vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111631 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | NSALOU NKOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin 2021 et 2 février 2024, Mme D A, représentée par Me Le Goueff-Duong, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement situé 191 rue d'Alésia dans le 14ème arrondissement de Paris ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dans la mesure où elle se fonde sur un commandement de quitter les lieux qui n'est pas valable au sens des articles R. 411-1 et R. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution compte tenu, d'une part, de la date de libération des lieux mentionnée du 13 avril 2020 en dépit de la trêve hivernale, d'autre part, de l'erreur dans la désignation de la juridiction compétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine par le préfet de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen de sa situation personnelle en l'absence de diagnostic social et financier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu, d'une part, des circonstances exceptionnelles de la crise sanitaire, d'autre part, de la méconnaissance par le préfet de son devoir de loyauté compte tenu de l'atteinte portée à ses droits à se défendre lors de l'audience devant le juge de l'exécution, enfin de son âge et de sa grande précarité financière.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 novembre 2021 et 7 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'insuffisante motivation est inopérant dès lors que les décisions d'octroi du concours de la force publique ne sont pas soumises à l'obligation de motivation prévue aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le moyen tiré de l'irrégularité du commandement de quitter les lieux est inopérant ;
- le moyen tiré de l'absence de saisine de la CCAPEX est inopérant dans la mesure où cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision d'octroi du concours de la force publique ; en tout état de cause, la CCAPEX a été informée de la procédure lors de la transmission du commandement de quitter les lieux par l'intermédiaire du logiciel Exploc ;
- les circonstances selon lesquelles l'expulsion concerne la période de trêve hivernale prolongée lors de la crise sanitaire et la requérante a été autorisée par le juge judiciaire à payer ses loyers en trente-six mensualités sous réserve de s'acquitter de ses loyers et charges sont sans incidence sur la légalité de la décision d'octroi du concours de la force publique ;
- les autres moyens soulevés par Mme A tirés de l'incompétence du signataire de la décision, du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 25 mars 2024 à 12 heures.
La requête a été communiquée à Mme C E, propriétaire du logement, qui n'a pas produit de mémoire mais a transmis des pièces complémentaires le 15 décembre 2021.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët ;
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique ;
- les observations de Me Le Goueff-Duong, représentant Mme A et celles de Mme G, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux des responsabilités, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E est propriétaire d'un logement situé 191 rue d'Alésia dans le 14ème arrondissement de Paris qu'elle a donné à bail à Mme A, par un contrat conclu au mois d'octobre 1997. Par une ordonnance du 14 novembre 2019, le tribunal d'instance de Paris, après avoir constaté l'acquisition de la clause résolutoire du contrat de bail à la date du 4 juin 2019 pour défaut de paiement des loyers, a, d'une part, suspendu les effets de cette clause pendant le délai accordé à Mme A pour s'acquitter de sa dette, d'autre part, autorisé, à défaut de paiement d'une seule et exacte mensualité exigible à son terme, l'expulsion de l'intéressée du logement, dans un délai de deux mois à compter de la date de délivrance du commandement d'avoir à quitter les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à l'occupante le 11 février 2020 et notifié aux services de la préfecture de police le 13 février 2020. Par acte d'huissier du 9 juin 2020, le concours de la force publique a été requis pour procéder à l'expulsion de Mme A. Par une décision du 10 février 2021, le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme A à compter du 1er juin 2021. Par la présente requête, Mme A, qui a été effectivement expulsée du logement le 21 juin 2021, demande l'annulation de la décision du 10 février 2021.
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires () ". Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire statuant sur la demande d'expulsion ou sur la demande de délai pour quitter les lieux et telles que l'exécution de l'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B F, adjointe au chef de service du cabinet, qui, en vertu d'un arrêté n° 2020-01076 du 21 décembre 2020 régulièrement publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 29 décembre 2020, disposait d'une délégation de signature pour signer au nom du préfet de police les autorisations de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, Mme A soutient que la décision accordant le concours de la force publique à la propriétaire du logement qu'elle occupait n'est pas suffisamment motivée. Toutefois, une telle décision ne constitue pas une décision individuelle défavorable qui la concerne soumise à l'obligation de motivation au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ce moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, si la requérante conteste la régularité du commandement de quitter les lieux s'agissant de la date mentionnée pour la libération des lieux et la désignation de la juridiction civile compétente, il ne résulte, en tout état de cause, d'aucune disposition qu'il appartienne au préfet de police, saisi d'une demande d'octroi du concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement d'expulsion, d'apprécier la validité du commandement de quitter les lieux délivré par l'huissier de justice. Par suite, ce moyen doit également être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, et qu'il informe le ménage locataire de la possibilité de saisir la commission de médiation en vue d'une demande de relogement au titre du droit au logement opposable. (). La saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier et l'information de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par le représentant de l'Etat dans le département s'effectuent par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa du même article 7-2 ".
7. Mme A ne peut utilement faire valoir que le préfet de police n'aurait pas informé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), cette circonstance étant sans incidence sur la légalité de la décision d'octroi du concours de la force publique. En tout état de cause, le préfet de police expose, sans être contredit, que la commission a été informée, via le logiciel EXPLOC, de la notification du commandement de quitter les lieux. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant d'accorder le concours de la force publique à la propriétaire du logement qu'elle occupait. Si la requérante soutient à ce titre que le préfet n'a pas diligenté de diagnostic social et financier, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé alors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet a tenu compte de la situation financière de l'intéressée ainsi que de sa dette locative et de l'absence de solution de relogement.
9 En dernier lieu, si la requérante soutient que le préfet de police a méconnu son devoir de loyauté en procédant à son expulsion avant l'audience devant le juge de l'exécution qu'elle a saisi pour obtenir de nouveaux délais de paiement, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que cette saisine du juge de l'exécution a été faite par la requérante postérieurement à la décision attaquée accordant le concours de la force publique. Par ailleurs, en se bornant à faire état de cette saisine ainsi que de l'aggravation de sa situation financière en raison de la crise sanitaire et de son âge, Mme A ne justifie pas d'une circonstance postérieure à l'ordonnance du tribunal d'instance de Paris du 14 novembre 2019 faisant apparaître que l'exécution de la décision du préfet de police serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine au sens des règles rappelées au point 2 du présent jugement. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 10 février 2021 accordant le concours de la force publique en vue de son expulsion du logement qu'elle occupait irrégulièrement. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme C E.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme Armoët, première conseillère,
- Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.
La rapporteure,
E. Armoët
La présidente,
M. SalzmannLa greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026