mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2113817 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN-STAUDOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2021, M. C D, représenté par M E, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 43 633,55 euros en réparation du préjudice subi en raison du non-renouvellement fautif de son contrat à durée déterminée en qualité de mécanicien, assortie des intérêts aux taux légal à compter du 27 avril 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la légalité de la décision de non-renouvellement de son contrat à durée indéterminée :
- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en raison de l'incertitude de la date à laquelle elle a été prononcée ;
- le délai de prévenance n'a pas été respecté ;
- elle est discriminatoire, dès lors qu'elle a été prise en raison de son état de santé ;
S'agissant des préjudices :
- en raison de l'illégalité fautive de la décision de non-renouvellement de son contrat, il est fondé à demander les sommes suivantes :
* 28 967,94 euros au titre des traitements non-perçus ;
* 2 896,13 euros au titre des jours de congés payés non-perçus ;
* 1 769,75 au titre des jours de réduction du temps de travail non-perçus ;
* 10 000 euros au titre du préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,
- le n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Théoleyre,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D a été recruté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer en qualité d'agent contractuel, à compter du 13 décembre 2017, pour exercer les fonctions de mécanicien moto au sein de la direction opérationnelle des services techniques et logistiques. Par un avenant et un second contrat, l'activité de M. D au sein de ce service a été prolongée jusqu'au 12 décembre 2020. Par un courrier du 16 octobre 2020 le ministre a notifié à l'intéressé que son contrat ne serait pas renouvelé. Par un courrier du 8 avril 2021, reçu le lendemain, M. D a adressé une demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices résultant de la décision de non renouvellement de son contrat qu'il estime fautive, à hauteur de 43 633,55 euros.
Sur la légalité de la décision de non renouvellement du contrat à durée déterminée de M. D :
2. En premier lieu, le courrier du 16 octobre 2020 notifiant le non renouvellement du contrat de M. D a été signé par Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de gestion des personnels contractuels, qui disposait d'une délégation de signature, consentie par un arrêté du préfet de police, n° 2020-00448 du 2 juin 2020, régulièrement publié le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si la décision refusant à un agent non titulaire le renouvellement de son contrat n'est pas au nombre de celles qui doivent être obligatoirement motivées et si cet agent n'a pas droit au renouvellement de son contrat, il appartient toutefois à l'autorité administrative, lorsque l'agent a saisi le juge d'une demande à fin d'annulation de la décision de non renouvellement et lorsqu'il soutient, comme en l'espèce, que celle-ci n'a pas été prise dans l'intérêt du service, d'indiquer, s'ils ne figurent pas dans la décision, les motifs pour lesquels il a été décidé de ne pas renouveler le contrat. A défaut de fournir ces motifs, la décision de non renouvellement doit être regardée comme ne reposant pas sur des motifs tirés de l'intérêt du service. En l'espèce, comme il sera dit au point 8, le ministre fournit les motifs pour lesquels il a pris la décision de ne pas renouveler le contrat de M. D. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le courrier lui notifiant la décision de ne pas renouveler son contrat est daté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ; / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième et quatrième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux effectués avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. ".
6. Il résulte de l'instruction que le contrat à durée déterminée de M. D a été renouvelé à deux reprises, de sorte que le requérant a été employé par le ministre de l'intérieur pour une période continue de trois ans, du 13 décembre 2017 au 12 décembre 2020. En application des dispositions précitées du décret du 17 janvier 1986, le ministre était tenu de respecter un délai de prévenance de deux mois. Dès lors que le courrier de notification est daté du 16 octobre 2020, alors-même que le contrat de M. D arrivait à échéance le 12 décembre 2020, le ministre n'a pas respecté le délai de prévenance prescrit par les dispositions précitées. Si la méconnaissance de ce délai est sans incidence sur la légalité de la décision de ne pas renouveler le contrat de l'agent, cette illégalité constitue en revanche une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
7. En dernier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
8. M. D, qui était placé en congé de maladie à la date de la décision, soutient que le ministre a refusé de renouveler son contrat en raison de son état de santé, soit un motif discriminatoire, étranger à l'intérêt du service. Toutefois, le ministre, qui produit l'organigramme de la direction, fait valoir que la cellule moto, constituée de sept agents à la date de cessation du contrat de M. D, fonctionnait normalement, sans qu'il soit nécessaire de recourir à un agent contractuel. Le ministre ajoute que la limitation des effectifs de la cellule moto contribuait à satisfaire des impératifs budgétaires, de sorte que la décision de ne pas renouveler le contrat du requérant a été prise dans l'intérêt du service. Au reste, aucun autre agent contractuel n'a été recruté à la suite de M. D. Dès lors que le requérant ne produit aucun élément permettant de supposer que le ministre aurait refusé de renouveler son contrat en raison de son état de santé et dès lors qu'il ne conteste pas sérieusement les motifs tenant à l'intérêt du service invoqués par le ministre, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne pouvait légalement refuser de renouveler son contrat.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat en raison de la méconnaissance du délai de prévenance prévu à l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat.
Sur les conclusions à fin indemnitaires :
10. Comme il a été dit au point 6, la méconnaissance du délai de prévenance constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
11. S'il est constant que le ministre n'a informé M. D de son intention de ne pas renouveler son contrat que le 16 octobre 2020, alors qu'il aurait dû l'être le 12 octobre 2020, le requérant ne justifie pas d'un préjudice qui serait lié au fait que la décision refusant de renouveler son contrat ne respecte pas le délai de prévenance, en se bornant à se prévaloir d'un préjudice moral qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la réalité ainsi que le bien-fondé.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. M. D étant la partie perdante à l'instance, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2113817/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026