mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112637 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELSOL AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 juin et 3 août 2021 et le
22 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Le Tacon demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux, assortis d'intérêts de retard et d'une majoration de 80% au titre de l'année 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'administration fiscale n'était pas fondée à qualifier d'abus de droit le versement, à son profit, d'une soulte d'un montant de 1 266 033 euros par la société DDA Bis en contrepartie de l'apport à cette société des titres qu'elle détenait dans une société SID, car cette opération poursuivait, non pas un but exclusivement fiscal consistant dans le bénéfice du report d'imposition prévu par l'article 150 O B ter du code général des impôts, mais celui de l'inciter à apporter tous ses titres pour permettre le regroupement de la participation détenue par la famille dans l'entreprise TARKETT, leader mondial des revêtements de sol, dans la société SID à travers quatre holdings familiales, en compensant les inconvénients que comportait pour elle cet apport, en termes de perte de liquidités des titres détenus, d'influence dans la société SID et de droit à la perception directe de dividendes.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 décembre 2021 et 31 mai 2024, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossholz,
- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,
- et les observations de Me Zerilli, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Au terme du contrôle sur pièces de Mme B, l'administration, mettant en œuvre la procédure d'abus de droit, a remis en cause le bénéfice du report d'imposition prévu par l'article 150-0 B ter du code général des impôts d'une somme de 1 266 033 euros perçue par l'intéressée en 2013 en sus de l'attribution de titres d'une société DDA Bis, dirigée par elle, en contrepartie de l'apport à cette dernière de titres détenus dans une société SID. L'administration a donc notifié à Mme B des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux, assortis d'intérêts de retard et de la majoration de 80% au titre de l'année 2013. Mme B demande au tribunal d'en prononcer la décharge.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
2. Aux termes de l'article L.64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux propositions de rectifications notifiées avant le 1er janvier 2019, comme en l'espèce : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu
public () ". Il résulte de l'instruction que le comité de l'abus de droit fiscal a confirmé le bien-fondé de la mise en œuvre à l'égard de la requérante de la procédure de répression des abus de droit. Il incombe donc à Mme B, en vertu des dispositions citées ci-dessus, d'apporter la preuve inverse.
3. Aux termes de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur lors de l'opération litigieuse : " I. - L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. Le contribuable mentionne le montant de la plus-value dans la déclaration prévue à l'article 170. Les apports avec soulte demeurent soumis à l'article 150-0 A lorsque le montant de la soulte reçue excède 10 % de la valeur nominale des titres reçus. () III. - Le report d'imposition est subordonné aux conditions suivantes :1° L'apport de titres est réalisé en France ou dans un Etat membre de l'Union européenne ou dans un Etat ou territoire ayant conclu avec la France une convention fiscale contenant une clause d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales ; 2° La société bénéficiaire de l'apport est contrôlée par le contribuable. Cette condition est appréciée à la date de l'apport, en tenant compte des droits détenus par le contribuable à l'issue de celui-ci. Pour l'application de cette condition, un contribuable est considéré comme contrôlant une société : a) Lorsque la majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de la société est détenue, directement ou indirectement, par le contribuable ou par l'intermédiaire de son conjoint ou de leurs ascendants ou descendants ou de leurs frères et sœurs ; b) Lorsqu'il dispose seul de la majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de cette société en vertu d'un accord conclu avec d'autres associés ou actionnaires ; c) Ou lorsqu'il y exerce en fait le pouvoir de décision. Le contribuable est présumé exercer ce contrôle lorsqu'il dispose, directement ou indirectement, d'une fraction des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux égale ou supérieure à 33,33 % et qu'aucun autre associé ou actionnaire ne détient, directement ou indirectement, une fraction supérieure à la sienne. Le contribuable et une ou plusieurs personnes agissant de concert sont considérés comme contrôlant conjointement une société lorsqu'ils déterminent en fait les décisions prises en assemblée générale ".
4. En instituant un mécanisme de report d'imposition, le législateur a entendu favoriser les restructurations d'entreprises susceptibles d'intervenir par échange de titres en évitant que l'imposition immédiate de la plus-value constatée à l'occasion d'une telle opération, alors que le contribuable ne dispose pas des liquidités lui permettant d'acquitter cet impôt, fasse obstacle à sa réalisation. Dans la version du texte applicable au litige, le report d'imposition bénéficie à la totalité de la plus-value résultant d'une opération d'apport avec soulte lorsque le montant de celle-ci n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus en rémunération de l'apport. Une telle soulte, au sens de l'article 150-B du code général des impôts, ne répond pas nécessairement à un objectif d'ajustement de parité d'échange ainsi que le soutient l'administration mais peut également viser notamment l'adhésion des apporteurs à une opération de restructuration d'entreprises nécessaire à leur développement en déterminant ces derniers, eu égard à leur pouvoir de négociation, à consentir à remettre leurs titres à l'échange et permettre ainsi la conclusion de l'opération de restructuration, en compensant certains désavantages qui pourraient résulter pour eux de l'apport. Le but poursuivi par le législateur n'est, en revanche, pas respecté si la stipulation d'une soulte au profit d'un apporteur en complément de l'attribution de titres de la société bénéficiaire de l'apport n'a aucune autre finalité que de permettre à celui-ci d'appréhender, en franchise immédiate d'impôt, des liquidités détenues par cette société ou par celle dont les titres sont apportés. Dans ce cas, l'administration est fondée, sur le fondement de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, à considérer qu'en stipulant l'octroi de cette soulte, les parties à l'opération d'apport ont recherché le bénéfice d'une application littérale des dispositions de l'article 150-0 B ter du code général des impôts à l'encontre des objectifs poursuivis par le législateur, dans le seul but d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'apporteur aurait normalement supportées.
5. En l'espèce, l'administration a estimé que l'octroi de la soulte déjà mentionnée au point 1 du présent jugement à Mme B était dépourvue de justification économique et avait eu pour seul objectif de permettre à cette dernière d'appréhender des liquidités en franchise immédiate d'impôt.
6. Il résulte de l'instruction que l'opération décrite au point 1 du présent jugement s'inscrivait dans un projet de restructuration d'entreprises, formé par son père ainsi que par les frères et sœur de ce dernier, consistant pour les membres de la famille, dont elle-même et ses cousins, à apporter l'ensemble de leurs titres détenus dans la société SID à quatre holdings familiales en vue d'y regrouper leur participation, " dans l'intérêt supérieur de la société et de la famille ", pour assurer le co-contrôle, par cette dernière, de la société SID. Il résulte encore de l'instruction que le versement de la soulte litigieuse devait venir compenser un certain nombre d'inconvénients résultant, pour chaque membre de la famille pris individuellement, de l'opération d'échange des titres détenus en termes de perte de liquidité de ces derniers, d'influence individuelle au sein de la société SID et de droit à perception directe des dividendes de cette dernière. Elle soutient enfin que la société DDA Bis avait ainsi intérêt au versement de la soulte en litige, représentant 3,44% de la valeur nominale de ses titres attribués à la requérante en échange de l'apport de ceux détenus dans la société SID, dans la mesure où ce versement a permis la réalisation de cet apport et, à terme, le co-contrôle par DDA Bis, avec les trois autres holdings familiales, de la société SID. La requérante doit ainsi être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme prouvant que l'administration n'était pas fondée à mettre en œuvre à son égard la procédure de répression des abus de droit, conformément au point 2 du présent jugement.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B doit être déchargée des impositions en litige.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens exposés par Mme B dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : Mme B est déchargée des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux, assortis d'intérêts de retard et d'une majoration de 80% qui lui ont été assignées au titre de l'année 2013.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juin 2024.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026