lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109299 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SYMCHOWICZ WEISSBERG ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 avril 2021, 13 juin 2022 et 4 janvier 2023, la société Loire Distribution Automatique, représentée par Me Cottin (AARPI Saxe Avocats), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la Société nationale des chemins de fer (SNCF), le cas échéant, in solidum avec la société SNCF Mobilités et la société SNCF Réseau, à lui verser la somme de 1 061 125 euros, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis dans le cadre de l'exécution de l'accord-cadre à bons de commande qu'elle a conclu le 1er décembre 2017 avec les établissements publics SNCF, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, ayant pour objet la fourniture, la location et la maintenance de fontaines à eau alimentées par le réseau ou par bonbonnes ;
2°) de rejeter l'ensemble des demandes présentées par les sociétés SNCF, SNCF Mobilités et SNCF Réseau ;
3°) de mettre à la charge des sociétés SNCF, SNCF Réseau et SNCF Mobilités la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :
- elle est recevable à appeler dans la cause les sociétés SNCF Réseau et SNCF Mobilités ;
- le contentieux est lié vis-à-vis de ces deux sociétés dans la mesure où la demande indemnitaire préalable et la saisine du médiateur visent la société SNCF, agissant en qualité de mandataire, pour le groupe ferroviaire SNCF ;
- l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales, qui exclut la responsabilité solidaire des trois établissements publics SNCF, doit être écarté dès lors qu'il est contraire à la solidarité légale instituée à l'article L. 2101-1 du code des transports ;
- en tout état de cause, l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales n'est pas applicable lorsque les manquements concernent le non-respect de l'accord-cadre dans sa conception et dans son exécution globale ;
- au surplus, les manquements invoqués sont imputables à l'établissement SNCF dans le cadre de ses missions de contrôle et de pilotage du groupe SNCF ;
- à titre subsidiaire, elle sollicite la condamnation in solidum des deux autres établissements SNCF ;
- la responsabilité contractuelle de la SNCF est engagée au titre du non-respect de l'engagement minimum de remplacement de 1 200 fontaines bonbonnes, qui est prévu à l'article 12.5 du CPS ;
- la faute tenant à avoir fait une évaluation grossièrement erronée de ses besoins engage également la responsabilité contractuelle de la SNCF ;
- compte tenu de son taux de marge net de 48, 01 %, elle justifie d'un préjudice total de 625 752 euros à ces titres, comprenant d'une part, les pertes financières liées aux prix de vente et d'installation des fontaines, d'autre part, les pertes financières liées aux contrats de maintenance pendant la durée du contrat ;
- la responsabilité contractuelle de la SNCF est également engagée au titre de la méconnaissance du principe de bonne foi dans l'exécution du contrat compte tenu de l'incohérence entre les besoins exprimés lors de la procédure de passation du contrat et les besoins effectivement exprimés lors de son exécution ;
- elle a subi un préjudice évalué à la somme de 435 373 euros correspondant, d'une part, à la mobilisation de quatre collaborateurs, d'autre part, à la mobilisation d'un poste et demi de comptable ;
- aucun manquement ne peut lui être opposé dans le cadre de l'exécution du marché ;
- la demande reconventionnelle portant sur la remise des années 2018 et 2019 devra être rejetée en l'absence de justificatifs ;
- la demande reconventionnelle portant sur les frais des consignes de bonbonnes devra être rejetée dès lors que l'article 13 du cahier des charges relatif à la gestion de la fin du contrat ne concerne pas la résiliation anticipée du contrat ; le responsable de la rupture anticipée du contrat, en l'occurrence la SNCF, doit prendre en charge les frais de celle-ci.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril 2022, 8 décembre 2022 et 14 février 2023, la société anonyme SNCF, représentée par Me Symchowicz (SELARL Symchowicz-Weissberg et Associés) demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de la société Loire Distribution Automatique ;
2°) à titre reconventionnel, de condamner la société Loire Distribution Automatique à lui verser une somme de 183 486 euros ;
3°) de mettre à la charge de la société Loire Distribution Automatique la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :
- les nouvelles conclusions indemnitaires dirigées contre les établissements SNCF Mobilités et SNCF Réseau sont irrecevables dans la mesure où elles ont été présentées après l'expiration du délai de recours ;
- ces conclusions sont irrecevables dans la mesure où elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;
- la demande indemnitaire qui la vise exclusivement est mal dirigée dans la mesure où elle n'est pas garante de ses cocontractants et la part du préjudice qui lui est imputable n'est pas précisée ;
- la demande de condamnation solidaire devra être rejetée dans la mesure où elle n'est pas solidaire des autres cocontractants, les anciens EPIC SNCF Mobilités et SNCF Réseau, conformément aux articles 6 et 41 du cahier des prescriptions spéciales ;
- l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales ne méconnaît pas l'article L. 2101-1 du code des transports dans la mesure où ce dernier article n'a pas pour effet d'instaurer une solidarité en matière contractuelle ; en tout état de cause, l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales n'étant pas divisible de l'ensemble du contrat, son illégalité conduirait à la nullité de l'ensemble des contrats conclus entre la société requérante et les entités du groupe SNCF ;
- la faute contractuelle tenant au non-respect du minimum de commandes garanti n'est pas établie dès lors qu'aucun engagement minimum de commandes n'est prévu dans l'accord-cadre ;
- en tout état de cause, le préjudice invoqué à ce titre n'est pas établi compte tenu, d'une part, du nombre réel de commandes de fontaines réseau, d'autre part, de l'absence d'engagement relatif aux prestations de maintenance pendant 5 ans ;
- la faute contractuelle tenant à la méconnaissance du principe de bonne foi dans l'exécution du contrat n'est pas établie dans la mesure où, d'une part, elle ne pouvait pas contraindre ses établissements à contracter avec la société requérante et elle ne s'est pas engagée sur un minimum de commandes, d'autre part, c'est en raison de la mauvaise exécution du contrat par la société que ses établissements n'ont pas souhaité, en grande majorité, s'engager avec la société requérante, en outre, elle ne s'est pas engagée sur les modalités de facturation, enfin, elle a tenté d'aider la société à exécuter ses obligations contractuelles ;
- en tout état de cause, le préjudice invoqué à ce titre n'est pas établi ;
- à titre reconventionnel, elle sollicite la condamnation de la société Loire Distribution Automatique à lui verser une indemnité de 185 096 euros correspondant à la somme de 74 000 euros due au titre de la remise commerciale annuelle prévue à l'article 12.4 du contrat pour les deux années d'exécution et à la somme de 111 096 euros au titre des consignes des bonbonnes qui devaient être restituées en fin de marché en application de l'article 13 du cahier des charges.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la société SNCF Voyageurs, anciennement l'établissement public SNCF Mobilités, représentée par Me Symchowicz (SELARL Symchowicz-Weissberg et Associés), demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de la société Loire Distribution Automatique ;
2°) de mettre à la charge de la société Loire Distribution Automatique la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires dirigées contre elle après l'expiration du délai de recours contentieux sont irrecevables ;
- ces conclusions sont irrecevables dans la mesure où elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;
- la demande de condamnation solidaire devra être rejetée comme mal dirigée dans la mesure où elle n'est pas solidaire des autres cocontractants, conformément aux articles 6 et 41 du cahier des prescriptions spéciales ;
- l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales ne méconnaît pas l'article L. 2101-1 du code des transports dans la mesure où cet article n'a pas pour effet d'instaurer une solidarité en matière contractuelle ; en tout état de cause, cet article n'étant pas divisible de l'ensemble du contrat, son illégalité conduirait à la nullité de l'ensemble des contrats conclus entre la société requérante et les entités du groupe SNCF ;
- la faute contractuelle tenant au non-respect du minimum de commandes garanti n'est pas établie ;
- la faute contractuelle tenant à la méconnaissance du principe de bonne foi dans l'exécution du contrat n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, la société SNCF Réseau, anciennement l'établissement public SNCF Réseau, représentée par Me Symchowicz (SELARL Symchowicz-Weissberg et Associés), demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de la société Loire Distribution Automatique ;
2°) de mettre à la charge de la société Loire Distribution Automatique la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires dirigées contre elle après l'expiration du délai de recours contentieux sont irrecevables ;
- ces conclusions sont irrecevables dans la mesure où elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;
- la demande de condamnation solidaire devra être rejetée comme mal dirigée dans la mesure où elle n'est pas solidaire des autres cocontractants, conformément aux articles 6 et 41 du cahier des prescriptions spéciales ;
- l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales ne méconnaît pas l'article L. 2101-1 du code des transports dans la mesure où cet article n'a pas pour effet d'instaurer une solidarité en matière contractuelle ; en tout état de cause, cet article n'étant pas divisible de l'ensemble du contrat, son illégalité conduirait à la nullité de l'ensemble des contrats conclus entre la société requérante et les entités du groupe SNCF ;
- la faute contractuelle tenant au non-respect du minimum de commandes garanti n'est pas établie ;
- la faute contractuelle tenant à la méconnaissance du principe de bonne foi dans l'exécution du contrat n'est pas établie.
Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 mars 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- la loi n° 2018-515 du 27 juin 2018 ;
- le décret n° 2015-137 du 10 février 2015 ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- le décret n° 2019-1585 du 30 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cottin, représentant la société Loire Distribution Automatique, et celles de Me Scanvic, représentant les sociétés SNCF, SNCF Réseau et SNCF Voyageurs.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er décembre 2017, la société Loire Distribution Automatique (la société LDA) et l'établissement public industriel et commercial (EPIC) SNCF, devenu la société nationale à capitaux publics SNCF, ont conclu un accord-cadre à bons de commande portant sur des prestations de fourniture, de location et de maintenance de fontaines à eau réseau et/ou bonbonnes ainsi que la fourniture de consommables (filtres, cartons de gobelets, etc.), pour les agents du groupe public ferroviaire SNCF. Cet accord-cadre, constitué de cinq lots géographiques, a été conclu pour le compte de l'EPIC SNCF et pour celui des deux autres EPIC du groupe public ferroviaire, devenus également des sociétés anonymes- SNCF Mobilités et SNCF Réseau. L'accord-cadre a été conclu pour une durée de cinq ans, à compter du 20 novembre 2017. Au mois de septembre 2019, la société LDA a demandé la modification du contrat ou à défaut sa résiliation en raison de difficultés financières d'exécution tenant en particulier au manque de commandes relatives à la prestation de remplacement des fontaines de type bonbonne par des fontaines de type réseau, contrairement à l'engagement qui résultait, selon elle, du contrat. Par une décision du 5 décembre 2019, l'EPIC SNCF a pris acte de la résiliation du contrat, à l'initiative de la société LDA, à compter du 31 décembre 2019. Par un mémoire en réclamation du 17 janvier 2020, la société LDA a demandé à l'EPIC SNCF, devenu la société SNCF, une indemnité de 5 000 441 euros en réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de la mauvaise exécution de l'accord-cadre. La société SNCF a rejeté sa demande par une décision du 24 février 2020. Par la présente requête, et dans le dernier état de ses écritures, la société LDA demande la condamnation de la société SNCF, le cas échéant, in solidum avec les sociétés SNCF Voyageurs (anciennement l'EPIC SNCF Mobilités) et SNCF Réseau, à lui verser la somme de 1 061 125 euros.
Sur la contestation de la validité de la clause de non-solidarité du contrat :
2. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.
3. La société LDA soutient que la clause de non-solidarité entre les EPIC, prévue à l'article 6 du cahier des prescriptions spéciales fournitures générales de l'accord-cadre (le CPS), qui lui est opposée par les sociétés SNCF pour contester la responsabilité contractuelle de la seule société SNCF puis la demande de condamnation in solidum des trois sociétés, est illicite en ce qu'elle est contraire aux dispositions de l'article L. 2101-1 du code des transports qui instituent une solidarité entre ces établissements.
4. Aux termes de l'article L. 2101-1 du code des transports, dans sa rédaction applicable au litige : " La SNCF, SNCF Réseau et SNCF Mobilités constituent le groupe public ferroviaire au sein du système ferroviaire national. Ces trois entités ont un caractère indissociable et solidaire. Le groupe remplit une mission, assurée conjointement par chacun des établissements publics dans le cadre des compétences qui leur sont reconnues par la loi, visant à exploiter le réseau ferré national et à fournir au public un service dans le domaine du transport par chemin de fer. Il remplit des missions de service de transport public terrestre régulier de personnes, des missions de transport de marchandises et des missions de gestion de l'infrastructure ferroviaire, dans une logique de développement durable et d'efficacité économique et sociale ".
5. L'article 6 du CPS stipule que : " les EPIC parties au présent contrat sont des co-contractants conjoints et ne sont pas solidaires entre eux des obligations créées par le présent contrat. Chaque EPIC est engagé pour la part du marché le concernant. Dès lors l'un des EPIC co-contractants ne peut voir sa responsabilité engagée ni être tenu responsable des conséquences de la défaillance ou de la faute éventuelle des autres des EPIC co-contractants dans l'exécution du présent marché ". De même, en vertu de l'article 41 du CPS, relatif au principe de non solidarité contractuelle dans les rapports entre le titulaire et les EPIC co-contractants : " Les EPIC parties au présent contrat sont des co-contractants conjoints et ne sont pas solidaires entre eux des obligations créées par le présent contrat. Chaque EPIC est engagé pour la part du marché le concernant. Dès lors, l'un des EPIC co-contractants ne peut voir sa responsabilité engagée ni être tenu responsable des conséquences de la défaillance ou de la faute éventuelle d'un autre des EPIC co-contractants dans l'exécution du présent marché ".
6. Les dispositions précitées de l'article L. 2101-1 du code des transports affirment le caractère indissociable des trois EPIC du groupe ferroviaire et le caractère unique de la mission qu'ils assurent conjointement. Pour autant, elles n'ont pas pour effet d'instituer une solidarité financière entre les EPIC dans l'exécution de leurs obligations contractuelles respectives. Par suite, les stipulations précitées du CPS ne sont pas contraires aux dispositions de l'article L. 2101-1 du code des transports. La société LDA n'est ainsi, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que cette clause du contrat est illicite.
7. Par ailleurs, la circonstance invoquée par la société SNCF, selon laquelle elle n'est pas solidaire des deux autres anciens EPIC, si elle est susceptible, le cas échéant, de faire obstacle à ce que cette société soit condamnée à réparer l'entièreté des dommages invoqués, n'est, en revanche, pas de nature à faire regarder les conclusions dirigées contre elle comme étant mal dirigées. En outre, contrairement à ce que la société SNCF soutient, la clause de non solidarité des trois EPIC n'interdit, en tout état de cause, pas à la société LDA de demander leur condamnation in solidum dès lors que la société soutient que ceux-ci sont, du fait de leurs fautes respectives, tous les trois à l'origine des mêmes préjudices financiers dont elle demande la réparation.
Sur la faute contractuelle tenant au non-respect de l'engagement minimum de commandes pour le remplacement des fontaines de type bonbonne par des fontaines de type réseau :
8. D'une part, en vertu de l'article 9.1 du cahier des charges de l'accord-cadre en litige, relatif au " mode opératoire administratif du marché " : " Le groupe SNCF, c'est 3 EPIC composés de branches et/ou d'activité auxquels sont rattachés près de 1 400 BUPO (Business Unit-Purchase Order) toute indépendantes comptablement () ". Selon l'article 9.3 du cahier des charges : " Le marché est couvert par un accord-cadre signé entre SNCF et le titulaire du marché. Chaque BUPO passe un bon de commande annuel, sans tacite reconduction pour son propre compte au titre du contrat cadre () ". En outre, le cahier des charges prévoit la conclusion d'une " convention locale " qui définit " la relation contractuelle entre les établissements clients et le titulaire. [Elle] reprend les points clés du contrat, renseigne sur le parc de fontaines, le calendrier des interventions ainsi que le plan de prévention le cas échéant ". Il résulte de l'annexe 1 du cahier des charges, relative à l'organisation administrative du groupe SNCF qu'un BUPO correspond à un établissement, une direction centrale ou une direction régionale rattaché à un EPIC et doté d'une indépendance comptable. Il résulte ainsi de ces stipulations et des autres pièces contractuelles versées au dossier que l'accord-cadre a été conclu par l'EPIC SNCF pour son compte et pour celui des EPIC SNCF Mobilités et SNCF Réseau. Ces trois EPIC regroupaient environ 1 400 BUPO bénéficiaires de l'accord-cadre, chargés de passer des bons de commande annuels pour leurs besoins respectifs, pour environ 3 000 points de livraison sur le territoire national.
9. D'autre part, aux termes de l'article 12.5 du CPS, inséré dans l'article consacré au prix du marché, intitulé " Plan de progrès relatif au remplacement du parc de fontaines bonbonnes par des fontaines réseau " : " Le titulaire s'engage à développer le nombre de fontaines réseau installées en remplacement de fontaines bonbonnes à raison de 600 fontaines (sur devis établi) en moyenne par an pendant les 2 premières années du contrat, pour un total de 1 200 fontaines (sur devis établi) bonbonnes remplacées à l'issue des 2 premières années du contrat. De son côté, la SNCF mettra en place un système de bonus et malus applicable sur le montant de la RFA (remise annuelle sur chiffre d'affaires) () ".
10. La société LDA soutient que, par ces dernières stipulations, la SNCF s'est engagée à commander des prestations de remplacement des fontaines de type bonbonne par des fontaines de type réseau, à hauteur de 1 200 fontaines à l'issue des deux premières années du contrat. Elle demande ainsi la réparation de la perte de marge bénéficiaire qu'elle estime avoir subie du fait du non-respect, par ses cocontractants, de cet engagement contractuel dans la mesure où elle n'a pu réaliser que 194 prestations, en raison du refus des BUPO de procéder à de telles commandes.
11. Toutefois, il résulte des termes mêmes de l'article 12.5 précité que le remplacement de 1 200 fontaines bonbonnes par des fontaines réseau, " en moyenne et sur devis ", au cours des deux premières années du contrat ne constituait pas un engagement ferme et inconditionnel qui aurait été pris par les EPIC à l'égard du titulaire mais un objectif assigné par les EPIC au titulaire pour répondre à leur attente, en cas de commandes passées et d'acceptation du devis proposé, en contrepartie d'un dispositif d'intéressement financier de type " bonus / malus ". Cette interprétation est confirmée par les stipulations de l'article 2.1 du cahier des charges de la consultation qui précisent que l'accord-cadre ne comporte aucun engagement de quantité. S'il est vrai que la SNCF a également affirmé, dans le cahier des charges de la consultation, l'objectif de " réduction du nombre de fontaines bonbonnes installées au profit des fontaines réseau. Le titulaire [ayant] la charge de développer le parc fontaine réseau [en proposant] un plan de progrès () ", cet objectif ne constitue cependant pas un engagement contractuel des EPIC d'émettre des bons de commande pour un minimum de 1 200 fontaines réseau en remplacement des fontaines bonbonnes au cours des deux premières années d'exécution du contrat. Dès lors, en l'absence d'obligation de commande des EPIC, la société LDA n'est pas fondée à demander une indemnité correspondant à la perte de marge bénéficiaire qu'elle estime avoir subie à ce titre.
Sur la faute contractuelle tenant à l'évaluation " grossièrement erronée " des besoins de l'acheteur :
12. La société LDA soutient que la SNCF a commis une faute tenant à l'évaluation grossièrement erronée de ses besoins dans la mesure où les BUPO, bénéficiaires de l'accord-cadre, ne souhaitaient en réalité pas transformer leurs fontaines de type bonbonne en fontaines de type réseau. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'existait pas d'obligation contractuelle, pour les EPIC, de commander des fontaines de type réseau pour remplacer les fontaines de type bonbonne existantes au cours des deux premières années d'exécution du contrat. Dans ces conditions, la société LDA ne pouvait escompter aucun bénéfice certain à ce titre. Elle n'est ainsi, en tout état de cause, pas fondée à demander l'indemnisation de la perte de marge bénéficiaire qu'elle estime avoir subie en raison d'une faute tenant à une mauvaise estimation de ses besoins par l'acheteur.
Sur la faute contractuelle tenant à la méconnaissance de l'obligation d'exécuter le contrat de bonne foi :
13. En premier lieu, la société LDA soutient que la SNCF n'a pas exécuté le contrat de bonne foi dans la mesure où elle n'a pris aucune mesure pour respecter l'objectif de remplacement des fontaines bonbonnes par des fontaines réseau qu'elle s'était pourtant fixée dans le cadre de la consultation. Elle demande ainsi l'indemnisation du préjudice financier qu'elle estime en résulter, correspondant au coût de mobilisation de quatre collaborateurs chargés de procéder au recensement des fontaines existantes en vue de leur remplacement.
14. Il résulte de l'instruction que la société LDA a présenté une offre qui répondait à l'objectif du cahier des charges tenant au remplacement des fontaines bonbonnes au profit des fontaines réseau. Elle s'est néanmoins heurtée, dans les premiers mois de l'exécution du contrat, au refus de la plupart des BUPO de commander de telles prestations. Il résulte ainsi de l'instruction qu'à compter du mois de juin 2018, la SNCF lui a demandé de cesser d'adresser des propositions de transformation des fontaines bonbonnes aux BUPO. Si la SNCF fait valoir que c'est en raison de la mauvaise exécution par la société LDA de ses obligations que les BUPO n'ont pas souhaité procéder à la transformation des fontaines bonbonnes en fontaines réseau, ces allégations ne sont pas suffisamment établies par des courriers électroniques datés essentiellement du mois de juin 2018, alors que la direction des achats de la SNCF a reconnu dans le même temps, dans deux courriers électroniques des 11 et 12 avril 2018, que les plaintes concernaient seulement 10 % du parc de 7 000 fontaines dont la société LDA avait la gestion et que l'achat s'avérait plus compliqué en raison du manque d'entretien du parc de fontaines par le titulaire précédent.
15. Cela étant, il ne résulte pas de l'instruction que la SNCF, qui a notamment accepté la conclusion d'un avenant le 3 janvier 2019 pour augmenter le prix des fontaines bonbonnes afin d'inciter les BUPO à passer des commandes pour des fontaines réseau, n'aurait pas exécuté de bonne foi ses engagements contractuels. En particulier, si la société LDA reproche à la SNCF d'avoir permis au BUPO de passer commandes auprès d'autres fournisseurs, une telle pratique était expressément autorisée par la clause de non exclusivité figurant à l'article 10 du cahier des prescriptions spéciales. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la société LDA a indiqué dans son offre qu'elle avait conscience du volume du marché SNCF et qu'elle s'engageait à consacrer ses équipes à la mise en place du contrat pendant un an. Ainsi, et alors qu'il est constant que la société a réalisé un taux de marge net de 48, 01 % pour la période de deux ans d'exécution du contrat et que 934 fontaines réseau ont été effectivement commandées- dont 194 en remplacement de fontaines bonbonnes, elle n'établit pas que la mobilisation de quatre collaborateurs sur des missions de recensement des fontaines et de récupération des données des acheteurs aurait été en pure perte et exclusivement imputable au mauvais vouloir de la SNCF dans l'exécution de ses obligations contractuelles.
16. En second lieu, la société LDA soutient que la SNCF a pris des mesures contraires à l'objectif tenant à la " réduction des coûts de gestion notamment du nombre de factures " figurant dans le cahier des charges de la consultation. Elle demande l'indemnisation du préjudice financier qu'elle estime en résulter, correspondant au coût de mobilisation d'un poste et demi de comptable pour exécuter les prestations de gestion administrative.
17. Il résulte de l'instruction que la SNCF a demandé au mois d'avril 2018 que les factures annuelles de 110 euros correspondant à deux prestations de maintenance de 55 euros chacune fassent l'objet d'une facture pour chaque prestation et non plus d'une facture unique. Cependant, cette seule circonstance ne permet pas de caractériser un mauvais vouloir de la SNCF dans l'exécution du contrat, d'autant plus que le cahier des charges de la consultation mentionnait expressément le volume très important de factures générées par le groupe SNCF ainsi que la complexité de l'acheteur. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent être rejetées.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la société LDA n'est pas fondée à soutenir que la société SNCF a commis des fautes contractuelles de nature à engager sa responsabilité, y compris in solidum avec les sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par les défendeurs, les conclusions indemnitaires de la société LDA doivent être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles de la société SNCF :
19. En premier lieu, aux termes de l'article 12.4 du cahier des prescriptions spéciales, relatif à la " remise annuelle sur chiffre d'affaires " : " Le titulaire accorde aux bénéficiaires du présent contrat une remise commerciale annuelle calculée sur le chiffre d'affaires réalisé au titre dudit présent contrat, au titre du chiffre d'affaires réalisé " hors contrat " à l'EPIC et à ses filiales, l'année précédant le calcul. L'assiette de calcul considérée inclut l'ensemble du CA facturé au titre du contrat (sans exceptions) mais également l'ensemble du chiffre d'affaires facturé " hors contrat " à l'EPIC et à ses filiales. Le titulaire s'engage à s'acquitter du règlement de la RFA au plus tard le 01/04 de l'année civile suivant celle du calcul. Dans le cas contraire, il pourra être appliqué des pénalités de retard d'un montant correspondant à un taux proportionnel à 5 % annuel, calculé au prorata de la durée de retard constatée () ". Selon cet article, tel que rectifié par un avenant signé le 3 janvier 2019, le pourcentage de la remise commerciale annuelle a été fixé à 1, 75 % lorsque le chiffre d'affaires annuel facturé du titulaire est inférieur ou égal à 800 000 euros HT. Il a été fixé à 3, 05 % lorsque le chiffre d'affaires HT facturé est supérieur à 800 000 euros. En outre, en vertu de cet article, " le montant de la remise ainsi déterminé est réglé par avoir accompagné d'un chèque adressé à l'EPIC au plus tard trois (3) mois après la date anniversaire du contrat. A cet effet, le titulaire est informé que l'EPIC est mandaté par l'ensemble des bénéficiaires pour encaisser la totalité des remises commerciales prévues au présent contrat. La remise ainsi encaissée par l'EPIC sera redistribuée à chaque bénéficiaire au prorata du chiffre d'affaires généré par ce dernier ".
20. La société SNCF demande la condamnation de la société LDA à lui verser les sommes qu'elle estime lui être dues au titre de la remise commerciale annuelle sur les chiffres d'affaires réalisés au cours des deux années d'exécution du contrat. Toutefois, il est toujours loisible aux parties de s'accorder, même sans formaliser cet accord par un avenant, pour déroger aux stipulations du contrat initial. Or, en l'espèce, il résulte de l'instruction que l'EPIC SNCF n'a jamais réclamé le règlement de la remise commerciale annuelle ni à l'issue de la première date d'anniversaire du contrat ni à l'occasion de la signature de l'avenant du 3 janvier 2019 rectifiant une coquille dans la rédaction de l'article 12.4. De même, il résulte de l'instruction que la SNCF n'a aucunement fait état d'une somme due à ce titre dans ses échanges avec la société LDA relatifs aux modalités de la fin du contrat. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'EPIC SNCF doit être réputé avoir renoncé au règlement de la remise annuelle sur chiffre d'affaires.
21. En second lieu, l'article 13.1 du cahier des charges prévoit un plan de retrait des fontaines bonbonnes dans le cas où le titulaire ne serait pas reconduit selon un calendrier et des modalités qu'il précise. En outre, les articles 33 et 34.2 du cahier des prescriptions spéciales précisent les modalités de retrait et de transfert du parc des fontaines bonbonnes au terme du contrat.
22. La société SNCF soutient qu'elle est en droit, en application de l'article 13.1 du cahier des charges, d'obtenir le paiement de la somme de 111 096 euros correspondant à des frais de consigne de fontaines bonbonnes qui lui ont été facturés. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'un différend est né entre la société LDA et la société SNCF sur les modalités de mise en œuvre du plan de retrait des fontaines bonbonnes compte tenu de la résiliation anticipée de l'accord-cadre au 31 décembre 2019 de sorte que toutes les fontaines n'ont pas été retirées par la société LDA. De plus, ni les stipulations de l'article 13.1 du cahier des charges ni aucune stipulation contractuelle invoquée par la société SNCF ou pièce versée au dossier ne permettent d'établir que la société LDA était tenue au remboursement des frais de consignation des bonbonnes invoqués par la SNCF devant le tribunal. Dès lors qu'il n'est pas établi que la société LDA était contractuellement redevable de la somme réclamée par la société SNCF, cette demande reconventionnelle doit également être rejetée.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions reconventionnelles présentées par la société SNCF doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SNCF, y compris in solidum avec les sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la société LDA au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société LDA les sommes demandées par les sociétés SNCF, SNCF Voyageurs et SNCF Réseau au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Loire Distribution Automatique est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société SNCF sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par les sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Loire Distribution Automatique, à la SNCF, à la société SNCF Voyageurs et à la société SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La rapporteure,
E. ARMOËT
La présidente,
M. SALZMANNLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre chargé des transports, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026