mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2113176 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WAN AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2021, la société Dance and Circus Sud, représentée par Me Oliel demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015, 2016 et 2017 et de rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2015 à mai 2018 ;
2°) de condamner l'Etat aux dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-Elle est fondée à demander la décharge de la majoration pour manquement délibéré de 40% appliquée par l'administration sur un rappel de TVA collectée de 30 582 euros qu'elle ne conteste pas, car elle n'encaisse pas le prix de ses prestations dès leur facturation, d'où un décalage de trésorerie et en l'absence de toute mauvaise foi, qu'il incombe à l'administration de prouver, puisqu' " au contraire, les régularisations spontanées de TVA opérées en N+1 des années 2015, 2016 et 2017 démontrent l'importance qu'attache la société au fait de se conformer scrupuleusement - bien que tardivement - à ses obligations en matière de déclaration et de paiement de la TVA " et en l'absence de toute démarche susceptible de révéler une volonté de se soustraire à l'impôt au sens des dispositions de l'article 1729 a du code général des impôts visant " une inexactitude ou une omission révélée dans une déclaration ou un acte servant à l'assiette ou à la liquidation de l'impôt " ;
-Le rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée de 4 666 euros au titre de la cession d'un bateau est infondé, car c'est M. A, auquel elle avait cédé celui-ci le 13 janvier 2017, qui a vendu ce dernier en son nom propre et non la société requérante, contrairement aux affirmations de la société Seventeen Jet and Parts, comme en attestent les documents produits et la circonstance que les chèques émis par cette dernière l'ont été au nom de M. A ;
-Pour les mêmes raisons, l'amende de 5 000 euros pour facture de complaisance appliquée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts n'est pas fondée ;
-La remise en cause comme non engagée dans l'intérêt de l'exploitation de la dépense, comptabilisée en immobilisation, de la dépense relative à deux bateaux Scarab 195 et 255, leurs remorques Galaxy et un véhicule de traction Polaris, s'agissant de la réalisation de l'objet social de la requérante, à savoir, de son activité de location, comme elle en atteste par des factures produites et non pour les besoins privés de M. A, les 12 heures au compteur du bateau correspondant aux factures produites comme il en est attesté par constat d'huissier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2021, le directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossholz,
- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Dance and Circus Sud, qui exerce une activité de production de spectacle vivant, prestations de service, location de courte durée de véhicules à moteur et de tout autre engin mécanique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015, 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2015 à
mai 2018, assortis de la majoration pour manquement délibéré de 40%, lui ont été notifiés, ainsi qu'une amende de 5 000 euros en application des dispositions de l'article 1737 du code général des impôts lui a été infligée. Elle demande au tribunal d'en prononcer la décharge partielle.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
En ce qui concerne les suppléments d'imposition résultant de la vente d'un bateau Scarab 195 à la société Seventeen Jet and Parts le 25 janvier 2017 :
2. La requérante soutient que contrairement à ce qu'a retenu l'administration, ce n'est pas elle, mais M. A qui a vendu le bateau Scarab 195 à la société Seventeen Jet and Parts le 25 janvier 2017 en faisant valoir qu'elle avait cédé celui-ci à celui-là, le 13 janvier précédent. Elle invoque, à l'appui de sa version, les deux actes de cessions qui viennent d'être évoqués, dont le second comporte notamment le cachet de la société Seventeen Jet and Parts, et la circonstance que les chèques émis par cette dernière l'ont été au nom de M. A. L'administration se borne à soutenir, sans l'établir, en l'absence notamment de toute pièce produite à l'appui de ses écritures en défense, que l'exercice de son droit de communication auprès de la société Seventeen Jet and Parts aurait révélé que le bateau Scarab 195 aurait été vendu par la société requérante le 25 janvier 2017. Dans ces conditions, l'administration n'établit pas le bien-fondé des suppléments d'impositions qu'elle a fondés sur cette transaction, s'élevant à 23 333 euros au titre de l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 et à 4 666 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à cette même période, de sorte que la requérante a droit d'en obtenir la décharge.
3. Aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : " 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ; 2. De la facture, le fait de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison ou à une prestation de service réelle () ".
4. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que l'administration n'était pas fondée à regarder le bateau Scarab 195 comme ayant été vendu directement à la société Seventeen Jets and Parts, considération sur laquelle elle a fondé l'application de l'amende prévue par les dispositions précitées pour un montant de 5 000 euros et dont la requérante a donc droit d'obtenir la décharge.
En ce qui concerne la remise en cause de la déduction, à titre de charges, de dépenses relatives à l'utilisation de bateaux :
5. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
6. La requérante soutient que les dépenses relatives à deux bateaux Scarab 195 et 255, à leurs remorques Galaxy et au véhicule Polaris ont été, contrairement à ce qu'a retenu l'administration, engagées dans l'intérêt de l'exploitation, conformément à l'objet social de la requérante, à savoir, de son activité de location de bateaux, comme elle en atteste par des factures. Il résulte toutefois de l'instruction qu'ainsi que l'oppose l'administration, les factures produites, émises par la requérante, relatives à la location du bateau Scarab 255 pour les journées des 7, 12 et 15 août et 8 septembre 2018, outre qu'elles mentionnent des adresses des destinataires incomplètes, sont contredites par le constat d'huissier en date du 7 mai 2019 produit par la requérante mentionnant 12 heures au compteur de ce bateau. Dans ces conditions, en application des principes rappelés au point précédent du présent jugement, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve de ce que les dépenses d'utilisation du bateau, en particulier pour son entretien et pour la location d'un poste d'amarrage, ne comportent pas de contrepartie présentant un intérêt pour la contribuable.
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré de 40% sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. Pour appliquer la majoration litigieuse, l'administration a retenu que la requérante n'avait pas déclaré ni donc reversé dans les délais une partie importante de la taxe sur la valeur ajoutée sur des opérations dont elle ne pouvait ignorer le caractère imposable. La requérante ne saurait utilement faire valoir qu'elle y a procédé ultérieurement, dans le cadre d'une régularisation, dont l'administration oppose d'ailleurs qu'elle n'a porté que sur une partie des montants de taxe sur la valeur ajoutée collectée en cause, différant sciemment le reversement de la taxe payée par ses clients et donc collectée par elle pour des raisons de trésorerie, cette circonstance étant, bien au contraire, de nature à établir le caractère intentionnel de l'omission au sens et pour l'application des dispositions légales précitées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander la décharge partielle des impositions litigieuses. Elle n'est pas fondée en revanche à demander la condamnation de l'Etat aux dépens, auxquels la présente instance n'a pas donné lieu.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la société Dance and Circus Sud dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Dance and Circus Sud est déchargée des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 à raison de 23 333 euros, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 4 666 euros au titre de la même période et de l'amende qui lui a été infligée en application des dispositions de l'article 1737 du code général des impôts d'un montant de 5 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL Dance and Circus Sud une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Dance and Circus Sud et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 mai 2024.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026