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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109357

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109357

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109357
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2109357 le 15 avril 2021, et des mémoires, enregistrés les 29 juin 2021 et 10 juin 2022, la société Satelec, représentée par Me Michel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 92 694, 63 euros TTC, assortie des intérêts moratoires prévus à l'article 6.5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché public de travaux d'entretien, de réparation et d'aménagement pour le domaine électricité courants fort et faible dans les locaux soutenus par le service parisien de soutien de l'administration centrale, à compter du 27 octobre 2019 et de la capitalisation des intérêts échus à la date d'introduction de la requête et à chaque échéance annuelle ultérieure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 16 décembre 2021 est sans objet dès lors qu'elle n'a pas présenté de conclusions contre cette décision ;

- la fin de non-recevoir tirée de l'absence de présentation du mémoire de réclamation préalable prévue à l'article 50.1 du CCAG-Travaux n'est pas fondée dans la mesure où sa lettre du 12 décembre 2019 constitue un mémoire en réclamation au sens de l'article 50.1.1 du CCAG-Travaux ; en tout état de cause, l'Etat ne peut pas utilement invoquer cette irrecevabilité, conformément au principe de loyauté des relations contractuelles, dès lors qu'il est réputé avoir renoncé aux exigences de l'article 50.1.1 du CCAG-Travaux ;

- elle ne peut se voir infliger les pénalités de retard prévues par le CCAP dès lors que la commande émise par l'ordre de service du 4 février 2018 porte sur des travaux qui excèdent la date limite d'exécution du marché fixée au 17 mars 2018 ;

- l'Etat a méconnu le devoir de loyauté contractuelle en sanctionnant le non-respect du délai d'exécution " fictif " qu'il lui a imposé ;

- à supposer que les pénalités de retard soient contractuellement applicables, les travaux ne pouvaient être réalisés qu'à compter du 16 juin 2018, et subsidiairement à compter du 2 mai ou du 19 avril 2018, en raison du comportement du pouvoir adjudicateur ;

- le retard dans l'exécution des travaux entre le 5 juin et le 17 août 2018 ne lui est pas imputable dans la mesure où son fournisseur n'a pas pu lui livrer le tableau général basse tension (TGBT) en raison d'un évènement de force majeure tenant à des inondations graves et exceptionnelles ;

- le montant des pénalités mises à sa charge est excessif ;

- elle est fondée à réclamer la somme de 14 744, 22 euros dès lors que l'Etat ne pouvait pas imputer le montant des pénalités de retard sur les sommes HT qui lui étaient dues puisque les pénalités ne sont pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- en cas d'annulation du titre de perception, elle est fondée à réclamer la somme de 88 645, 32 euros TTC correspondant au montant de sa facture du 26 septembre 2019 et la somme de 4 229, 31 euros qui a été retenue à tort sur le montant de sa première facture, soit la somme de 92 694, 63 euros TTC.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 avril 2022 et 9 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre le courrier du 16 février 2021 sont irrecevables dans la mesure où celui-ci ne constitue pas une décision susceptible de recours ;

- les conclusions de la requête sont irrecevables en application des articles 50.1.1 et 50.3.1 du CCAG-Travaux dès lors que la société n'a pas adressé de mémoire en réclamation pour obtenir le paiement de la facture du 26 septembre 2019 ;

- les conclusions tendant au paiement de la facture du 26 septembre 2019 sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- le moyen tiré de la violation du devoir de loyauté contractuelle est inopérant dès lors que le bon de commande émis le 5 décembre 2017 respecte le délai d'exécution du marché ;

- le moyen tiré de ce que le déclenchement tardif des prestations serait à l'origine du non-respect du délai d'exécution du contrat est inopérant car sans lien avec l'application des pénalités mises en œuvre ;

- le moyen tiré de ce que le retard dans l'exécution des travaux ne serait pas imputable à la société requérante n'est pas fondé ;

- il est fondé à réclamer le paiement d'une somme de 127 383, 86 euros correspondant aux pénalités calculées conformément à l'article 7.2 du CCAP à raison de 72 jours de retard ;

- le moyen tiré du caractère excessif des pénalités, lequel s'apprécie au regard du montant global et définitif du marché, n'est pas fondé ;

- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant du calcul des pénalités de retard sur le fondement du montant HT des sommes dues à la société ;

- la somme de 4 229, 31 euros imputée par erreur sur la première facture de la société a été déduite lors de l'établissement du titre de perception.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 mai 2023 à 12 heures.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2125629 le 29 novembre 2021, et un mémoire, enregistré le 10 juin 2022, la société Satelec, représentée par Me Michel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 10 mai 2021 à son encontre pour un montant de 127 383, 86 euros correspondant à des pénalités de retard prononcées en application du marché public de travaux d'entretien, de réparation et d'aménagement pour le domaine électricité courants fort et faible dans les locaux soutenus par le service parisien de soutien de l'administration centrale, ainsi que la décision du 27 octobre 2021 rejetant sa réclamation préalable ;

2°) de la décharger de la somme mise à sa charge et, subsidiairement, de la somme de 14 924, 22 euros ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 92 694, 63 euros TTC, assortie des intérêts moratoires prévus à l'article 6.5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) à compter du 27 octobre 2019 et de la capitalisation des intérêts échus à la date d'introduction de la requête n° 2109357 le 15 avril 2021 et à chaque échéance annuelle ultérieure ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- la fin de non-recevoir tiré de l'absence de lien entre la contestation du titre de perception et la demande de paiement du solde du marché doit être écartée ;

- elle ne peut se voir infliger les pénalités de retard prévues par le CCAP dès lors que la commande émise par l'ordre de service du 4 février 2018 porte sur des travaux qui excèdent la date limite d'exécution du marché fixée au 17 mars 2018 ;

- l'Etat a méconnu le devoir de loyauté contractuelle en sanctionnant le non-respect du délai d'exécution " fictif " qu'il lui avait imposé, alors qu'il était à l'origine du dépassement du délai d'exécution prévu par le contrat ;

- à supposer que les pénalités de retard soient contractuellement applicables, les travaux ne pouvaient être réalisés qu'à compter du 16 juin 2018, et subsidiairement à compter du 2 mai ou des 24 ou 19 avril 2018, en raison du comportement du pouvoir adjudicateur ;

- le retard dans l'exécution des travaux entre le 5 juin 2018 et le 17 août 2018 ne lui est pas imputable dès lors que son fournisseur n'a pas pu lui livrer le tableau général basse tension (TGBT) en raison d'un évènement de force majeure tenant à des inondations graves et exceptionnelles ;

- à titre subsidiaire, le montant des pénalités mises à sa charge est excessif ;

- elle est fondée à réclamer la somme de 14 744, 22 euros dès lors que l'Etat ne pouvait pas imputer le montant des pénalités de retard sur les sommes HT qui lui étaient dues puisque les pénalités ne sont pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- en cas d'annulation du titre de perception, elle est fondée à réclamer la somme de 88 465, 32 euros TTC correspondant au montant de sa facture du 26 septembre 2019 et la somme de 4 229, 31 euros qui a été retenue à tort sur le montant de sa première facture, soit la somme de 92 694, 63 euros TTC.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 avril 2022 et 9 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions tendant au paiement de la facture du 26 septembre 2019 d'un montant de 88 465, 32 euros TTC et des pénalités retenues par erreur d'un montant de 4 229, 31 euros sont irrecevables dans la mesure où elles sont sans lien avec la contestation du titre de perception ;

- ces conclusions sont irrecevables en l'absence de demande préalable, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ; en tout état de cause, la société requérante ne peut pas réclamer le paiement de la somme de 4 229, 31 euros qui a été déduite du montant total du titre de perception ;

- le moyen tiré de la violation du devoir de loyauté contractuelle est inopérant dès lors que le bon de commande émis le 5 décembre 2017 respecte le délai d'exécution du marché ;

- le moyen tiré de ce que le déclenchement tardif des prestations serait à l'origine du non-respect du délai d'exécution du contrat est inopérant car dépourvu de lien avec l'application des pénalités mises en œuvre ;

- le moyen tiré de ce que le retard dans l'exécution des travaux ne serait pas imputable à la société requérante n'est pas fondé ;

- il est fondé à réclamer le paiement d'une somme de 127 383, 86 euros correspondant aux pénalités calculées conformément à l'article 7.2 du CCAP à raison de 72 jours de retard ;

- le moyen tiré du caractère excessif des pénalités, lequel s'apprécie au regard du montant global et définitif du marché, n'est pas fondé ;

- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant du calcul des pénalités de retard sur le fondement du montant HT des sommes dues à la société.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- et les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 1er décembre 2014, l'Etat a confié à la société SATELEC l'exécution d'un marché public portant sur les travaux d'entretien, de réparation et d'aménagement pour le domaine électricité courants fort et faible dans les locaux soutenus par le service parisien de soutien de l'administration centrale (SPAC), lequel relevait alors du ministère des armées. Ce marché public à bons de commande a été conclu pour une durée de trois ans à compter de sa notification le 1er décembre 2014. Par un avenant signé le 17 novembre 2017, la durée du marché a été prolongée de dix-sept jours, soit jusqu'au 17 décembre 2017 inclus. Le 14 décembre 2017, le SPAC a notifié à la société SATELEC un dernier bon de commande n° 327 portant sur " la création d'un poste HT/BT Bâtiment 106 sur le site d'Arcueil ". Un ordre de service notifié le 4 février 2018 a ensuite fixé le début des travaux à la date du 1er mars 2018, pour une durée de douze semaines. Les travaux correspondant au bon de commande en cause ont été achevés le 15 septembre 2018. Le 18 octobre 2019, le SPAC a informé la société SATELEC de l'ouverture d'un dossier de pénalités pour retard dans l'exécution du bon de commande n° 327, pour un montant de 84 042, 05 euros correspondant à 114 jours de retard entre le 24 mai et le 15 septembre 2018. La société a contesté ces pénalités le 12 décembre 2019. Par une lettre du 16 février 2021, la sous-direction chargée de la préfiguration de l'agence ministérielle de gestion du secrétariat général pour l'administration (le SDPAMG), devenue responsable du marché, a informé la société que le montant des pénalités de retard s'élevait en réalité à la somme de 205 334, 27 euros de sorte que sa dernière facture du 26 septembre 2019 d'un montant de 88 465, 32 euros TTC (73 721, 10 euros HT), ne serait pas réglée et qu'un titre de perception correspondant à la somme restant due par elle, après déduction du montant de la facture du 26 septembre 2019 et remboursement d'une somme de 4 229, 31 euros qui avait été indûment perçue sur le règlement d'une précédente facture, serait émis à son encontre. Un titre de perception d'un montant de 127 383, 86 euros a ainsi été émis à l'encontre de la société SATELEC le 10 mai 2021.

2. Par la requête n° 2109357, la société SATELEC demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 92 694, 63 euros TTC correspondant au montant de sa facture du 26 septembre 2019 de 88 465, 32 euros TTC et à la somme de 4 229, 31 euros dont elle a été indûment privée. Par la requête n° 2125629, la société SATELEC demande au tribunal, d'une part, d'annuler le titre de perception du 10 mai 2021 ainsi que la décision du 27 octobre 2021 rejetant la réclamation qu'elle a formée contre ce titre, d'autre part, de la décharger de la somme mise à sa charge, enfin, de condamner l'Etat à lui reverser les sommes de 88 465, 32 euros TTC et 4 229, 31 euros.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2109357 et n° 2125629 présentées pour la société SATELEC présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées par l'Etat :

S'agissant de la requête n° 2109357 :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société SATELEC n'a pas présenté de conclusions tendant à l'annulation de la lettre du 16 février 2021 par laquelle le ministre des armées l'a informée de son refus de payer sa facture de solde du 26 septembre 2019 et de l'émission d'un titre de perception opérant une compensation entre, d'une part, le montant de cette facture et la somme indûment prélevée de 4 229, 31 euros et, d'autre part, le montant des pénalités de retard qu'il estimait être finalement dû par la société SATELEC. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que cette lettre revêt un caractère préparatoire et n'est pas susceptible de recours est sans objet et ne peut, en tout état de cause, qu'être écartée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 50.1.1. du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux) applicable au litige : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation.

Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. () ". Aux termes de l'article 50.2 du CCAG Travaux : " Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. ". Aux termes de l'article 50.3.1 : " A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation ".

6. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, résultant d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de ce dernier et faisant apparaître le désaccord, le titulaire doit présenter, dans le délai qu'elles prescrivent, un mémoire en réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat. En outre, un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.

7. En l'espèce, par un courrier du 18 octobre 2019, la société SATELEC a été informée de l'ouverture d'un dossier de pénalités pour retard dans l'exécution du marché. Il résulte de l'instruction que la facture de solde du 26 septembre 2019 d'un montant de 73 721, 10 euros, était annexée à ce courrier. En outre, le courrier était accompagné d'un " état portant décompte provisoire des pénalités " indiquant un montant de " pénalités provisoires de 84 042, 30 euros dont 73 700 euros précomptés immédiatement et régularisation de 10 342, 30 euros après décision du bureau de soutien réglementaire des achats ". Le courrier du 18 octobre 2019 précisait également que, passé le délai de soixante jours, imparti à la société SATELEC pour présenter ses observations, le montant des pénalités serait réputé accepté et deviendra définitif par décision du représentant du pouvoir adjudicateur. Par un courrier du 12 décembre 2019, la société SATELEC a contesté les pénalités mises à sa charge, dans leur principe et leur montant, en fournissant les pièces justificatives de sa demande d'exonération totale. Par sa lettre du 16 février 2021, l'administration a, d'une part, rejeté la demande d'exonération de pénalités de la société SATELEC et précisé le montant des pénalités finalement mises à sa charge, d'autre part, confirmé qu'une compensation serait effectuée entre le montant de la facture de solde de 73 721, 10 euros et la somme de 4 229, 31 euros due à la société et le montant des pénalités dû par la société de 205 334, 27 euros. Ainsi, il résulte de l'instruction que la société SATELEC a été informée, dès le 18 octobre 2019, de l'intention de l'Etat d'opérer une compensation entre le montant de sa facture de solde et les pénalités de retard qu'il entendait lui infliger. Dans ces conditions, alors même que le courrier de la société SATELEC du 12 décembre 2019 ne fait pas expressément état du non-paiement de la facture du 26 septembre 2019, il doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme un mémoire en réclamation, au sens des stipulations précitées, portant également sur la compensation annoncée par l'acheteur et, par suite, sur son refus de payer le montant de la facture du 26 septembre 2019. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de l'absence de mémoire en réclamation concernant la demande de paiement du montant de la facture du 26 septembre 2019 doit être écartée.

8. Au surplus, à supposer même qu'il n'existait pas de différend, au sens des stipulations précitées, concernant le paiement de la facture du 26 septembre 2019 avant la notification de la lettre du 16 février 2021 par laquelle le ministre des armées a expressément confirmé son refus de régler cette facture, il résulte de l'instruction que cette lettre précisait que la société devait, si elle souhaitait contester cette décision, saisir le tribunal administratif de Paris dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Ce faisant, l'Etat doit être regardé comme ayant renoncé à se prévaloir des modalités de contestation prévues par le contrat, rappelées au point 5 ci-dessus et ne peut, par suite, en tout état de cause, pas se prévaloir de l'irrecevabilité contractuelle de la demande de paiement de la facture du 26 septembre 2019 en l'absence de mémoire en réclamation.

9. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, il résulte de l'instruction que la société SATELEC, en contestant les pénalités de retard par son mémoire en réclamation du 12 décembre 2019, doit être regardée comme ayant également entendu contester la compensation annoncée par l'administration entre le montant de sa facture de solde et le montant des pénalités mises à sa charge. En outre, par sa lettre du 16 février 2021, le ministre des armées a expressément confirmé son refus de régler la facture en cause et la compensation opérée par l'émission d'un titre de perception. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de demande indemnitaire préalable de nature à lier le contentieux, concernant les conclusions relatives au paiement de la facture du 26 septembre 2019, doit, en tout état de cause, être écartée.

S'agissant de la requête n° 2125629 :

10. En premier lieu, le ministre des armées fait valoir que la société SATELEC n'est pas recevable à demander le paiement de la facture du 26 septembre 2019 dans le cadre de sa requête tendant à l'annulation du titre de perception du 10 mai 2021 et à la décharge de la somme mise à sa charge, en l'absence de lien suffisant entre ces demandes. Toutefois, la restitution des sommes prélevées par compensation sur le montant de la facture du 26 septembre 2019 et la somme de 4 229, 31 euros due par l'Etat à la société SATELEC constitue une conséquence nécessaire de l'annulation demandée du titre de perception et de la décharge de la somme mise à la charge de la société SATELEC. Par suite, cette dernière est recevable à demander, en conséquence de ses conclusions aux fins d'annulation du titre de perception et de décharge de la somme mise à sa charge, la restitution des sommes qui ont été, selon elle, indûment prélevées par l'administration. La fin de non-recevoir présentée à ce titre doit ainsi être écartée.

11. En second lieu, le ministre des armées fait valoir que la société SATELEC ne justifie pas avoir présenté une demande indemnitaire préalable concernant les sommes réclamées devant le tribunal. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la restitution des sommes indûment prélevées par compensation par l'administration constitue une conséquence nécessaire de l'annulation du titre de perception contesté et de la décharge de la somme mise à la charge de la société. Par suite, ces conclusions, qui sont accessoires aux conclusions aux fins d'annulation et de décharge, ne devaient pas faire l'objet d'une demande indemnitaire préalable. Au surplus, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 9 du présent jugement, la société SATELEC, en contestant les pénalités de retard par son mémoire en réclamation du 12 décembre 2019, doit être regardée comme ayant également entendu contester la compensation annoncée par l'administration entre le montant de sa facture de solde et le montant des pénalités mises à sa charge et, par suite, le refus de paiement de la facture du 26 septembre 2019. Cette fin de non-recevoir ne peut, dès lors, qu'être écartée.

Sur le bien-fondé du titre de perception du 10 mai 2021 :

S'agissant de l'applicabilité des pénalités de retard :

12. D'une part, aux termes de l'article 2.1 du CCAP du marché litigieux : " () Pendant la durée de validité du marché, les bons de commande conclus sur la base de ce marché seront attribués, lors de la survenance du besoin ". Aux termes de l'article 2.4 du CCAP, modifié par l'avenant signé le 17 novembre 2017, relatif à la durée du marché : " Le présent marché est conclu pour une durée de trois (3) ans et dix-sept (17) jours fermes à compter de sa date de notification, soit jusqu'au 17 décembre 2017 inclus. La durée du marché s'entend comme la période pendant laquelle peuvent être notifiés les bons de commande rentrant dans l'objet du présent marché ". Aux termes de l'article 3 de l'acte d'engagement, modifié par l'avenant du 17 novembre 2017 : " Le marché est passé par une durée de trois (3) ans et dix-sept (17) jours fermes à compter de sa date de notification, soit jusqu'au 17 décembre 2017 inclus. La durée d'exécution de chaque bon de commande ne pourra excéder 3 mois ".

13. D'autre part, en vertu de l'article 5 du CCAP, portant sur les conditions de passation des bons de commande : " Le programme des travaux du marché ne pouvant être défini à l'avance, les commandes seront émises au fur et à mesure des besoins de l'administration ". Par ailleurs, aux termes de l'article 5-2 du CCAP, relatif aux délais : " Les délais d'exécution seront précisés sur chaque bon de commande. Ces délais d'exécution s'entendent en jours calendaires à compter de la date de notification du bon de commande ou de la date fixée dans l'ordre de service prescrivant le déclenchement des travaux. Ils comprendront les délais de préparation, d'intervention, de réalisation, de repliement du chantier et de remise en état des lieux. La durée maximale d'exécution d'un bon de commande (BdC) ne pourra excéder 3 mois. () Les délais prévus aux marchés s'entendent, sauf dispositions contraires, périodes de congés annuels comprises. Aucune neutralisation ne sera effectuée pour tenir compte d'une éventuelle fermeture des établissements du titulaire ". Selon l'article 5-3 relatif aux bons de commande : " () Les bons de commande pourront être notifiés pendant toute la durée de validité du marché sachant que la durée d'exécution maximale de chaque bon de commande ne pourra excéder 3 mois ".

14. Enfin, en vertu de l'article 7.2 du CCAP, relatif à la pénalité pour retard d'exécution des travaux : " Si le délai d'exécution des travaux défini dans le bon de commande est dépassé ou que les prestations réalisées sont non conformes aux dispositions du CCTP, et par dérogation à l'article 20.1 du CCAG/Travaux, il sera fait application de pénalités selon la formule suivante : P = V x R / 100 dans laquelle P = Montant des pénalités nettes de taxes, V = Montant (HT) du bon de commande, R = Nombre de jours de retard ". Aux termes de l'article 7.5 du CCAP relatif à l'exonération de pénalités : " Par dérogation à l'article 20.4 du CCAG/Travaux, les pénalités sont dues dès le 1er euro pour l'ensemble du marché ".

15. Il résulte de l'instruction que le bon de commande n° 327 litigieux a été émis le 14 décembre 2017, soit pendant la durée de validité du contrat dont le terme était fixé, en dernier lieu, au 17 décembre 2017. Ce bon de commande prévoyait une durée d'exécution de douze semaines avec notification d'un ordre de service pour le déclenchement des travaux. L'ordre de service prescrivant le déclenchement des travaux a ensuite été notifié à la société SATELEC le 4 février 2018. Il fixait une durée d'exécution des travaux de douze semaines, à compter du 1er mars 2018. Il résulte de l'instruction que les travaux ont été effectivement achevés le 15 septembre 2018. La société SATELEC soutient néanmoins qu'elle ne pouvait pas se voir infliger les pénalités de retard prévues par les stipulations contractuelles précitées dès lors que la durée d'exécution du bon de commande litigieux a excédé la date limite d'exécution du contrat fixée, selon elle, au 17 mars 2018, c'est-à-dire au délai maximal de trois mois prévu par le contrat pour l'exécution des bons de commande calculé à compter du terme du contrat le 17 décembre 2017.

16. Toutefois, d'une part, il résulte des stipulations précitées que le point de départ du délai maximal de trois mois pour l'exécution de chaque bon de commande court, non pas à compter de la date limite d'exécution du contrat, mais à compter soit de la notification du bon de commande soit, comme cela a été le cas en l'espèce, de la date fixée par un ordre de service prescrivant le déclenchement des travaux. D'autre part, dès lors qu'en l'espèce le bon de commande est intervenu pendant la durée de validité du marché, c'est-à-dire avant le 18 décembre 2017, ni les stipulations contractuelles précitées ni, en tout état de cause, l'obligation de loyauté dans les relations contractuelles, n'interdisaient à l'acheteur d'émettre l'ordre de service prescrivant le début des travaux après cette date. En outre, si, en vertu des dispositions du II de l'article 77 du code des marchés publics alors applicable, la prolongation de l'exécution du marché au-delà de sa date limite de validité ne devait néanmoins pas méconnaître l'obligation de remise en concurrence périodique des opérateurs économiques, il ne résulte, en tout état de cause, pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas même allégué, que tel aurait été le cas en l'espèce alors qu'une nouvelle procédure de passation avait été engagée et que le nouveau marché avait été attribué à un autre attributaire avant même l'expiration de la durée d'exécution du contrat. Enfin, les allégations non étayées de la société SATELEC relatives à la durée anormale entre l'émission du bon de commande le 14 décembre 2017 et la date fixée pour le déclenchement des travaux le 1er mars 2018 ne sont, en tout état de cause, pas de nature à établir que l'Etat n'aurait pas exécuté le contrat de bonne foi alors au demeurant que la société SATELEC ne justifie pas avoir fait état d'une difficulté liée à la date de notification du bon de commande et de l'ordre de service ou à la durée d'exécution du contrat avant la mise en œuvre de la procédure relative aux pénalités de retard. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les pénalités, qui résultent des stipulations convenues par les parties, ne lui étaient pas applicables.

S'agissant de l'imputabilité des retards :

17. En premier lieu, la société SATELEC soutient qu'elle n'était pas en mesure de commencer ses études de travaux avant le 19 avril 2018, compte tenu de la transmission tardive, le 12 avril 2018, du rapport du contrôleur technique et de la nécessité de mobiliser ses effectifs en raison du retard imputable à l'acheteur dans le démarrage des travaux. Il résulte de l'instruction que l'administration a reconnu que le retard tenant à la transmission du rapport du contrôleur technique n'était pas imputable à la société. Ainsi, le ministre des armées a fixé le point de départ du délai d'exécution du bon de commande à la date du 12 avril 2018 et a réduit en conséquence le retard pénalisable de 114 à 72 jours, soit du 5 juillet au 15 septembre 2018. En revanche, dès lors que l'article 5-2 du CCAP cité au point 13 du présent jugement prévoit expressément que les délais d'exécution des bons de commande comprennent les délais de préparation, la société SATELEC, qui ne produit au demeurant aucun élément pour étayer ses allégations, n'est pas fondée à soutenir qu'il y a lieu de retrancher également du retard pénalisable la durée nécessaire pour la mobilisation de ses équipes.

18. En deuxième lieu, la société SATELEC soutient qu'elle n'était pas en mesure d'exécuter les travaux avant le 24 avril 2018, date à laquelle elle a reçu le rapport du coordonnateur sécurité et protection de la santé (CSPS) concernant l'inspection commune qui lui a été imposée le 24 avril 2018, avec son sous-traitant, par un ordre de service du 20 avril 2018. Toutefois, il résulte de l'instruction que la réunion du 24 avril 2018 a notamment porté sur les demandes préalables d'accès aux installations, prévues à l'article 13.2 du CCAP, pour les personnes employées par la société SATELEC et ses sous-traitants ainsi que sur le plan particulier de sécurité et de protection (PPSP) qu'il incombait au titulaire de mettre à jour. Ainsi, la réunion du 24 avril 2018 et les demandes qui en ont découlé, dont il n'est de surcroît pas établi qu'elles ont été à l'origine du retard dans les travaux, concernaient les phases de préparation des travaux qu'il incombait au titulaire d'anticiper. Par suite, la société SATELEC n'est pas fondée à soutenir que la période antérieure au 24 avril 2018 doit être déduite du retard pénalisable.

19. En troisième lieu, la société SATELEC soutient qu'elle n'a reçu que le 2 mai 2018 le calendrier des travaux qui prévoyait son intervention à compter seulement du 16 juin 2018 de sorte qu'aucun retard ne peut lui être imputé pour la période antérieure au 16 juin 2018 ou, à tout le moins, au 2 mai 2018. Toutefois, d'une part, il ressort des termes du courrier électronique du 2 mai 2018 produit par la société que le calendrier des " travaux de pose HT bâtiment 106 " a été évoqué lors d'une réunion du 26 avril 2018. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait été informée du calendrier de ses interventions que le 2 mai 2018. D'autre part, si le ministre des armées ne produit aucun élément pour étayer l'affirmation selon laquelle la date du 16 juin 2018 aurait été fixée en raison du retard de la société SATELEC pour transmettre les fiches individuelles pour le contrôle élémentaire (FICE) des personnels de son sous-traitant, il ne résulte pas non plus de l'instruction que cette date aurait été fixée, comme la société le soutient, en raison du retard dans l'organisation du chantier imputable à l'acheteur ou aux autres constructeurs. En revanche, il résulte de l'instruction que la société SATELEC n'était, en tout état de cause, pas en mesure d'exécuter les travaux avant le 5 juin 2018, date qui lui avait été annoncée par son fournisseur initial pour la livraison des matériels commandés le 30 mars 2018. Dans ces conditions, la société SATELEC n'est pas fondée à soutenir qu'aucune pénalité ne peut lui être infligée pour les périodes antérieures au 16 juin 2018 ou au 2 mai 2018.

20. En quatrième lieu, la société SATELEC soutient que le retard dans l'exécution des travaux entre le 5 juin 2018 et le 17 août 2018 ne lui est pas imputable dans la mesure où son fournisseur ne lui a pas livré les tableaux basse tension (TGBT) en raison d'un évènement de force majeure tenant à des inondations graves et exceptionnelles de sorte qu'elle n'a obtenu le matériel qu'après une commande auprès d'un autre fournisseur livrée le 17 août 2018. Toutefois, la société SATELEC n'a produit aucune pièce, ni devant l'administration ni devant le tribunal, permettant de justifier les difficultés de livraison dont elle a indiqué avoir été informée par son fournisseur le 31 mai 2018, et ce en dépit d'un ordre de service du 6 juillet 2018 lui demandant des éléments à ce titre. Par suite, la société SATELEC n'est, en tout état de cause pas fondée à soutenir que le retard dans l'exécution du bon de commande litigieux ne lui est pas imputable pour la période du 5 juin au 17 août 2018.

21. Il résulte de ce qui précède que le ministre des armées a pu légalement mettre à la charge de la société SATELEC les pénalités de retard, prévues par le contrat, pour la période du 5 juillet au 15 septembre 2018.

S'agissant du montant des pénalités de retard :

22. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi.

23. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations.

24. Lorsque le titulaire du marché saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif. Au vu de l'argumentation des parties, il incombe au juge soit de rejeter les conclusions dont il est saisi en faisant application des clauses du contrat relatives aux pénalités, soit de rectifier le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché dans la seule mesure qu'impose la correction de leur caractère manifestement excessif.

25. En l'espèce, en application des stipulations précitées de l'article 7.2 du CCAP, le montant des pénalités nettes de taxes est égal au montant HT du bon de commande, en l'occurrence 285 186, 49 euros, multiplié par le nombre de jours de retard, en l'occurrence 72 jours, sur 100. Ainsi, le montant des pénalités, calculé selon la clause prévue au contrat, correspond à la somme de 205 334, 27 euros retenue par l'administration, avant déduction, par voie de compensation du montant de la facture du 26 septembre 2019 de 73 721, 10 euros et la somme de 4 229, 31 euros due à la société.

26. D'une part, contrairement à ce que la société SATELEC soutient, le caractère manifestement excessif des pénalités de retard doit s'apprécier, en l'espèce, au regard du montant du marché et non au regard du montant du bon de commande pour l'exécution duquel le retard est sanctionné, dès lors que l'article 6.2 du CCAP du marché à bons de commande litigieux prévoit un règlement définitif de l'ensemble des commandes au terme du marché, dans les conditions prévues à l'article 13 du CCAG-Travaux, et non un règlement définitif de chaque commande de travaux. La société SATELEC n'est ainsi, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le montant des pénalités mises à sa charge est manifestement excessif du seul fait qu'il représente 72 % du montant du bon de commande concerné. D'autre part, il est constant que le montant des pénalités correspond à 5, 84 % du montant global et définitif du marché. Or la société SATELEC n'apporte aucun élément relatif aux caractéristiques du marché en litige ou aux pratiques observées pour des marchés comparables de nature à démontrer que ce montant est manifestement excessif, compte tenu par ailleurs du retard constaté de 72 jours, pour un délai d'exécution fixé à trois mois. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

S'agissant de la compensation et du montant du titre de perception :

27. Il résulte de l'instruction que l'Etat a procédé, dans le titre de perception litigieux, par compensation entre, d'une part, les pénalités dues par la société SATELEC d'un montant de 205 334, 27 euros et, d'autre part, les sommes dues par l'Etat à cette société, en l'occurrence la somme de 4 229, 31 euros indûment prélevée sur une précédente facture et la somme de 73 721, 10 euros correspondant au montant HT de la facture du 26 septembre 2019. Toutefois, dès lors que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée n'est pas dissociable du montant de la somme due par l'Etat à la société SATELEC au titre de la facture du 26 septembre 2019, la dette de ce dernier à l'égard de la société correspond au montant TTC de la facture en cause, soit à la somme de 88 465, 32 euros. Par suite, la société SATELEC est fondée à réclamer la somme de 14 744, 22 euros, correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée figurant dans la facture du 26 septembre 2019.

28. Il en résulte que la société SATELEC est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 14 744, 22 euros mise à sa charge par le titre de perception du 10 mai 2021 ainsi que l'annulation de ce titre en tant qu'il excède la somme de 112 639, 64 euros.

Sur les demandes de paiement des sommes retenues par l'Etat :

29. D'une part, il résulte de ce qui a été énoncé aux points 12 à 26 du présent jugement que la société SATELEC n'est pas fondée à contester les pénalités de retard qui lui ont été appliquées à hauteur de la somme de 205 334, 27 euros. D'autre part, il résulte de ce qui a été énoncé aux points 27 et 28 ci-dessus que la société requérante reste débitrice de l'Etat à hauteur de la somme de 112 639, 64 euros à laquelle le montant du titre de perception a été ramenée par le présent jugement. Par suite, ses demandes tendant à la condamnation de l'Etat à lui reverser la somme de 92 694, 63 euros et, subsidiairement, la somme de 14 744, 22 euros, présentées dans les requêtes n° 2109357 et 2125629, doivent être rejetées.

Sur les intérêts moratoires et la capitalisation des intérêts :

30. La société SATELEC demande le paiement des intérêts contractuels prévus à l'article 6.5 du CCAP, lequel reprend les dispositions alors applicables du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, à compter du 27 octobre 2019. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction qu'à cette date, la société SATELEC était débitrice de l'Etat à hauteur de la somme de 112 639, 64 euros. Dans ces conditions, la somme de 14 744, 22 euros qui a été illégalement retenue par l'Etat sur le montant de la facture du 26 septembre 2019 n'a pas pu faire courir des intérêts de retard à son encontre. Les demandes tendant au versement des intérêts et à la capitalisation des intérêts ne peuvent, par conséquent, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la société SATELEC, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que l'Etat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société SATELEC dans les requêtes n°s 2109357 et 2125629 et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception du 10 mai 2021 est annulé en tant qu'il met à la charge de la société SATELEC une somme supérieure à 112 639, 64 euros. La société SATELEC est ainsi déchargée de l'obligation de payer la somme de 14 744, 22 euros mise à sa charge par le titre de perception du 10 mai 2021.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 2 000 euros à la société SATELEC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2125629 et 2109357 est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de l'Etat dans les requêtes n°s 2109357 et 2125629, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société SATELEC et au ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

P. BAILLYLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2109357, 2125629

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