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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110029

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110029

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110029
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2021, Mme A B et M. C B, représentés par Me Orhant, demandent au tribunal :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à leurs conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice de leurs conditions matérielles d'accueil et le versement de l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la suspension, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à verser à M. B en cas de non admission à l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un entretien pour évaluer leur vulnérabilité ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, car ils n'ont pas été informés par l'OFII de son intention de mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil ni mis en mesure de présenter leurs observations ;

- elle est entachée d'erreur de droit, car l'OFII n'apporte pas la preuve qu'ils ont refusé un hébergement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, car ils se trouvent dans une situation particulière de vulnérabilité, Mme B étant enceinte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2023 par une ordonnance du 27 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcus,

- et les conclusions de Mme Ménémenis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B et M. C B, ressortissants afghans nés respectivement le 22 mars 1993 et le 11 avril 1988, ont présenté des demandes d'asile, enregistrées le 22 décembre 2020 au guichet unique des demandeurs d'asile, en procédure Dublin. Ils ont accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 16 février 2021, le directeur de l'OFII les a informés de son intention de mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils avaient refusé une proposition d'hébergement et les a invités à présenter leurs observations dans un délai de quinze jours. Par une décision du 9 mars 2021, le directeur de l'OFII a mis fin à leurs conditions matérielles d'accueil. M. et Mme B demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

3. M. et Mme B ont accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 22 décembre 2020. Leur situation relève donc des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie. Il résulte de ces dispositions que l'OFII peut refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêt du conseil d'Etat du 31 juillet 2019. Elle indique le motif de la suspension des conditions matérielles d'accueil, soit le refus par les requérants d'une proposition d'hébergement le 16 février 2021, et précise que l'évaluation de leur situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, elle mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 16 février 2021, comportant la mention " remis en mains propres " et les signatures des requérants, ces derniers ont été informés de l'intention de l'OFII de mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils avaient refusé une proposition d'hébergement le 16 juin 2021 et invités à présenter leurs observations écrites dans un délai de quinze jours. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ont refusé le 16 février 2021 une orientation en région et une proposition d'hébergement. L'OFII pouvait pour ce motif mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil. Il ressort également des pièces du dossier qu'ils ont bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII pour l'évaluation de leur vulnérabilité, effectué en langue dari avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de leur demande d'asile le 22 décembre 2020. Cet entretien n'a permis d'identifier aucune situation particulière de vulnérabilité nécessitant des besoins particuliers en matière d'accueil. M. et Mme B, qui n'ont pas répondu au courrier de l'OFII du 16 février 2021 les informant de son intention de mettre fin à leurs conditions matérielles d'accueil, n'établissent pas ni même n'allèguent avoir fait part à l'office d'éléments permettant de démontrer une évolution défavorable de leur situation depuis l'entretien du 22 décembre 2020, et en particulier l'avoir informé de l'état de grossesse de Mme B. Ils ne sont donc pas fondés à soutenir que l'OFII qui, en tout état de cause, n'était pas tenu de refaire un entretien pour l'évaluation de leur vulnérabilité, n'a pas pris en compte celle-ci avant d'adopter la décision contestée. Par suite, l'OFII a pu, sans commettre d'erreur de droit, décider de leur retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les moyens doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, M. et Mme B étaient âgés de 27 et 32 ans à la date de la décision contestée et sans charge de famille sur le territoire. S'ils soutiennent que Mme B était enceinte, ils ne l'établissent pas par les documents médicaux qu'ils produisent. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation en leur refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et M. C B, au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Orhant.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Marthinet, premier conseiller,

Mme Marcus, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

L. MARCUS

La présidente,

P. BAILLYLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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