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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112628

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112628

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112628
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2021, M. A C B, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à son bénéfice dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été procédé à un examen de sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive (UE) 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas été informé des motifs de cessation des conditions matérielles d'accueil et se trouve en situation de vulnérabilité ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en raison de sa vulnérabilité.

En application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été mis en demeure de conclure le 18 janvier 2022.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rohmer,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant somalien né le 6 juillet 1989, a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de police et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié, le 18 février 2020, son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif que l'intéressé disposait d'une protection en Italie. En réponse à ce courrier, M. C B a fait valoir à l'OFII, le 24 février 2020, qu'il ne disposait d'aucune protection en Italie. Les conditions matérielles d'accueil de l'intéressé ont été suspendues en octobre 2020. M. C B a sollicité, le 12 février 2021, le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision née le 15 avril 2021 du silence gardé sur cette demande, le directeur général de l'OFII a rejeté celle-ci. Par la requête susvisée, M. C B demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui refuse le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. C B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021. Par suite, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire lui soit accordée sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

5. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, le directeur de l'OFII n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En outre, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C B ait sollicité la communication des motifs de la décision attaquée après le rejet implicite de sa demande tendant au rétablissement par l'OFII des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision portant suspension du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil ou à la décision statuant sur une demande de rétablissement de ce bénéfice. Ainsi, M. C B, qui, en tout état de cause, a bénéficié d'un tel entretien le

27 août 2023, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, ne saurait utilement soutenir avoir été privé d'un nouvel entretien avant l'intervention de la décision portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il ne fait pas valoir qu'il en aurait sollicité un en raison d'une modification de sa situation.

9. En quatrième lieu, par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Ainsi, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé que cette incompatibilité des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, implique notamment que les demandeurs d'asile ayant été privés du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en vertu d'une décision, prise après le 1er janvier 2019, y mettant fin dans un cas mentionné à l'article L. 744-7 du code puissent demander le rétablissement de ce bénéfice. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de statuer sur une telle demande de rétablissement en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. D'une part, il est constant que l'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. C B, notifiée le 18 février 2020, était motivée par la circonstance qu'il disposait d'une protection internationale en Italie dont il n'avait pas fait état, s'abstenant ainsi de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande d'asile. Si le requérant fait valoir qu'il a contesté ce motif, en indiquant à l'OFII qu'il n'avait jamais bénéficié d'une telle protection, il ne saurait soutenir que la suspension des conditions matérielles d'accueil dont il fait état, effective en octobre 2020, aurait été prise pour le même motif dès lors que M. C B reconnaît n'avoir pas retiré le second courrier de l'OFII d'octobre 2020 et n'avoir donc jamais eu connaissance des motifs de cette décision. Dans ces conditions, ses allégations sur la motivation de cette décision de suspension ne peuvent être regardées comme des faits auxquels le défendeur aurait acquiescé faute d'avoir produit malgré la mise en demeure qui lui a été adressée. Il en résulte que le moyen tiré de ce qu'il n'a jamais bénéficié d'une protection en Italie est inopérant contre la décision attaquée dont il ignore le motif en raison de sa propre carence. D'autre part, si le requérant indique être sans domicile et faire l'objet d'un suivi médical en raison de son état psychologique et produit un certificat médical du 8 février 2021 indiquant qu'il présente un état de vulnérabilité sur les plans social et psychologique, il ne produit aucune pièce suffisamment circonstanciée permettant de caractériser une situation de particulière vulnérabilité nécessitant le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. C B n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C B tendant à l'annulation de la décision de l'OFII doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Nombret et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

B. ROHMERL'assesseure la plus ancienne,

A. DOUSSET

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2112628/1-3

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