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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111478

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111478

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111478
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantLOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2022, M. F C, représenté par Me Loyer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement situé 97 rue de Charonne dans le 11e arrondissement de Paris ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ou à lui verser s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de vices de procédure, car il n'est pas établi que l'huissier de justice a saisi le préfet du commandement de quitter les lieux dès sa signification à l'occupant, en application de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution, ni que le préfet a informé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) de la demande de concours de la force publique afin que celle-ci donne son avis ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, car elle porte atteinte à la dignité humaine et à l'ordre public, et ne prend pas en compte la décision de la commission de médiation de Paris du 21 mars 2019 le reconnaissant prioritaire et devant être logé d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n°90-449 du 31 mai 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcus ;

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C était locataire avec son épouse d'un logement situé 97 rue de Charonne, dans le 11ème arrondissement de Paris. Par ordonnance du 20 décembre 2017, le juge des référés du tribunal d'instance du 11ème arrondissement de Paris a validé le congé pour vendre, signifié par les propriétaires du logement pour le 28 février 2017, et ordonné l'expulsion de M. et Mme C et de tous occupants du logement dans un délai de six mois, au besoin avec le concours de la force publique. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à M. et Mme C le 25 juin 2018. Par une décision du 18 février 2021, le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. et Mme C. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait présenté une demande d'aide juridictionnelle, en l'absence au dossier de toute preuve du dépôt de sa demande au bureau de l'aide juridictionnelle. Par suite, les conclusions de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si M. C soutient que le signataire du courrier du commissariat central de police du 11e arrondissement ne justifie pas sa compétence, cette décision n'est pas la décision contestée par le recours. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision du 18 février 2021, par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique, a été signée par M. B D, directeur adjoint du cabinet du préfet de police, titulaire en vertu d'un arrêté n°2021-00001 du 1er janvier 2021 régulièrement publié, d'une délégation du préfet de police à l'effet de signer les décisions relatives aux autorisations de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires () ", de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique. " et de l'article L. 412-5, alinéa 1er : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, et qu'il informe le ménage locataire de la possibilité de saisir la commission de médiation en vue d'une demande de relogement au titre du droit au logement opposable. A défaut de saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier, le délai avant l'expiration duquel l'expulsion ne peut avoir lieu est suspendu. ". L'article 7-2 de la loi du 31 mai 1990 prévoit que la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) " est informée par le représentant de l'Etat dans le département : -des situations faisant l'objet d'un commandement d'avoir à libérer les locaux lui ayant été signalés conformément à l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution ;/-de toute demande et octroi du concours de la force publique mentionné au chapitre III du titre V du livre Ier du même code en vue de procéder à l'expulsion d'un lieu habité. "

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 27 juin 2018, reçu par la préfecture de police le 2 juillet 2018, l'huissier de justice a notifié au préfet de police le commandement de quitter les lieux qu'il avait signifié à M. et Mme C le 25 juin 2018. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le concours de la force publique ne pouvait être légalement accordé à la date de la décision contestée du 18 février 2021. D'autre part, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance par le préfet de son obligation d'information de la CCAPEX, qui ne constitue pas une condition de régularité de la décision d'octroi du concours de la force publique, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de cette décision. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en ses deux branches.

6. En troisième lieu, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants, compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En l'espèce, pour estimer que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, M. C qui ne fait état d'aucune circonstance impérieuse tenant à la sauvegarde de l'ordre public, soutient que l'exécution de la décision judiciaire d'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, en faisant valoir les circonstances que son foyer est composé, outre de son épouse et de lui-même, de leur fille, née en 2011 et scolarisée, et de sa mère née en 1940, que son épouse et lui sont sans emploi, et ne disposent que de faibles ressources financières, insuffisantes pour leur permettre de se reloger dans le parc privé, qu'il souffre de lombalgies à la suite d'un accident de la circulation survenu en août 2017, que sa femme souffre de diabète et que sa mère a une pathologie cardiaque. Toutefois, si ces circonstances caractérisent une situation de précarité, il ressort des pièces du dossier qu'elles ne sont pas, par la date à laquelle elles sont survenues ou ont été révélées, postérieures à l'ordonnance du 20 décembre 2017 du juge judiciaire ayant ordonné son expulsion. Il ressort des termes de cette décision que M. C en a fait état à cette instance et que le juge judiciaire lui a accordé un délai de six mois pour libérer le logement en prenant en compte les difficultés financières de la famille. En outre, si M. C fait également valoir qu'il a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision de la commission de médiation du département de Paris du 21 mars 2019, postérieure à l'ordonnance du 20 décembre 2017, et qu'il n'a pas reçu de proposition de relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que l'exécution de la décision judiciaire d'expulsion serait susceptible de porter atteinte à la dignité de personne humaine de M. C. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion. Le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de police du 18 février 2021 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, M. A E et à Me Loyer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Marthinet, premier conseiller,

- Mme Marcus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

L. MARCUS

La présidente,

P. BAILLY

La greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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