vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110573 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ARENTS, TRENNEC (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, M. I F, représenté par Me Trennec, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur refusant de lui accorder la mutation qu'il demandait sur l'île de La Réunion ;
2°) d'annuler les décisions du ministre de l'intérieur autorisant la mutation de MM. A H, B G, E C et D J sur l'île de La Réunion ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de le muter à La Réunion et de réaffecter les fonctionnaires dont la mutation a été irrégulièrement décidée dans leur service d'origine, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant sa mutation est entachée d'erreur de droit dès lors que le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouve à La Réunion ;
- elle a méconnu le principe constitutionnel d'égalité devant la loi et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il disposait de plus de points que ses collègues et que ses mérites et sa manière de service justifiaient que sa demande soit acceptée ;
- les décisions de mutation de ses collègues sont illégales dès lors qu'elles n'ont pas été signées et ne comportent pas le prénom et le nom de leur auteur ;
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que les dossiers des fonctionnaires ayant fait l'objet des décisions de mutation n'ont pas fait l'objet d'un examen individuel ;
- elles méconnaissent l'article 85 de la loi du 28 février 2017 et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que leurs bénéficiaires n'avaient pas de priorité sur lui.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de mutation sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;
- les conclusions aux fins d'annulation de la liste des fonctionnaires mutés au titre de l'année 2021 sont irrecevables faute d'être dirigées contre un acte décisoire ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée à M. A H, M. B G, M. E C et M. D J le 12 janvier 2022, qui n'ont pas produit de mémoire.
La clôture de l'instruction est intervenue le 5 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, titulaire du grade de gardien de la paix dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale depuis le 1er septembre 2002, a sollicité sa mutation sur l'île de La Réunion le 27 novembre 2020. Par un télégramme diffusé le 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur a informé les agents du ministère de la liste des personnes dont la demande de mutation a été accordée. M. F demande l'annulation, d'une part, de la décision implicite de rejet de sa demande de mutation et, d'autre part, des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a autorisé la mutation à La Réunion de MM. H, G, C et J.
Sur la décision de refus de mutation de M. F :
2. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service (), les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles () ; / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie (). / IV. Les décisions de mutation tiennent compte () des lignes directrices de gestion en matière de mobilité (). / Dans le cadre de ces lignes directrices, l'autorité compétente peut, sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, définir des critères supplémentaires établis à titre subsidiaire. () / V. Dans les administrations ou services dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, les mutations peuvent être prononcées dans le cadre de tableaux périodiques de mutations () ".
3. Lorsque, dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, l'administration doit comparer l'ensemble des candidatures dont elle est saisie, en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation personnelle des intéressés appréciée, pour ce qui concerne les agents qui demandent leur mutation, compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.
4. Il ressort des pièces du dossier que MM. H et Lesport, mutés à La Réunion, ont bénéficié de cette mutation au titre du rapprochement de conjoints, tandis que MM. C et J disposaient du centre de leurs intérêts matériels et moraux à La Réunion en raison de leurs attaches familiales. Par suite, ils remplissaient les conditions fixées à l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. En outre, M. F ne démontrant pas qu'il se trouvait placé dans la même situation que celle des agents ayant obtenu leur mutation, il n'est pas fondé à soutenir que ce refus de mutation a méconnu le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires d'un même corps. Enfin, le service d'affectation de M. F avait émis un avis favorable à sa mutation " sous réserve de remplacement ". Par suite, au regard des motifs des décisions de mutation des collègues de M. F et de l'intérêt de son service d'origine, la décision de refus de mutation de M. F ne peut être regardée comme entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit ou de violation du principe d'égalité de traitement.
Sur les décisions de mutation de MM. H, G, C et J :
5. En premier lieu, les décisions accordant à MM. H, G, C et J la mutation qu'ils sollicitaient sur l'île de La Réunion, révélées par le télégramme du ministre de l'intérieur du 4 mai 2021, doivent être regardées comme ayant été adoptées par ce dernier, de sorte que le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () " Si ces dispositions imposent qu'une décision écrite prise par une des autorités administratives au sens de cette loi comporte la signature de son auteur et les mentions prévues par cet article, elles n'ont ni pour objet, ni pour effet d'imposer que toute décision prise par ces autorités administratives prenne une forme écrite. Le moyen tiré de ce que les décisions révélées en litige, qui à la date de leur adoption n'avaient pas pris de forme écrite, méconnaissent ces dispositions est donc inopérant et ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à l'examen individuel des situations de M. F ou de MM. H, Lesport, C et J avant de prendre ses décisions. Le moyen tiré de l'absence d'examen individuel doit, par suite, être écarté comme étant infondé.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que les décisions de mutations de MM. H, Lesport, C et J ne sont pas entachés d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Il y a également lieu de rejeter, par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A H, à M. B G, à M. E C et à M. D J.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2110573
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