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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114284

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114284

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114284
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantLABETOULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Labetoule, demande au tribunal de :

1°) prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu des années 2012 et 2013 qui lui ont été notifiées en droits, intérêts de retard et pénalités ;

2°) lui accorder le sursis de paiement en application des dispositions de l'article L.277 du livre des procédures fiscales ;

3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-Les articles L.47 et L.10 du livre des procédures fiscales ont été méconnus car elle n'a jamais reçu l'avis de vérification ni la charte du contribuable vérifié ;

-L'article L.57 du même livre a été méconnu car elle n'a jamais reçu la proposition de rectification ;

-La reconstitution de sa base imposable est excessivement sommaire, faute de prise en compte de l'ensemble des charges de l'activité, au regard de la propre doctrine de l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de son activité d'enseignement de l'anglais au cours des années 2012 et 2013 au terme de laquelle des suppléments d'impôt sur le revenu lui ont été notifiés selon la procédure contradictoire. Elle demande au tribunal d'en prononcer la décharge.

Sur les conclusions aux fins de décharge et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 susvisé : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, le prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A la demande de l'expéditeur, et moyennant rémunération de ce service additionnel fixée dans les conditions générales de vente, le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance () ". D'autre part, aux termes de l'article L.47 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction en vigueur à la date de la vérification de comptabilité litigieuse : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ". En cas de contestation sur ce point, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis ".

3. Il résulte de l'instruction qu'en l'espèce, d'une part, si l'administration soutient que l'avis en date du 23 mars 2015 informant Mme B de l'engagement d'une vérification de comptabilité de son activité qu'elle a adressée à cette dernière au 3 rue de la mission Marchand dans le 16ème arrondissement de Paris l'aurait été à la dernière adresse connue de la contribuable, c'est sans établir cette circonstance par aucun élément, alors qu'il résulte au contraire de l'instruction qu'il s'agit d'une ancienne adresse de Mme B qui avait, lors de sa déclaration souscrite en 2014 au titre des revenus de 2013, indiqué comme adresse le 68 boulevard Pereire dans le 17ème arrondissement. D'autre part, l'avis de réception du pli contenant un second avis de vérification de comptabilité en date du 31 mars 2015, adressé à cette nouvelle adresse, produit par l'administration et qui lui a été retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé " ne comporte pas les mentions prévues ni les " mentions précises, claires et concordantes " telles que définies au point précédent du présent jugement, car outre que le nom et l'adresse de la destinataire sont illisibles car partiellement occultées, il ne comporte aucune indication d'une date de vaine présentation du courrier tandis que si l'attestation postale datée du 28 avril 2015 produite par l'administration à l'appui de ses écritures relativement à ce pli fait état d'une présentation en date du 2 avril 2015, elle ne permet pas d'établir, conformément aux principes rappelés au point précédent du présent jugement, la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste, faute de toute mention en ce sens. Ainsi, la date de remise de l'avis ne peut être regardée comme étant nécessairement celle de la présentation de cet avis et l'administration n'apporte par conséquent pas la preuve de la date de remise de cet avis à la contribuable.

4. En second lieu, si l'administration justifie que l'avis de vérification a été remis en mains propres à la contribuable le 18 mai 2015, il résulte de l'instruction que c'est après la première intervention, qui a eu lieu le jour même à 10 heures. Cette circonstance ne permet donc pas d'établir que la contribuable aurait été avisée en temps utile du début du contrôle pour qu'elle soit en mesure de faire appel à un conseil.

5. Il en résulte que Mme B est fondée à demander la décharge des suppléments d'imposition litigieux qui lui ont ainsi été notifiés au terme d'une procédure irrégulière, entachée de la méconnaissance d'une garantie substantielle.

Sur les conclusions aux fins du maintien du sursis de paiement :

6. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au maintien du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu qui lui ont été notifiés au titre des années 2012 et 2013 en droits, intérêts de retard et pénalités.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens exposés par Mme B dans le cadre de la présente instance.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : Mme B est déchargée des suppléments d'impôt sur le revenu qui lui ont été notifiés au titre des années 2012 et 2013 en droits, intérêts de retard et pénalités.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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