende forfaitaire dont il devait s'acquitter dans le délai en reconnaissant que le délai dont il disposait, en vertu du formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus qui lui a alors nécessairement été remis, pour s'acquitter de cette amende forfaitaire, était expiré. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique au modèle et dont il est établi, notamment dans les conditions décrites ci-dessus, qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation à son encontre, a nécessairement reçu le formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

10. En ce qui concerne les infractions commises les 23 octobre 2012, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019 relevées par radar automatique, il résulte de l'instruction, et notamment des attestations de paiement émanant du trésorier du contrôle automatisé produites par le ministre que M. B a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée qui comporte les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute la réalité des paiements ainsi attestés, ces documents, dont les mentions sont suffisamment précises, permettent d'établir que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions en cause. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions commises les 23 octobre 2012, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019.

Quant aux infractions commises les 23 décembre 2014, 27 septembre 2016 :

S'agissant de l'infraction du 23 décembre 2014 constatée par procès-verbal électronique, le ministre de l'intérieur produit un double du procès-verbal électronique signé par M. B mais ne verse pas au dossier un double de l'avis de contravention au code de la route établi par le centre automatisé de constatation des infractions routières de Rennes mais seulement un document intitulé " historique des documents émis " qui n'établit pas sa réception par l'intéressé. Le relevé d'information intégral, extrait du système national du permis de conduire produit par le ministre de l'intérieur se borne à mentionner que le requérant n'a pas acquitté l'amende forfaitaire et qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis. Le procès-verbal électronique fourni ne comporte pas l'intégralité des informations légales. Il suit de là que M. .B est fondé à soutenir que la décision ayant retiré deux points du capital de points attaché à son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 23 décembre 2014 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

11. Il résulte de l'instruction, notamment d'une attestation de la direction générale des finances publiques, que M. B s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée au titre de l'infraction, constatée le 27 septembre 2016 par un procès-verbal dématérialisé au moyen d'un appareil électronique sécurisé. Il doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu à son domicile l'avis afférent à cette infraction, et, par suite, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors qu'il n'établit ni même n'allègue avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que la décision relative à l'infraction du 23 décembre 2014 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré deux points de son permis de conduire doit être annulée. En revanche il n'est pas fondé à soutenir que les décisions relatives aux autres infractions des 23 octobre 2012, 27 septembre 2016, 3 août 2018, 15 février 2019, 11 avril 2019, 23 juin 2019 et 18 juillet 2019, seraient entachées d'illégalité, ni par suite, à en demander l'annulation.

13. Malgré la récupération de quatre points suite au suivi du stage de sensibilisation à la sécurité routière et l'annulation de la décision portant retrait de deux points du capital du permis de conduire de M. B, le solde de points du permis de conduire de ce dernier reste nul. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur portant invalidation de son permis de conduire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

15. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B les deux points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite de l'infraction commise le 27 septembre 2016, et lui attribue quatre points suite au suivi de son stage de sensibilisation à la sécurité routière .

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux points du capital de points affecté au permis de conduire de M. B, à la suite de l'infraction du 27 septembre 2016 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les deux points illégalement retirés par la décision annulée à l'article 1er, et de lui attribuer quatre points, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision attaquée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

Fait à A, le 8 janvier 2024.

La magistrate désignée,

A. A La greffière,

I. GARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2109205

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