jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112670 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BERNHEIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Bernheim, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 53 787 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le retard de l'Etat à adopter le décret d'application des articles 73 et 79 de la loi du 11 janvier 1984, est fautif ;
- sa titularisation tardive, à compter du 1er janvier 2001, lui a causé un préjudice financier, dès lors qu'elle a bénéficié de revenus moindres que si elle avait été titularisée à compter du 1er janvier 1987 ; ce préjudice financier a perduré à compter du 6 novembre 2008, date du jugement n°0508337/5-2 du 6 novembre 2008 du tribunal administratif de Paris, jusqu'à 1er juillet 2017, date de son départ en retraite ;
- elle a subi un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au renvoi de Mme B devant l'administration pour évaluer son préjudice financier.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires au titre du préjudice moral sont, à titre principal, irrecevables, dès lors que ce chef de préjudice ne figure pas dans la demande indemnitaire préalable et, à titre secondaire, infondées dès lors que la requérante a été indemnisée de ce préjudice par le jugement n°0508337/5-2 du 6 novembre 2008 du tribunal administratif de Paris ;
- la créance de rémunération dont la requérante se prévaut au titre des services qui seraient insuffisamment rémunérés, effectués pendant la période du 6 novembre 2008 au 31 décembre 2016, est prescrite ;
- le préjudice financier n'est pas établi.
Par une ordonnance du 4 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 99-121 du 15 février 1999 ;
- le jugement n° 0508337/5-2 du 6 novembre 2008 du tribunal administratif de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélard ,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, été recrutée par le ministère chargé de l'équipement le
1er décembre 1978. A la suite de la publication du décret n° 99-121 du 15 février 1999 fixant les conditions exceptionnelles d'intégration d'agents non titulaires du ministère de l'équipement dans des corps de fonctionnaires de catégories A et à sa réussite à l'examen professionnel auquel l'article 3 de ce décret subordonnait cette intégration, Mme B a été titularisée dans le corps des attachés d'administration centrale du ministère de l'équipement à compter du
1er janvier 2001. Par un jugement n° 0508337/5-2 du 6 novembre 2008, le tribunal administratif de Paris a jugé qu'une faute était imputable à l'État pour avoir édicté tardivement le décret
n° 99-121. Par ce jugement, le tribunal a condamné l'Etat à payer à Mme B une indemnité de 20 380 euros, en réparation de ses préjudices financiers résultant de cette faute, mais ne l'a pas indemnisée de la perte de revenus au-delà de la date du jugement, dès lors que le préjudice financier futur revêtait un caractère incertain. A compter du 1er juillet 2017,
Mme B a été admise à la retraite. Par un courrier 29 mars 2021, notifié le lendemain, elle demande l'indemnisation des préjudices financiers qu'elle estime avoir subis au-delà du
6 novembre 2008. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme B demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative :
" La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
4. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
5. Par une demande notifiée le 30 mars 2021, Mme B a demandé l'indemnisation du préjudice financier résultant de sa titularisation tardive. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet le 30 mai 2021. Par la présente requête, enregistrée le 13 juin 2021, Mme B a également demandé à être indemnisée du préjudice moral résultant du même fait générateur. Mme B ayant invoqué ce chef de préjudice, qui n'était pas mentionné dans sa réclamation, dans les deux mois suivant la naissance de la décision implicite de rejet, ses conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi sont recevables.
Sur la responsabilité :
6. Aux termes de l'article 73 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " Les agents non titulaires qui occupent un emploi présentant les caractéristiques définies à l'article 3 du titre Ier du statut général ont vocation à être titularisés, sur leur demande, dans des emplois de même nature qui sont vacants ou qui seront créés par les lois de finances (). " Aux termes de l'article 79 de cette même loi : " Par dérogation à l'article 19 du présent titre, des décrets en Conseil d'Etat peuvent organiser pour les agents non titulaires mentionnés aux articles 73, 74 et 76 ci-dessus l'accès aux différents corps de fonctionnaires suivant l'une des modalités ci-après ou suivant l'une et l'autre de ces modalités : / 1° Par voie d'examen professionnel ; / 2° Par voie d'inscription sur une liste d'aptitude établie en fonction de la valeur professionnelle des candidats. " En vertu de l'article 80 de la même loi, les décrets prévus par son article 79 fixent, pour chaque ministère, les corps auxquels les agents non titulaires mentionnés à l'article 73 peuvent accéder et les modalités d'accès à ces corps. Ces articles 79 et 80 reprennent d'ailleurs les dispositions de même objet prévues par les articles 14 et 15 de la loi du 11 juin 1983 visée ci-dessus.
7. Le gouvernement avait l'obligation de prendre les textes d'application des articles 79 et 80 mentionnés ci-dessus dans un délai raisonnable. En ce qui concerne les agents non titulaires du ministère de l'équipement ayant vocation à être nommés dans un corps de catégorie A, ces dispositions ont été fixées par le décret n° 99-121 du 15 février 1999, soit au-delà d'un délai raisonnable. En prenant ce décret avec un tel retard, l'Etat a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
8. Toutefois, compte tenu de la nature des mesures devant être adoptées et des circonstances propres à l'espèce, la publication du décret pris pour l'application des articles 79 et 80 de la loi du 11 janvier 1984 aux agents non titulaires du ministère de l'équipement aurait dû, pour respecter un délai raisonnable, intervenir au plus tard le 1er janvier 1986, de sorte que la titularisation des agents ayant réussi l'examen professionnel puisse prendre effet dès le 1er janvier 1987.
9. Mme B, engagée au ministère chargé de l'équipement le
1er décembre 1978, a été titularisée dans le corps des attachés d'administration centrale à compter du 1er janvier 2001 sur le fondement du décret du 15 février 1999. Ayant été privée d'une chance sérieuse d'être titularisée à compter du 1er janvier 1987, elle est fondée à engager la responsabilité de l'Etat.
Sur la prescription :
10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics: " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. "
11. M. B demande l'indemnisation de la perte de revenus résultant de l'avancement dont elle n'a pas bénéficié, compte tenu de l'entrée en vigueur tardive du décret d'application des articles 79 et 80 de la loi du 11 janvier 1984, pour la période du 7 novembre 2008 au 30 juin 2017.
12. La créance dont se prévaut Mme B ne se rattache pas à chaque année au cours de laquelle elle a accompli ses services, en qualité d'attaché d'administration de l'Etat, entre le 7 novembre 2008 et le 30 juin 2017, mais à l'année au cours de laquelle le préjudice est connu dans toute son étendue, c'est-à-dire celle au cours de laquelle l'intéressé cesse son activité et fait valoir ses droits à la retraite. Mme B ayant formé sa demande indemnitaire dans le délai de quatre ans à compter de son départ en retraite, le 30 juin 2017, la créance n'est pas prescrite.
Sur les préjudices
En ce qui concerne le préjudice financier
13. Mme B demande l'indemnisation de la perte de revenus qui résulte de l'incidence sur le déroulement de sa carrière de sa titularisation tardive dans le corps des attachés d'administration, le 1er janvier 2001 au lieu du 1er janvier 1987, déduction faite des sommes déjà perçues pour la période du 1er janvier 1987 au 6 novembre 2008, lesquelles ont été versées en exécution du jugement du tribunal administratif de Paris n° 0508337 du 6 novembre 2008.
14. Pour la période du 7 novembre 2008 au 30 juin 2017, Mme B peut prétendre à être indemnisée de la différence entre le traitement qui lui a été versé et celui qu'elle aurait reçu si elle avait été titularisée à compter du 1er janvier 1987. De plus, pour cette même période, elle peut prétendre être indemnisée de la différence entre les primes et indemnités qui lui ont été versées et celles qu'elle aurait reçues, si elle avait titularisée à compter du
1er janvier 1987.
15. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant de cette indemnisation, Mme B est renvoyée devant l'administration pour qu'elle procède au calcul de celle-ci.
En ce qui concerne le préjudice moral
16. En se bornant à soutenir avoir subi une situation d'insécurité juridique,
Mme B n'établit la réalité du préjudice moral dont elle entend demander l'indemnisation.
Sur les intérêts
17. En application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, Mme B a droit aux intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable, soit le 30 mars 2021.
Sur la capitalisation
18. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
19. La capitalisation des intérêts a été demandée le 13 juin 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 13 juin 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'instance
20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
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D E C I D E :
Article 1er : Mme B est renvoyée devant l'administration pour procéder au calcul de l'indemnisation du préjudice financier qu'elle a subi, sur la base de calcul énoncée aux points 13 et 14 de la présente décision. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 mars 2021 et de la capitalisation de ces derniers à compter du 13 juin 2022.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à
Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le rapporteur,
R. Hélard
Le président,
L. Gros
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2112670
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026