mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112914 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LEGRANDGERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2021, Mme B A, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 47 528 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de sa prise en charge à l'hôpital Cochin, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le médecin de l'AP-HP a commis une faute technique lors de l'opération orthopédique qu'elle a subie le 22 juillet 2013 ;
- l'opération fautive a occasionné des dépenses de santé actuelles et futures prises en charge par la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise ;
- en raison de son préjudice extrapatrimonial temporaire, elle est fondée à solliciter le versement des sommes suivantes :
* 2 448 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
* 10 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- en raison de son préjudice extrapatrimonial permanent, elle est fondée à solliciter le versement des sommes suivantes :
* 25 080 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
* 10 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire, enregistré le 7 janvier 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise, représentée par Me Legrandgérard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 26 861,74 euros en remboursement des dépenses qu'elle a exposées à la suite de la prise en charge de Mme A à l'hôpital Cochin, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme correspondant à l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2022.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 22 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Théoleyre,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été victime d'un accident de motocyclette en 1988, lui ayant causé une fracture-luxation de la hanche gauche, associant une fracture fermée déplacée cervico-tochantérienne à une luxation antéro-supérieure, opérée au Mali. Le 12 février 2003, Mme A a subi une seconde opération de cette hanche en raison d'une coxarthrose gauche post-traumatique, conduisant à l'implantation d'une prothèse totale de la hanche gauche cimentée. Le 22 juillet 2013, l'intéressée a subi une troisième opération de la hanche en raison du descellement bipolaire de la prothèse et de l'usure de la cupule cotyloïdienne. À la suite de cette opération, un déficit neurologique sensitivo-moteur du nerf sciatique poplité externe a été constaté. Ce déficit n'ayant connu aucune amélioration clinique ou électrique un an après l'opération, une quatrième opération a été pratiquée, le 27 novembre 2014. Mme A, qui conserve des séquelles invalidantes malgré cette dernière opération, demande au tribunal de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à l'indemniser des préjudices causés par l'opération du 22 juillet 2013.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Mme A soutient que depuis l'opération du 22 juillet 2013, elle porte toujours une attelle releveuse et un bas de contention, qu'elle souffre d'un important steppage, que l'élévation sur les talons et les pointes est impossible, que l'appui monopodal est incertain et qu'elle souffre d'une anesthésie dans le territoire du nerf sciatique poplité externe, de décharges électriques, ainsi que d'une amyotrophie modérée. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert judiciaire, que Mme A souffre de séquelles invalidantes en raison d'une atteinte du nerf sciatique poplité externe et qu'une telle atteinte du nerf résulte nécessairement d'un geste fautif commis lors de l'opération conduite à l'hôpital Cochin le 22 juillet 2013.
4. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP est responsable des conséquences dommageables de l'opération du 22 juillet 2013. Par suite, la requérante a droit à la réparation intégrale des préjudices qui en ont résulté.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'en raison des dommages directement causés à la hanche par l'opération litigieuse, la requérante a présenté un déficit fonctionnel total du 26 novembre 2014 au 28 novembre 2014, et partiel à hauteur de 17%, du 29 août 2013 au 25 novembre 2014, puis du 29 novembre 2014 au 27 août 2015, date de la consolidation de son état de santé. Sur la base d'un forfait journalier de 20 euros, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 500 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'appréciation de l'expert judiciaire, que le déficit fonctionnel permanent de Mme A engendré par les séquelles de l'opération fautive du 22 juillet 2013 doit être évalué à 12%. Dès lors, la requérante, qui avait 41 ans à la date de la consolidation, est fondée à demander à l'AP-HP le versement de la somme de 18 000 euros au titre de ce déficit fonctionnel permanent.
S'agissant des souffrances endurées :
7. Il ressort du rapport d'expertise judiciaire que les souffrances endurées par Mme A ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7. Eu égard au degré retenu par l'expert, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
8. Mme A continue à présenter une altération du membre inférieur gauche. Son préjudice esthétique permanent a été évalué à 3 sur une échelle de 7 par l'expertise judiciaire. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 4 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
9. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation produite, que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise a exposé des dépenses de santé pour un montant global de 26 861,74 euros en raison des frais d'hospitalisation et médicaux de Mme A, entre le 22 juillet 2013 et le 21 août 2015. Toutefois, eu égard à la circonstance que l'opération litigieuse et la période d'hospitalisation post-opératoire du 22 juillet 2013 au 31 juillet 2013, ainsi que la période d'hospitalisation en service de rééducation, entre le 31 juillet 2013 et le 28 août 2013, étaient nécessaires indépendamment de l'existence d'une faute, la caisse a exposé, à raison des seules conséquences dommageables de l'intervention chirurgicale du 22 juillet 2013, des dépenses de santé actuelles pour des montants de 891,03 euros de frais d'hospitalisation et de 2 750,86 euros d'autres frais médicaux avant consolidation. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué par Mme A que des dépenses de santé seraient restées à sa charge. Par suite, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme totale de 3 641,89 euros à la CPAM du Val-d'Oise au titre des dépenses de santé actuelles que celle-ci a intégralement prises en charge.
Sur les sommes mises à la charge de l'AP-HP :
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à Mme A la somme de 28 500 euros. Il y a lieu, par ailleurs, de mettre à sa charge le versement d'une somme de 3 641,89 euros à la CPAM du Val-d'Oise.
Sur les intérêts :
11. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
12. En l'espèce, la requérante a saisi l'AP-HP d'une demande préalable reçue le 23 novembre 2020. Les sommes allouées à la requérante porteront donc intérêt au taux légal à compter de cette date.
13. La CPAM du Val-d'Oise a saisi le juge le 7 janvier 2022. Les sommes allouées à la CPAM porteront donc intérêt au taux légal à compter de cette date.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
14. Aux termes du neuvième aliéna de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. ".
15. Il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM du Val-d'Oise sur le fondement des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'AP-HP, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par lesdites dispositions, une somme de 1 162 euros.
Sur les dépens :
16. Dans les circonstances de l'espèce, doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le juge des référés le 13 juin 2016 et qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 584 euros.
Sur les frais liés au litige et non compris dans les dépens :
17. Mme A a obtenu l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55%. En application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP le versement d'une somme de 825 euros à Me Pierrot, avocate de Mme A, sous réserve que Me Pierrot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En outre, dès lors que l'admission à l'aide juridictionnelle partielle a laissé à la charge de Mme A une partie des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP le versement d'une somme de 675 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
18. Il y a également lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 000 euros au profit de la CPAM du Val-d'Oise, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme A la somme de 28 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020.
Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise la somme de 3 641,89 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 janvier 2022.
Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise la somme de 1 162 euros au titre des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le juge des référés, le 13 juin 2016 et qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 584 euros sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Article 5 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme A la somme de 675 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Me Pierrot, avocate de Mme A, une somme de 825 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pierrot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 7 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise, à Me Pierrot et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
Y. Marino
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2112914/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026