mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2113885 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAURANT & MICHAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juin 2021 et 10 juillet 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) 18 Belles Feuilles , représentée par le cabinet LMD Avocats, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité, dès lors que l'administration n'a pas soumis le litige à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 59 du code général des impôts ;
- la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix du service que lui a rendu la société Lamartinie TSV au titre de la refacturation d'intérêts pour les années 2012 et 2013 était déductible, dès lors que l'immeuble situé au 33, rue de Surène à Paris était donné en location à usage de bureaux et qu'il participait à la réalisation d'opérations imposables ;
- elle ne devait pas auto-liquider la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la facture émise par la société Luxury Homes le 31 décembre 2013, dès lors que cette facture correspond à une prestation de recherche d'acquéreurs qui ne présente pas de lien suffisamment direct, au sens de la directive n° 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, avec la cession de l'immeuble situé au 33, rue de Surène.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 janvier 2022 et 21 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL 18 Belles Feuilles ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977 en matière d'harmonisation des législations des États membres relatives aux taxes sur le chiffre d'affaires - système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Khansari,
- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL 18 Belles Feuilles a pour activité l'achat et la vente de biens immobiliers ainsi que toutes opérations de marchands de biens dans le domaine de l'immobilier ou de l'art. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés s'agissant de factures liées à un immeuble situé au 33, rue de Surène à Paris. L'administration fiscale a relevé, d'une part, que la société requérante a déduit à tort la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix du service que lui a rendu la société Lamartinie TSV au titre de la refacturation d'intérêts pour les années 2012 et 2013 et, d'autre part, que la société était tenue d'auto-liquider la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix de la prestation que lui a rendue la
SARL Luxury Homes dans le cadre de la cession de l'immeuble susmentionné. Par la présente requête, la SARL 18 Belles Feuilles demande au tribunal de prononcer la décharge de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée, mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les redressements notifiés, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévues à l'article 1651 du code général des impôts ". Aux termes de l'article L. 59 A du même livre : " I. - La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : /1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; () / II. - Dans les domaines mentionnés au I, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. () ".
3. Il résulte de l'instruction que la SARL 18 Belles Feuilles a demandé à l'administration, le 20 avril 2018, de soumettre à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires le litige l'opposant à l'administration relatif, d'une part, à la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix d'un service qui lui a été rendu, d'autre part, à l'assujettissement d'une prestation de recherche d'acquéreurs dans le secteur immobilier au mécanisme d'auto-liquidation de cette même taxe. Toutefois, un tel litige, qui ne porte pas sur le montant du chiffre d'affaires taxable, échappe à la compétence de la commission. Dans ces conditions, l'administration a pu, sans entacher d'irrégularité la procédure d'imposition mise en œuvre en l'espèce, ne pas faire droit à la demande de la société requérante de soumettre ce litige à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / b) Celle qui est due à l'importation ; / c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services () ".
5. La SARL 18 Belles Feuilles soutient que la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix du service que lui a rendu la société Lamartinie TSV au titre de la refacturation d'intérêts pour les années 2012 et 2013 était déductible, dès lors que l'immeuble situé au 33, rue de Surène était donné en location à usage de bureaux et qu'il participait donc à la réalisation d'opérations imposables. Toutefois, l'administration fait valoir en défense sans être contestée que la société requérante n'a pas opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée des loyers de l'immeuble situé rue de Surène. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que cet immeuble ne participait pas à la réalisation d'opérations imposables à la taxe sur la valeur ajoutée et, en conséquence, remis à la charge de la société requérante la taxe sur la valeur ajoutée afférente à l'opération en litige.
6. En second lieu, aux termes de l'article 256 A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ". L'article 259 du même code dispose que : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; / b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; / c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle ". Aux termes de l'article 259 A du même code : " Par dérogation à l'article 259, est situé en France le lieu des prestations de services suivantes : () / 2° Les prestations de services se rattachant à un bien immeuble situé en France, y compris les prestations d'experts et d'agents immobiliers, la fourniture de logements dans le cadre du secteur hôtelier ou de secteurs ayant une fonction similaire tels que des camps de vacances ou des sites aménagés pour camper, l'octroi de droits d'utilisation d'un bien immeuble et les prestations tendant à préparer ou à coordonner l'exécution de travaux immobiliers, telles que celles fournies par les architectes et les entreprises qui surveillent l'exécution des travaux () ". Dans sa version applicable au litige, le 1 de l'article 283 du même code prévoit que : " La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu. / Toutefois, lorsqu'une livraison de biens ou une prestation de services mentionnée à l'article 259 A est effectuée par un assujetti établi hors de France, la taxe est acquittée par l'acquéreur, le destinataire ou le preneur qui agit en tant qu'assujetti et qui dispose d'un numéro d'identification à la taxe sur la valeur ajoutée en France. Le montant dû est identifié sur la déclaration mentionnée à l'article 287 ".
7. En l'espèce, la SARL 18 Belles Feuilles a comptabilisé une facture " Luxury Homes " du 31 décembre 2013 pour un montant d'honoraires de 217 500 euros. Cette facture a été établie sans taxe sur la valeur ajoutée et réglée partiellement, à hauteur de 127 500 euros au cours de l'année 2014. Le service vérificateur a estimé que la prestation effectuée par la SARL Luxury Homes, domiciliée à Saint-Barthélemy, était imposable en France et que la société requérante aurait dû auto-liquider la taxe sur la valeur ajoutée afférente à cette opération. Il a donc procédé à un rappel de 24 990 euros de taxe sur la valeur ajoutée non collectée. La SARL 18 Belles Feuilles soutient qu'elle n'était pas tenue d'auto-liquider cette taxe au motif que la facture susmentionnée correspond à une prestation de recherche d'acquéreurs qui ne présente pas de lien suffisamment direct, au sens de la directive n° 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, avec la cession de l'immeuble en litige, intervenue le 9 juillet 2013. Elle fait également valoir que seule la société par actions simplifiée (SAS) Barnes est intervenue dans la négociation et la cession de l'immeuble. Toutefois, il résulte de l'instruction que la SARL Luxury Homes s'est vu confier une mission d'identification d'acquéreurs potentiels de murs d'hôtels et d'immeubles pouvant être transformés en hôtels par un contrat du 20 novembre 2012, conclu avec la SAS Barnes, qui détenait 10 % du capital de la société requérante en 2014. Aux termes de ce contrat, la SAS Barnes avait la faculté de se faire substituer par une autre société pour le paiement des honoraires. Il résulte également de l'instruction que la SARL Luxury Homes a effectivement mis en relation l'acquéreur de l'immeuble en litige avec la SAS Barnes et que cette mise en relation a donné lieu à la comptabilisation par la SARL 18 Belles Feuilles, se substituant à la SAS Barnes, de 217 500 euros d'honoraires, partiellement réglés à hauteur de 127 500 euros. Or il n'est pas contesté que ces honoraires correspondent à un forfait de 47 000 euros et à un pourcentage du prix de vente de l'immeuble situé au 33, rue de Surène, à hauteur de 170 500 euros. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la prestation de recherche d'acquéreurs effectuée par la SARL Luxury Homes présentait un lien suffisamment direct, au sens de la directive n° 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977, avec la cession de cet immeuble et a procédé au rappel de taxe sur la valeur ajoutée en litige.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL 18 Belles Feuilles n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. Sa requête doit donc être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL 18 Belles Feuilles est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL 18 Belles Feuilles et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. KHANSARI
La présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026