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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111597

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111597

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111597
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBONNEMAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, M. C B, représenté par Me Bonnemay, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, lui a infligé une amende administrative d'un montant de 3 634,80 euros.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations préalablement à la sanction infligée ;

- la sanction n'est pas fondée dès lors que l'application du complément de loyer prévu à l'article 140 de la loi du 23 novembre 2018 est " légitime ", au regard notamment des caractéristiques du bien mis en location.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le décret n° 2019-437 du 13 mai 2019 ;

- l'arrêté n° 2019-05 du 28 mai 2019 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, fixant les loyers de référence, les loyers de référence majorés et les loyers de référence minorés pour la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'un logement situé 9, rue Guisarde à Paris (75006), pour lequel il a conclu un bail le 1er juillet 2019 avec M. A puis, le 9 mars 2020, avec M. A et Mme Van den Bavière, pour un loyer mensuel hors charges de 1 600 euros. Les locataires ont saisi le 30 mars 2020 le secrétariat de la commission départementale de conciliation de Paris, dépendant de la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (DRIHL), en vue de contester le montant de leur loyer, en vertu des dispositions de l'article 140 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique. Par un avis du 6 juillet 2020, la commission s'est dessaisie du dossier au motif qu'elle ne pouvait se prononcer en l'absence des parties à la réunion de conciliation. Par un courrier du 30 octobre 2020, M. B a été mis en demeure par la DRIHL de régulariser le bail en cours afin que le loyer hors charges ne dépasse pas le montant mensuel de 1 134 euros. Par un second courrier du 14 janvier 2021, la DRIHL a informé M. B de ce qu'il était susceptible de se voir infliger une amende en l'absence de régularisation du bail. Par un arrêté du 31 mars 2021, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a infligé à M. B une amende administrative d'un montant de 3 634,80 euros. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 140 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique dite " loi ELAN ", dans sa rédaction applicable : " I. - A titre expérimental et pour une durée de cinq ans à compter de la publication de la présente loi () la commune de Paris, les établissements publics territoriaux de la métropole du Grand Paris () peuvent demander qu'un dispositif d'encadrement des loyers régi par le présent article soit mis en place. () / II. - Pour l'application du I, les catégories de logements et les secteurs géographiques sont déterminés en fonction de la structuration du marché locatif constatée par l'observatoire local des loyers. / Chaque loyer de référence est égal au loyer médian calculé à partir des niveaux de loyers constatés par l'observatoire local des loyers selon les catégories de logements et les secteurs géographiques. / Chaque loyer de référence majoré et chaque loyer de référence minoré sont fixés, respectivement, par majoration et par minoration du loyer de référence. / Les compétences attribuées au représentant de l'État dans le département par le présent article sont exercées dans la région d'Ile-de-France par le représentant de l'État dans la région. () / III. - A. - Dans les territoires où s'applique l'arrêté mentionné au I, le loyer de base des logements mis en location est fixé librement entre les parties lors de la conclusion du contrat de bail, dans la limite du loyer de référence majoré. Une action en diminution de loyer peut être engagée si le loyer de base prévu dans le contrat de bail est supérieur au loyer de référence majoré en vigueur à la date de signature de ce contrat. / B. - Un complément de loyer peut être appliqué au loyer de base tel que fixé au A du présent III pour des logements présentant des caractéristiques de localisation ou de confort le justifiant, par comparaison avec les logements de la même catégorie situés dans le même secteur géographique. / Le montant du complément de loyer et les caractéristiques du logement le justifiant sont mentionnés au contrat de bail. / Lorsqu'un complément de loyer est appliqué, le loyer s'entend comme la somme du loyer de base et de ce complément. / Un complément de loyer ne peut être appliqué à un loyer de base inférieur au loyer de référence majoré. / Le locataire qui souhaite contester le complément de loyer dispose d'un délai de trois mois à compter de la signature du bail pour saisir la commission départementale de conciliation prévue à l'article 20 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 précitée, sauf lorsqu'il s'agit d'un bail mobilité soumis au titre Ier ter de la même loi. / En cas de contestation, il appartient au bailleur de démontrer que le logement présente des caractéristiques de localisation ou de confort le justifiant, par comparaison avec les logements de la même catégorie situés dans le même secteur géographique. / En cas de conciliation, le montant du loyer, tenant compte de l'éventuel complément de loyer, est celui fixé par le document de conciliation délivré par la commission départementale de conciliation. / En l'absence de conciliation, le locataire dispose d'un délai de trois mois à compter de la réception de l'avis de la commission départementale de conciliation pour saisir le juge d'une demande en annulation ou en diminution du complément de loyer. La fin de non-recevoir tirée de l'absence de saisine préalable de la commission départementale de conciliation peut être soulevée d'office par le juge. / Dans les deux cas, le loyer résultant du document de conciliation ou de la décision de justice s'applique à compter de la prise d'effet du bail. () / VII. - Lorsque le représentant de l'État dans le département constate qu'un contrat de bail ne respecte pas les dispositions du A du III, il peut mettre en demeure le bailleur, dans un délai de deux mois, d'une part, de mettre le contrat en conformité avec le présent article et, d'autre part, de procéder à la restitution des loyers trop-perçus. Le bailleur est informé des sanctions qu'il encourt et de la possibilité de présenter, dans un délai d'un mois, ses observations. / Si cette mise en demeure reste infructueuse, le représentant de l'État dans le département peut prononcer une amende à l'encontre du bailleur, dont le montant ne peut excéder 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale. Cette décision est motivée et indique les voies et délais de recours. L'amende est prononcée après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations. / Le prononcé de l'amende ne fait pas obstacle à ce que le locataire engage une action en diminution de loyer () ".

3. Pour infliger à M. B une amende sur le fondement des dispositions précitées de l'article 140 de la " loi ELAN " par l'arrêté attaqué, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, après avoir rappelé la procédure suivie, s'est fondé sur la double circonstance que le loyer de base dépassait de 466 euros la limite du loyer de référence majoré tel que fixé par son arrêté du 28 mai 2019 et que l'intéressé, en sa qualité de bailleur, n'avait pas " cru bon de réceptionner " les courriers recommandés adressés par l'administration à la suite du signalement fait par ses locataires et que " de ce fait aucun dialogue [n'avait] pu être initié ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que M. B s'est vu notifier les courriers des 30 octobre 2020 et 14 janvier 2021 rappelés au point 1, par voie postale avec accusé de réception à son adresse au 44, boulevard Sébastopol, à Paris (75003). Ces deux plis ont été retournés avec la mention " avisé et non réclamé " assortie d'une étiquette informant le requérant qu'il pouvait les retirer au bureau de poste " Paris Louvre ", ce dont il s'est abstenu. S'il soutient qu'il ne peut lui être reproché de n'avoir pas présenté d'observations dès lors qu'il pensait la procédure amiable devant la commission de conciliation abandonnée, que son conseil n'a reçu notification d'aucun courrier contrairement à sa demande et que la procédure engagée par M. A présentait un caractère dilatoire, ces seules circonstances n'étaient pas de nature à faire obstacle à ce qu'il produise toute observation qu'il jugeait utiles devant l'administration préalablement à l'infliction de l'amende contestée. En outre, si le requérant allègue qu'il résidait hors de Paris, chez ses parents, lors du second confinement pendant l'épidémie de la Covid-19, et qu'il n'avait dès lors pas la possibilité de réceptionner son courrier, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Dans ces conditions, M. B, qui conteste les motifs retenus par le préfet et non la procédure préalable, n'est pas fondé à soutenir qu'il a été dans l'impossibilité de présenter ses observations avant l'intervention de l'arrêté du 31 mars 2021.

5. En second lieu, M. B doit être regardé comme soutenant que la sanction pécuniaire infligée n'est pas proportionnée dès lors que le prix du loyer pratiqué pour l'appartement situé 9, rue Guisarde à Paris (75006) est justifié par son caractère d'exception et sa rénovation par un architecte avant la conclusion du bail, qu'il correspond au prix du marché dans un secteur analogue, et que " son " locataire refuse de s'acquitter de son loyer depuis plus d'un an. Il résulte toutefois de l'instruction qu'aucune précision justifiant le caractère d'exception du logement, ni aucune mention du montant du complément de loyer appliqué à ce même logement, ne figuraient dans les baux conclus les 1er juillet 2019 puis 9 mars 2020, en méconnaissance des dispositions précités du III de l'article 140 de la " loi ELAN " et, en l'absence de ces mentions obligatoires, M. B ne pouvait appliquer un complément de loyer dans le cadre de la location de son bien. En tout état de cause, le caractère d'exception du logement ne saurait être établi au regard de sa seule localisation dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris (75006), et de sa rénovation alléguée par un architecte avant la conclusion du bail. En outre, le requérant n'établit pas, en toute hypothèse, que le loyer pratiqué correspondait au prix du marché en se bornant à produire une annonce immobilière pour un studio de 37 mètres carrés de surface au sol dans le 6ème arrondissement de Paris avec un loyer de 1 500 euros charges comprises. Dans ces conditions, au regard notamment des faits reprochés à M. B et de son comportement, et quand bien même ses locataires refusaient de s'acquitter de leurs loyers depuis plusieurs mois, le préfet, qui était en droit de mette en œuvre les pouvoirs conférés par le VII de l'article 140 de cette même loi pour prononcer une amende administrative indépendamment de l'action en diminution de loyer ouverte au locataire devant le juge judiciaire au titre du VI du même article, ne peut être regardé comme ayant infligé à l'intéressé une sanction disproportionnée en prononçant à son encontre une amende administrative d'un montant de 3 634,80 euros.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

A. Pény

Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2111597/6-3

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