vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112579 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LOUBEYRE, ENTREMONT, PORNIN (ASSOCIATION) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 juin 2021, 8 mars et 6 septembre 2022, la société Mobi International Trade, représentée par Me Pornin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'ayant pas apporté la preuve qui lui incombe de l'existence d'un établissement stable en France, la mise en œuvre de la procédure de taxation d'office est entachée d'irrégularité ; cette preuve devait être préalablement apportée dans le cadre de la procédure contradictoire de redressement ;
- elle ne dispose pas d'un établissement stable en France ; elle est domiciliée en Hongrie et y dispose de locaux d'une superficie de 40 m² qui ont été utilisés pour des réunions et le stockage des archives ; l'administration n'établit pas que les locaux dont elle dispose en Hongrie constituent une simple domiciliation ; elle a fait rechercher des locaux en Hongrie pour y ouvrir des points de vente et un show-room ; les comptes bancaire sont ouverts en Hongrie et la comptabilité y est tenue ; si la marchandise en provenance d'Asie est dédouanée en Belgique et stockée en Ile-de-France, il n'y a en France que des locaux de stockage au sens de l'article 5 de la convention franco-hongroise du 28 avril 1980 ; l'un des deux co-gérants n'est pas résident français mais résident britannique et le lieu de résidence personnelle des dirigeants ne peut pas caractériser à lui seul l'existence d'un établissement stable ; l'assemblée générale de la société et des réunions ont eu lieu à Budapest ainsi que l'attestent les billets d'avion produits ; l'activité se serait développée en Hongrie si elle n'avait pas été confrontée à des manquements graves de l'un des deux co-gérants, ayant donné lieu à des poursuites pénales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021, 4 août 2022 et 13 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre la France et la Hongrie tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune signée le 28 avril 1980 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Allais pour la société Mobi International Trade.
Considérant ce qui suit :
1. La société Mobi International Trade, qui a pour objet l'achat et la revente de trottinettes et d'hoverboards, a été créée le 3 mai 2016 et son siège social est situé à Budapest (Hongrie). Estimant qu'elle dispose d'un établissement stable en France, l'administration fiscale a engagé à son encontre, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, une vérification de comptabilité au terme de laquelle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016. La société demande la décharge de ces rappels de taxe ainsi que celle de la majoration de 10 % pour déclaration tardive et des intérêts de retard dont ils ont été assortis.
Sur l'existence d'un établissement stable en France :
2. Aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : /1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : /a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; /b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; /c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle (). ". Aux termes de l'article 283 du même code : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (). /2. Lorsque les prestations mentionnées au 1° de l'article 259 sont fournies par un assujetti qui n'est pas établi en France, la taxe doit être acquittée par le preneur ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le lieu des prestations de services se trouve en France parce qu'elles sont fournies à des assujettis remplissant les conditions définies à l'article 259 du code général des impôts, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente est le prestataire qui les fournit s'il est lui-même établi en France. Doit être regardé comme tel le prestataire qui a en France un établissement stable depuis lequel les prestations sont fournies et qui présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées. Dès lors que celles-ci peuvent être rattachées à un tel établissement, il n'y a pas lieu de rechercher si ce rattachement est fiscalement plus rationnel qu'un rattachement au siège de l'activité économique du prestataire.
3. Aux termes de l'article 5 de la convention entre la France et la Hongrie tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune signée le 28 avril 1980 : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe par l'intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité. / 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : / a) Un siège de direction ; / b) Une succursale ; / c) Un bureau ; / d) Une usine ; / e) Un atelier et / f) Une mine, un puits de pétrole ou de gaz, une carrière ou tout autre lieu d'extraction de ressources naturelles. / 3. Un chantier de construction ou de montage ne constitue un établissement stable que si sa durée dépasse dix-huit mois. / 4. Nonobstant les dispositions précédentes du présent article, on considère qu'il n'y a pas " établissement stable " si : / a) Il est fait usage d'installations aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison de marchandises appartenant à l'entreprise ; / b) Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison ; / c) Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de transformation par une autre entreprise ; / d) Si des opérations de montage sont réalisées par l'entreprise d'un Etat sur des marchandises ou des biens d'équipement lui appartenant et provenant de cet Etat ; / e) Une installation fixe est utilisée aux seules fins d'acheter des marchandises ou de réunir des informations pour l'entreprise ; / f) Une installation fixe est utilisée aux seules fins d'exercer, pour l'entreprise, toute autre activité de caractère préparatoire ou auxiliaire ; / g) Une installation fixe est utilisée aux seules fins de l'exercice cumulé d'activités mentionnées aux alinéas a à f, à condition que l'activité d'ensemble de l'installation fixe résultant de ce cumul garde un caractère préparatoire ou auxiliaire. / 5. Nonobstant les dispositions des paragraphes 1 et 2, lorsqu'une personne - autre qu'un agent jouissant d'un statut indépendant auquel s'applique le paragraphe 6 - agit pour le compte d'une entreprise et dispose dans un Etat de pouvoirs qu'elle y exerce habituellement lui permettant de conclure des contrats au nom de l'entreprise, cette entreprise est considérée comme ayant un établissement stable dans cet Etat pour toutes les activités que cette personne exerce pour l'entreprise, à moins que les activités de cette personne ne soient limitées à celles qui sont mentionnées au paragraphe 4 et qui, si elles étaient exercées par l'intermédiaire d'une installation fixe, ne permettraient pas de considérer cette installation comme un établissement stable selon les dispositions de ce paragraphe. / 6. Une entreprise n'est pas considérée comme ayant un établissement stable dans un Etat du seul fait qu'elle y exerce son activité par l'entremise d'un courtier, d'un commissionnaire général ou de tout autre agent jouissant d'un statut indépendant, à condition que ces personnes agissent dans le cadre ordinaire de leur activité. / 7. Le fait qu'une société qui est un résident d'un Etat contrôle ou est contrôlée par une société qui est résident de l'autre Etat ou qui y exerce son activité (que ce soit par l'intermédiaire d'un établissement stable ou non) ne suffit pas, en lui-même, à faire de l'une quelconque de ces sociétés un établissement stable de l'autre ".
4. Il résulte de l'instruction que, si le siège de la société Mobi International Trade, créée le 3 mai 2016, se trouve à Budapest (Hongrie), les locaux d'une superficie de 40 m² dont elle y dispose, dans le cadre d'un contrat de location, sont situés chez son comptable et qu'elle n'y emploie aucun salarié, la personne qu'elle a chargée de rechercher des locaux en vue d'ouvrir des points de vente et un show-room en Hongrie étant un prestataire extérieur à l'entreprise, employé dans le cadre d'un contrat d'" agency agreement " conclu le 20 août 2016, et les deux associés gérants qui ont successivement dirigé la société en 2016 étant domiciliés en France où ils exercent en outre une autre activité professionnelle, le premier ayant cédé ses parts au second en novembre 2016 et le troisième associé étant alors domicilié en Grande-Bretagne. En outre, les comptes bancaires ouverts en Hongrie ont été utilisés par les deux gérants à partir de la France et la comptabilité tenue par un comptable à Budapest a été établie à partir des données qu'ils lui ont transmises depuis la France. La localisation de l'activité en France se caractérise également, d'une part, par le fait qu'en 2016 l'activité était essentiellement exercée par les deux gérants qui étaient les interlocuteurs des fournisseurs et des clients et qui, outre les comptes bancaires et les données comptables, géraient également la logistique et le transport et établissaient les factures et, d'autre part, par le stockage en France des marchandises provenant de Chine, après leur dédouanement en Belgique, la circonstance qu'aucune revente n'a pu être réalisée en Hongrie en raison de graves manquements de l'un des deux co-gérants, ayant entraîné la perte des marchandises livrées et donné lieu à des poursuites pénales, n'étant pas utilement invoquée, en l'absence de toute opération d'achat ou de revente effectuée à partir de la Hongrie, de telles opérations ayant au contraire été effectuées en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la société Mobi International Trade doit être regardée comme ayant eu en France en 2016 un établissement stable depuis lequel des prestations ont été fournies alors même qu'elle disposait d'un local à Budapest et y aurait tenu une assemblée générale et des réunions avec les associés, ce qui n'est au demeurant pas établi de manière suffisante par les pièces produites. Il suit de là que, contrairement à ce qu'elle soutient, les opérations passibles de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles a réalisées sont imposables à la taxe sur la valeur ajoutée en France.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
5. Contrairement à ce que soutient la requérante, s'il appartient à l'administration fiscale d'apporter la preuve de l'existence d'un établissement stable en France, elle n'a pas à le faire dans le cadre de l'engagement d'une procédure contradictoire de redressement préalable à la procédure de taxation d'office mise en œuvre en l'absence de déclarations fiscales en France par un contribuable estimant ne pas y être imposable faute d'y disposer d'un établissement stable. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit, dès lors, être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Mobi International Trade est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mobi International Trade et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
Mme Massiou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. AUBERT
L'assesseur le plus ancien
S. JULINET
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025