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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113011

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113011

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113011
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET ROZANT & COHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2021, la société par action simplifiée Détache et Nettoie, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) d'un montant de 102 359 euros dont elle estime disposer au titre des exercices 2016 et 2017, sous la forme d'une part d'une compensation entre cette somme et la somme de 52 767 euros due au titre de l'année 2018 et d'autre part du remboursement du solde, soit 49 592 euros ;

2°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Détache et Nettoie soutient que :

- elle justifie du mandat donné à l'expert-comptable ayant formulé la réclamation préalable ;

- elle est en droit de solliciter cette compensation dès lors qu'elle a corrigé à la baisse son chiffre d'affaire et par suite le montant de TVA collecté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la demande de compensation relève de la seule compétence du comptable public chargé du recouvrement ;

- les moyens soulevés par la société Détache et Nettoie ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Détache et Nettoie, qui exerce l'activité de nettoyage et entretien des meubles et du linge, a demandé, par courrier reçu le 11 décembre 2018, le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 102 359 euros au titre des exercices 2016 et 2017, sous forme d'une part d'une compensation entre cette somme et la somme de 52 767 euros due au titre de l'année 2018 et d'autre part de remboursement du solde, soit 49 592 euros, demande rejetée par courrier du 16 avril 2021. Elle demande au tribunal le reversement du montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée indûment déclarée.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents () ". Il suit de là que la société requérante supporte la charge de la preuve du bien-fondé de sa demande de reversement du montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée indûment déclarée.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes du 1 du I de l'article 271 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ".

4. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. " Il résulte de ces dispositions que l'administration est fondée à invoquer des insuffisances ou omissions de toute nature pendant l'instruction de la demande laquelle doit s'entendre comme prenant effet au plus tôt à compter de l'examen de la réclamation du contribuable par l'administration et se poursuivant pendant toute la durée du contentieux devant le juge administratif statuant au fond sur le litige.

5. La société Détache et Nettoie a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 novembre 2016. Au cours de la procédure, le service a admis au titre de la TVA déductible le montant de 76 630 euros pour la période du 1er janvier au 30 novembre 2016, tout en maintenant un rappel de TVA collectée d'un montant de 105 238 euros. Par ailleurs si, au titre de la période du 1er décembre 2016 au 31 décembre 2017, le service a admis l'existence d'un trop-collecté de TVA de 102 359 euros, il a considéré que la société ne justifiait pas de l'intégralité de la TVA dont elle entendait opérer la déduction. Il fait valoir à cet effet que les factures produites par la société Détache et Nettoie en réponse à ses demandes ne sont pas accompagnées de preuves de paiement, alors même que nombre de ces factures ont été émises par des entreprises possédées par le propriétaire de la requérante, que des paiements ont été effectués sans factures ou avec des factures comportant un numéro d'identifiant ou un taux de TVA erroné et que le montant total de 274 150,06 euros de TVA déductible doit être rejeté sur les 278 603,40 euros pour lesquels la requérante a produit des factures. La société Détache et Nettoie, qui n'a produit à l'instance que ses déclarations de CA3, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces sommes et la déductibilité des montants correspondants de TVA.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée collectée indûment déclarée pour un montant de 102 359 euros doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Détache et Nettoie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par action simplifiée Détache et Nettoie et à la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

Y. COZ

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./2-3

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