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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112291

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112291

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112291
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2021, M. A J, représenté par Me Trennec, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur refusant de lui accorder la mutation qu'il demandait sur l'île de La Réunion ;

2°) d'annuler les décisions du ministre de l'intérieur autorisant la mutation de MM. G I, L H, K E, B F et C D sur l'île de La Réunion ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de le muter à La Réunion et de réaffecter les fonctionnaires dont la mutation a été irrégulièrement décidée dans leur service d'origine, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant sa mutation est entachée d'illégalité dès lors que le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouve à La Réunion ;

- elle a méconnu le principe constitutionnel d'égalité devant la loi et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il disposait de plus de points que ses collègues et que ses mérites et sa manière de service justifiaient que sa demande soit acceptée ;

- les décisions de mutation de ses collègues sont illégales dès lors qu'elles n'ont pas été signées et ne comportent pas le prénom et le nom de leur auteur ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que les dossiers des fonctionnaires ayant fait l'objet des décisions de mutation n'ont pas fait l'objet d'un examen individuel ;

- elles méconnaissent l'article 85 de la loi du 28 février 2017 et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que leurs bénéficiaires n'avaient pas de priorité sur lui.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de mutation sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée à M. G I, M. L H, M. K E, M. B F et M. C D le 12 janvier 2022, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction est intervenue le 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. J, titulaire du grade de brigadier dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale depuis le 1er juillet 2014, a sollicité le 23 novembre 2020 sa mutation au secrétariat général pour l'administration de la police de l'île de La Réunion. M. J demande l'annulation, d'une part, de la décision implicite de rejet de sa demande de mutation et, d'autre part, des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a autorisé la mutation à La Réunion de MM. I, H, E, F et D.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de mutation de M. J :

2. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction, modifiée par l'article 85 de la loi n° 2017-256 du 28 février 2017, alors en vigueur : " I. L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service (), les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles () ; / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie (). / IV. Les décisions de mutation tiennent compte () des lignes directrices de gestion en matière de mobilité (). / Dans le cadre de ces lignes directrices, l'autorité compétente peut, sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, définir des critères supplémentaires établis à titre subsidiaire. () / V. Dans les administrations ou services dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, les mutations peuvent être prononcées dans le cadre de tableaux périodiques de mutations () ". Lorsque, dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, l'administration doit comparer l'ensemble des candidatures dont elle est saisie, en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation personnelle des intéressés appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.

3. En premier lieu, si le requérant soutient que le ministre de l'intérieur a méconnu l'article 85 de la loi du 28 février 2017 au motif qu'il disposait du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion, comme en témoigne le fait qu'il y a bénéficié de congés bonifiés durant les années 2012, 2015 et 2018, une telle circonstance était seulement de nature à lui accorder une priorité par rapport à d'autres agents publics, qu'il appartenait à l'autorité administrative de prendre en compte, avec l'intérêt du service, pour l'établissement du tableau de mutations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur se serait abstenu de tenir compte de la priorité dont il disposait. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les agents publics ayant obtenu la mutation à laquelle candidatait M. J présentaient également tous un droit de priorité sur le fondement de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 dès lors que M. I avait sollicité un rapprochement auprès de sa conjointe et que MM. H, E, F et D avaient, comme le requérant, le centre de leurs intérêts matériels et moraux à La Réunion, comme en attestent le fait qu'ils y ont bénéficié de congés bonifiés en 1998, 2002, 2005, 2011, 2015 et 2018 pour M. H, en 2011, 2014, 2017 et 2020 pour M. E, en 2009, 2012, 2015 et 2018 pour M. F, en 2007, 2010, 2013 et 2017 pour M. D. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les intéressés présentaient tous une notation supérieure à celle du requérant et avaient reçu, contrairement à lui, des lettres de félicitation collectives ou individuelles. Le ministre de l'intérieur fait enfin valoir, sans être contredit, que MM. E et F exerçaient des responsabilités managériales, à l'inverse de M. J. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant à leur profit le bénéfice d'une mutation sur l'île de La Réunion, le ministre de l'intérieur aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou porté atteinte au principe d'égalité de traitement des agents publics.

En ce qui concerne les décisions de mutation de MM. I, H, E, F et D :

5. M. J, qui en a demandé la communication, sans obtenir de réponse, soutient que les arrêtés de nomination de MM. I, H, E, F et D auraient été signés par une autorité incompétente pour ce faire. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit à l'instance les décisions en cause, n'établit pas que celles-ci seraient signées par l'autorité compétente, et ne met pas le tribunal à même d'exercer son contrôle sur les mesures contestées. Dès lors, ces décisions ne peuvent qu'être annulées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. J est fondé à demander l'annulation des décisions de mutation de MM. I, H, E, F et D, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens présentés à l'appui de ces conclusions. Il n'est en revanche pas fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, à demander l'annulation de la décision lui refusant la mutation qu'il avait demandée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur réexamine la situation de MM. I, H, E, F et D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. J en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de mutation de MM. I, H, E, F et D sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation de MM. I, H, E, F et D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. J une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A J, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. G I, à M. L H, à M. K E, à M. B F et à M. C D

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2112291/6-1

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