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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110488

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110488

vendredi 5 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110488
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET GUIGUI COHEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 6 mai 2021 et le 20 août 2021, la société O Pasta, représentée par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France (DIRECCTE) lui a demandé le remboursement de la somme de 4 123,59 euros versée en trop-perçu au titre de l'allocation d'activité partielle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été irrégulièrement notifiée ;

- elle méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte pas de signature ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 5122-1 du code du travail dès lors d'une part, que la DIRECCTE ne pouvait lui opposer légalement l'absence de déclaration préalable à l'embauche concernant Mme H C et d'autre part, que cette dernière a effectivement travaillé, ouvrant droit à la société de l'allocation d'activité partielle ;

- elle méconnaît l'article 6 du décret du 26 juin 2020 en ce qu'elle exclut les heures supplémentaires des volumes horaires et des taux horaires pour le calcul de l'allocation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société O Pasta ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2020-325 du 25 mars 2020 relatif à l'activité partielle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castéra,

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société O Pasta, qui exploite un salon de coiffure sous l'enseigne " Paris Hair Bar " dont le siège social est situé 38 rue Saint Antoine dans le 4ème arrondissement de Paris, a présenté, le 28 mars 2020, une première demande d'autorisation préalable de mise en activité partielle pour deux salariées, Mmes D et Turk, pour la période allant du 16 mars 2020 au 30 juin 2020. Le 28 juillet 2020, la société O Pasta a effectué une deuxième demande pour la période allant du 26 juillet 2020 au 30 novembre 2020, pour Mmes C et Turk. Ces demandes ont été implicitement acceptées par la DIRECCTE. Dans un courriel du 2 septembre 2020, le service instructeur de la DIRECCTE a informé la société de l'ouverture d'un contrôle sur pièces des demandes validées tacitement. Ce contrôle a conclu à un trop perçu estimé à 4 123,59 euros pour la période allant de mars à octobre 2020. Par une décision du 10 mars 2021, la DIRECCTE a décidé de maintenir sa position sur le trop-perçu de 4 123,59 euros et a demandé à la société le remboursement de cette somme à l'agence de service et de paiement, en application de l'article R. 5122-10 du code du travail. Par la présente requête, la société O Pasta demande l'annulation de la décision du 10 mars 2021.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été adressée, par courriel, à Mme A B, dont le nom et le courriel figurent sur la demande d'autorisation préalable au titre de l'activité partielle comme personne à contacter. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision n'aurait pas été notifiée à la société O Pasta, doit, en tout état de cause, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

4. La circonstance qu'une décision ne comporte pas la signature manuscrite ou électronique de son auteur ne constitue pas une irrégularité substantielle dès lors que les autres mentions permettent d'identifier son auteur. En l'espèce, la décision attaquée est un courriel émanant de M. F G, qui, s'il ne comporte pas sa signature, mentionne son prénom, son nom et ses fonctions permettant de l'identifier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. En troisième lieu, par un arrêté n° 2020-40 du 30 juillet 2020, régulièrement publié, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a donné délégation à M. F G, pour signer les décisions et actes administratifs relatifs à l'attribution de l'allocation d'activité partielle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. En cas de réduction collective de l'horaire de travail, les salariés peuvent être placés en position d'activité partielle individuellement et alternativement. II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. Le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu pendant les périodes où ils ne sont pas en activité. () ". Aux termes de l'article R. 5122-1 du même code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : () 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel. " Aux termes de l'article R. 5122-10 du même code : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. () ".

7. Il ressort de la décision attaquée que la DIRECCTE a considéré en premier lieu, que Mme E C ne pouvait bénéficier du régime de l'activité partielle pour la période demandée, du 26 juillet 2020 au 30 novembre 2020. La société O Pasta soutient que la DIRECCTE ne pouvait légalement conditionner l'indemnisation au titre de l'activité partielle pour un salarié à la réalisation par l'employeur de la déclaration préalable à l'embauche. Il ressort toutefois des termes du mémoire en défense que la DIRECCTE s'est en réalité fondée sur le motif tiré de ce que le dispositif d'activité partielle a été détourné s'agissant de Mme E C dès lors qu'elle a été embauchée en qualité de responsable achats par la société O Pasta, à compter du 1er avril 2020, soit après l'annonce du confinement en date du 17 mars 2020. Il ressort des pièces du dossier que Mme E C qui détenait, en qualité de gérante, 100% des parts sociales de la société, a été employée en tant que salariée à compter du 1er avril 2020 alors que le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020, avait prescrit la fermeture des commerces, notamment des coiffeurs, jusqu'au 11 mai 2020. En outre, si Mme C a bien perçu une rémunération à compter du mois de mai 2020, en revanche, la société O Pasta n'établit pas que pour la période du 26 juillet 2020 au 30 novembre 2020, elle a été contrainte de réduire son activité alors qu'elle a pu rouvrir à compter du 11 mai 2020 et qu'elle a recruté deux autres salariées en juin 2020. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la DIRECCTE n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la société O Pasta ne remplissait pas les conditions prévues aux articles cités au point 6 pour solliciter l'octroi d'une allocation d'activité partielle pour Mme C et en sollicitant le remboursement du trop-perçu correspondant.

8. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées du II de l'article L. 5122-1 du code du travail que le calcul de l'allocation au titre de l'activité partielle ne peut reposer que sur la base de la rémunération du salarié, antérieure à la demande d'autorisation d'activité partielle.

9. Il ressort tant des termes de la décision attaquée que du mémoire en défense, que la DIRECCTE s'est ensuite fondée, pour décider du remboursement d'un trop-perçu de l'allocation d'activité partielle, sur le motif tiré de ce que les taux horaires de deux salariées, Mmes D et Turk, ont été augmentés par la société, après la demande d'autorisation de mise en activité partielle, sans en avertir le service gestionnaire. Il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté par la société requérante, que le taux horaire de Mme D est passé de 8,03 euros en mars à 8,12 euros en avril 2020 et que celui de Mme D est passé de 8,28 euros à 11,14 euros en avril 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la DIRECCTE aurait commis une erreur d'appréciation en demandant le remboursement du trop-perçu de l'allocation, correspondant à la hausse du taux horaire de ces deux salariées postérieurement à la demande d'allocation, doit être écarté.

10. En dernier lieu, la société O Pasta ne peut utilement invoquer le fait d'une part, que la DIRECCTE ne pouvait lui opposer légalement l'absence de déclaration préalable à l'embauche concernant Mme C et d'autre part, que la décision attaquée méconnaît l'article 6 du décret du 26 juin 2020 en ce qu'elle exclut les heures supplémentaires des volumes horaires et des taux horaires pour le calcul de l'allocation, dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, la DIRECCTE ne s'est pas fondée sur ces deux motifs.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société O Pasta n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France (DIRECCTE) lui a demandé le remboursement de la somme de 4 123,59 euros versée en trop-perçu au titre de l'allocation d'activité partielle. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société O Pasta est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société O Pasta et à la direction régionale interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.

La rapporteure,

A. Castéra

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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