lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110076 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DMOTENG KOUAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 9 mai 2021, et les 29 juillet, 11 octobre et 13 novembre 2023, Mme C B, représentée par Me Dmoteng Kouam, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) avant-dire droit, d'ordonner une expertise judiciaire avec pour mission de préciser les causes de l'accident de service du 27 octobre 2018 ainsi que la nature et l'ampleur des lésions qui en résultent, et d'identifier les préjudices en résultant ;
2°) d'annuler la décision du directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) du 9 mars 2021 fixant la date de guérison au 21 septembre 2019 ;
3°) d'enjoindre à l'AP-HP de la placer en position de congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 27 octobre 2018 jusqu'à la date de guérison effective, ou de son départ à la retraite ;
4°) d'enjoindre à l'AP-HP de procéder à la liquidation et au paiement de l'intégralité de son traitement ;
5°) d'enjoindre à l'AP-HP de procéder à la liquidation et au paiement des avantages familiaux ainsi que de l'indemnité de résidence le cas échéant, à compter du 21 septembre 2019 jusqu'à la date du jugement à intervenir ;
6°) d'enjoindre à l'AP-HP de procéder au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident de service du 27 octobre 2018 ;
7°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, en l'absence de guérison à la date du 21 septembre 2019 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les lésions sont imputables à l'accident de service du 27 octobre 2018, le lien de causalité étant établi.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient, à titre principal, que les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable, que les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables pour tardiveté, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-436 du 19 avril 1988 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Dmoteng Kouam, pour Mme B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, aide-soignante titulaire affectée en service de rééducation neurologique à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, rattaché à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), a été victime d'un accident le 27 octobre 2018. Cet accident a été reconnu comme imputable au service par décision du 27 novembre 2018, et Mme B a été placée en arrêt de travail du 29 octobre 2018 au 20 septembre 2019. Par un avis en date du 25 septembre 2019, le médecin statutaire, après avoir reçu Mme B en consultation, a conclu, au regard de l'examen clinique ainsi que des résultats de l'imagerie par résonnance magnétique du 9 janvier 2019, à la guérison de l'agent par retour à l'état antérieur au 21 septembre 2019. Par un arrêté en date du 14 octobre 2019, l'AP-HP a constaté la guérison avec retour à l'état antérieur, et a refusé de prendre en charge, au titre de la législation sur les accidents de service, les arrêts de travail et les soins de Mme B à compter du 21 septembre 2019. Le 9 février 2021, la commission de réforme, saisie dans le cadre d'un recours gracieux formé par Mme B à l'encontre de l'arrêté du 14 octobre 2019, a émis un avis favorable à la confirmation du constat de guérison par retour à l'état antérieur au 21 septembre 2019, au motif que l'accident de service avait temporairement décompensé un état antérieur dégénératif évolué. Par un arrêté en date du 9 mars 2021, l'AP-HP a maintenu le constat de guérison par retour à l'état antérieur au 21 septembre 2019, relevant que les examens avaient fait apparaître une gonarthrose qui ne constitue pas une lésion post-traumatique imputable à l'accident de service du 27 octobre 2018, et a refusé la prise en charge des arrêts et des soins prescrits à compter de cette date. Par la présente requête, Mme B demande, à titre principal, la réalisation avant-dire droit d'une expertise destinée à déterminer les causes de l'accident du 27 octobre 2018, ses conséquences médicales et les préjudices en résultant et, à titre subsidiaire, l'annulation de l'arrêté en date du 9 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. E A, qui a été nommé faisant fonction de directeur des ressources humaines de l'AP-HP par arrêté du 20 septembre 2018, publié au recueil des actes administratif spécial du 20 septembre 2018. L'arrêté directorial n° 2013318-0007 du 14 novembre 2013 modifié, portant délégation de signature aux directeurs de pôles d'intérêt commun, prévoit que délégation de signature est donnée au directeur des ressources humaines " à l'effet de signer au nom du directeur général les décision, arrêtés et actes administratifs de toute nature ressortissant des attributions de [son] pôle d'intérêt commun " et l'arrêté directorial n° 2013318-0006 du 14 novembre 2013 modifié, fixant les matières déléguées par le directeur général de l'AP-HP, publié au recueil normal n° 184 du 15 novembre 2013, dispose en son article 1 B qu'en matière de ressources humaines la délégation de signature comprend : " les décisions relatives 1° à la nomination des personnels non médicaux () ; 8°) les décisions relatives au placement ou refusant le placement des personnels non médicaux de catégorie A ou B ou C en position d'accident de service, de maladie contractée dans l'exercice de leurs fonctions, toutes les décisions prévues par l'article 41 de la loi n° 86-33 susvisée, ainsi que les décisions de prise en charge financière des soins suite à accident de service ou maladie contractée dans l'exercice des fonctions () ". Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, applicable au présent litige : " Un fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".
4. Mme B soutient qu'elle ne pouvait être considérée comme guérie à la date du 21 septembre 2019, contrairement à ce qu'a estimé l'AP-HP dans la décision attaquée, dans la mesure où de nouvelles infiltrations ont été nécessaires, aux mois de juillet puis de novembre 2020. Elle fait valoir, en particulier, que les documents médicaux qu'elle produit, à savoir le certificat du docteur H - dont la spécialité n'est pas précisée - en date du 30 juin 2021, et le rapport d'expertise établi le 2 décembre 2021 par le docteur D, concluent à l'existence d'un lien direct entre son état et l'accident de service du 27 octobre 2018, à l'absence d'antécédent, ainsi qu'à l'absence de lien entre les lésions constatées et l'arthrose du genou droit. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les conclusions des deux praticiens précités sont contredites par les résultats des investigations médicales menées, et en particulier de la radiographie grands axes des membres inférieurs du 23 janvier 2020, ainsi que des clichés d'imageries par résonnance magnétique du genou droit en date du 9 janvier 2019 et du 20 octobre 2020, ainsi que par l'expertise du docteur F, rhumatologue expert, en date du 1er décembre 2020. En effet, il ressort de ces éléments que l'accident de service dont Mme B a été victime le 27 octobre 2018 a révélé un état pathologique préexistant ancien et dégénératif, à savoir une lésion méniscale dégénérative avec chondropathie (dégénérescence du cartilage de l'articulation du genou) décompensée par un accident de travail sur un fond de genou valgum, comme l'a relevé le docteur G, chirurgien orthopédiste et traumatologue, dans son courrier en date du 3 juin 2019. Le cliché d'imagerie par résonnance magnétique du 15 janvier 2021 a conclu à un diagnostic de gonarthrose fémoro-tibiale latérale évoluée congestive, dont l'existence est nécessairement antérieure à l'accident de service du 27 octobre 2018, compte tenu des modalités d'apparition et de développement dans le temps d'une gonarthrose. L'accident du travail, qui a revêtu la forme d'une chute avec traumatisme direct sur la rotule droite, a ainsi provoqué une dégradation brutale de l'état du genou droit, et le docteur F a considéré, dans l'expertise précitée, que la gonarthrose n'est pas une lésion traumatique imputable à l'accident de service. Si Mme B fait état d'une erreur de latéralité commise dans le certificat médical initial, qui mentionne le genou gauche alors que seul le genou droit a été concerné par l'accident, cette erreur a été relevée et corrigée, et n'a eu aucune conséquence sur les appréciations portées par les praticiens sur l'état de Mme B. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que la pathologie dégénérative préexistante dont souffre Mme B est sans lien avec l'accident de service du 27 octobre 2018 et a continué à évoluer indépendamment des conséquences de l'accident dont l'intéressée était guérie le 21 septembre 2019. Il s'ensuit qu'en refusant d'imputer au service les arrêts de travail produits par Mme B pour la période postérieure au 21 septembre 2019, le directeur général de l'AP-HP n'a pas entaché l'arrêté en litige d'erreur d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non recevoir opposées en défense ni d'ordonner l'expertise demandée par la requérante, que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le rapporteur,
A. ERRERALe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026