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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113468

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113468

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113468
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n°2113468 le 24 juin 2021, et des mémoires, enregistrés les 24 mars, 31 août et 26 octobre 2022, ainsi que les 15 janvier et 13 février 2023, Mme B A, représentée par Me Villeneuve, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mise à sa charge au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la notification de la proposition de rectification, dans des conditions conformes aux prescriptions de la jurisprudence administrative et de la doctrine administrative, n'est pas établie ;

- compte tenu des mesures de confinement mises en place à compter du 17 mars 2020 et de la fermeture correspondante des bureaux de poste, elle n'a pas été en mesure d'aller chercher son pli à compter de cette date et ne portait dès lors pas la responsabilité du défaut de distribution de la proposition de rectification qui lui a été adressée ; il revenait dès lors à l'administration fiscale de procéder à une nouvelle notification de ce document ;

- il n'est pas établi par les pièces produites par le service qu'un avis de mise en instance ait été déposé par la Poste, l'informant de ce qu'un pli était à sa disposition au bureau de poste ni du délai de mise en instance ;

- il n'est pas établi par le courrier en date du 2 juillet 2020 produit par l'administration que la Poste ait appliqué la réglementation mise en place pendant la période de crise sanitaire, qu'elle était encore en mesure de récupérer son pli à cette date ni que le service l'aurait invité à retirer le pli à la suite de la réception de ce courrier ;

- à supposer que l'arrêté du 15 avril 2020 modifiant l'arrêté du 7 février 2007 soit applicable à la notification en litige, le pli n'a pas été conservé en instance conformément aux dispositions de son article 4 ;

- outre que le bureau de Poste " Paris Simon Bolivar " dont elle dépendait est resté fermé du 17 mars au 10 juin 2020 et ne faisait pas partie des bureaux de Poste ouverts pendant le premier confinement, tous les bureaux de Poste en France étaient fermés le 21 mars, dernier jour du délai de quinze jours de mise en instance du pli en litige ;

- le service ne saurait se prévaloir d'un communiqué de presse de la Poste en date du 19 mars 2020 qui n'a aucune valeur réglementaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2021, les 16 août, 12 septembre et 12 décembre 2022, ainsi que les 30 janvier et 6 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- dès lors que, dans sa réclamation en date du 25 janvier 2021, Mme A ne contestait que l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017, la requête n'est recevable qu'en tant qu'elle concerne cette imposition supplémentaire ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n°2301254 le 18 janvier 2023, et un mémoire, enregistré le 6 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Villeneuve, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mise à sa charge au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soulève les mêmes moyens que dans la requête n°2113468.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 mars 2023 et le 10 mai 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'arrêté du 7 février 2007 modifié, pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les observations de Me Villeneuve représentant Mme A.

Une note en délibéré, présentée par Mme A, a été enregistrée le 8 avril 2024

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle portant sur les années 2017 et 2018. A l'issue de ce contrôle, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ont été mises à sa charge au titre des années 2017 et 2018 par voie de rôle, respectivement en date du 31 décembre 2020 et du 30 juin 2021. Mme A a contesté la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mise à sa charge au titre de l'année 2017 par une réclamation en date du 25 janvier 2021, ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 23 avril 2021, ainsi que la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mise à sa charge au titre de l'année 2018 par une seconde réclamation en date du 7 juillet 2022, ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 20 décembre 2022. Par les requêtes susvisées, Mme A demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ainsi maintenues à sa charge.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2113468 et n°2301254 présentées pour Mme A présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 49 du livre des procédures fiscales, lorsque l'administration des impôts a procédé à l'égard d'un contribuable à une procédure de contrôle tel qu'un examen de situation fiscale personnelle, elle " doit en porter les résultats à la connaissance du contribuable, même en l'absence de rectification ". Aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

4. Si le contribuable conteste qu'une décision lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. D'autre part, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux, dans sa version en vigueur entre le 17 avril et le 10 juillet 2020 : " Dans l'hypothèse où le destinataire est absent, le prestataire l'informe par tout moyen que l'envoi postal est mis en instance ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. / Les envois mis en instance depuis le 20 mars 2020 seront conservés en instance pendant une durée égale à la durée d'application de l'état d'urgence sanitaire déclaré à l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 susvisé, allongée de quinze jours ouvrables. () ".

6. En l'espèce, l'administration fiscale a adressé à Mme A, par voie postale en recommandé avec accusé de réception, un pli contenant la proposition de rectification en date du 4 mars 2020 faisant suite à l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle. La requérante ne soutient ni même n'allègue que le pli aurait été envoyé à une adresse erronée. L'administration produit la copie de l'enveloppe correspondante ainsi que l'avis de réception y apposé, sur lequel apparaît de façon lisible l'adresse de la requérante, la mention pré-imprimée " Présenté/Avisé le " suivie de la date manuscrite du 6 mars 2020, ainsi que le motif de restitution du pli tenant à son caractère " avisé et non réclamé ". Le service produit en outre une attestation des services postaux en date du 2 juillet 2020 certifiant que le pli a été présenté à Mme A le 6 mars 2020 et a été mis à disposition à compter du 7 mars 2020 au sein du bureau de poste " Paris Simon Bolivar ". Ces mentions permettent d'établir qu'à la date 6 mars 2020, une lettre n° 3924-SD a bien été présentée et son destinataire avisé de sa mise en instance au bureau de poste.

7. Mme A soutient à titre subsidiaire que n'ont pas été respectés les délais de mise en instance de quinze jours dès lors que, du fait de la fermeture du bureau de poste " Paris Simon Bolivar " entre le 17 mars et le 10 juin 2020 en raison de la crise sanitaire, il lui était impossible de récupérer son pli au cours de la période de quinze jours ouverte à compter de la mise en instance du pli le 7 mars 2020. Pour établir le respect de ce délai, le service se prévaut, d'une part, des mentions de l'attestation des services postaux en date du 2 juillet 2020 qu'il produit. Toutefois, les mentions de cette attestation, en ce qu'elles concernent le délai de mise en instance, ne peuvent être regardées comme claires et concordantes dès lors que, si l'intéressée y est invitée à se déplacer " dans son bureau de Poste dans les meilleurs délais ", il est également fait état de ce que " Madame B A dispose d'un délai de quinze jours à compter de la date de mise en instance pour récupérer son pli ", soit à compter du 7 mars 2020, et qu' " au-delà de ce délai ", le pli serait retourné au service. D'autre part, alors qu'il ne résulte pas des dispositions de l'arrêté du 7 février 2007 citées au point 5 que la proposition de rectification adressée à Mme A, mise en instance à une date antérieure au 20 mars 2020, devait être conservée en instance dans les conditions prévues par cet article, le service, qui n'établit ni même n'indique, dans ces écritures, la date à laquelle lui a été retourné le pli envoyé à Mme A, ne saurait se prévaloir du seul communiqué de presse du 20 mars 2020 établi par le Groupe La Poste pour établir la réalité de la prolongation du délai de mise en instance du pli litigieux. Par ailleurs, dans les circonstances particulières de l'espèce et eu égard à la justification apportée par l'intéressée de la fermeture du bureau de poste dont elle dépendait au cours du délai de mise en instance, Mme A est fondée à soutenir qu'elle ne saurait, alors même qu'elle ne justifie pas de diligences afin de consulter le pli avant sa réexpédition, porter la responsabilité du défaut de distribution de la proposition de rectification en date du 4 mars 2020.

8. Dans ces conditions, faute pour le service d'établir que Mme A était en mesure de récupérer le pli contenant la proposition de rectification en date du 4 mars 2020, à compter du 17 mars 2020 et avant sa réexpédition à l'envoyeur, l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de la régularité de la notification de la proposition de rectification en date du 4 mars 2020.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2017 et 2018.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme totale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2301254/1-3

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