jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114322 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHASSANY WATRELOT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2114322 le 2 juillet 2021, et un mémoire, enregistré le 9 novembre 2022, la société Nordic Pharma, représentée par Me Poncet (cabinet Chassany Watrelot et Associés), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France lui a appliqué une pénalité financière au taux de 0, 5 % en application de l'article L. 2242-8 du code du travail ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire en l'absence de communication d'une copie du rapport établi par l'inspectrice du travail le 6 avril 2021 ;
- l'inspecteur du travail a méconnu son obligation d'information et de conseil prévue à l'article R. 8124-20 du code du travail ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail ne peut être prononcée qu'en l'absence de conclusion d'un accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où l'accord collectif du 4 décembre 2021 est conforme à l'article R. 2242-2 du code du travail ;
- s'agissant du domaine de la rémunération, la décision du 21 avril 2021 est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne pouvait pas être reproché à l'accord de poursuivre un objectif de " réduction " des écarts de rémunération et non de " suppression " dans la mesure où l'article R. 2242-2 du code du travail vise bien des " objectifs de progression " ;
- la décision du ministre du travail du 19 septembre 2022 est également entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'accord prévoit une " action " tenant à la mise en œuvre de mesures de compensation salariale ;
- elle justifie de sa bonne foi.
Une mise en demeure a été adressée le 27 octobre 2021 au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête n° 2223289.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la violation du principe contradictoire en l'absence de communication du rapport établi par l'inspectrice du travail le 6 avril 2021, en méconnaissance de l'obligation prévue aux articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, est inopérant dès lors qu'il existe une procédure contradictoire spécifique régie par le code du travail ;
- en tout état de cause, le principe du contradictoire a été respecté ;
- le moyen tiré du manquement de l'inspecteur du travail à ses obligations de conseil est inopérant ;
- au surplus, l'inspectrice du travail doit être regardée comme ayant bien assuré son rôle de conseil en mettant en demeure la société de régulariser sa situation ;
- les autres moyens soulevés par la société Nordic Pharma ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 mai 2023 à 12 heures.
Les parties ont été informées, par lettre du 26 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 21 avril 2021 dans la mesure où la décision du ministre du travail du 19 septembre 2022, qui a réduit le montant de la pénalité prononcée à l'encontre de la société avant que celle-ci n'ait reçu un début d'exécution, s'est substituée à cette première décision (cf. par analogie Conseil d'Etat, 12 avril 2021, n° 435774, 441958).
Par une lettre, enregistrée le 27 février 2024, la société Nordic Pharma a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2223289 le 9 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 19 mai 2023, la société Nordic Pharma, représentée par Me Poncet (cabinet Chassany Watrelot et Associés), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion lui a appliqué une pénalité financière au taux de 0, 3 % en application de l'article L. 2242-8 du code du travail ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire en l'absence de communication d'une copie du rapport établi par l'inspectrice du travail le 6 avril 2021 ;
- l'inspecteur du travail a méconnu son obligation d'information et de conseil prévue à l'article R. 8124-20 du code du travail ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail ne peut être prononcée qu'en l'absence de conclusion d'un accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où l'accord collectif du 4 décembre 2021 est conforme à l'article R. 2242-2 du code du travail puisque, s'agissant du domaine de la rémunération, il prévoit une " action " tenant à la mise en œuvre de mesures de compensation salariale ;
- le taux de la pénalité financière de 0, 3 % est disproportionné compte tenu de sa bonne foi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la violation du principe contradictoire en l'absence de communication du rapport établi par l'inspectrice du travail le 6 avril 2021, en violation de l'obligation prévue aux articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, est inopérant dès lors qu'il existe une procédure contradictoire spécifique régie par le code du travail ;
- en tout état de cause, le principe du contradictoire a été respecté ;
- le moyen tiré du manquement de l'inspectrice du travail à ses obligations de conseil est inopérant ;
- au surplus, l'inspectrice du travail doit être regardée comme ayant bien assuré son rôle de conseil en mettant en demeure la société de régulariser sa situation ;
- les autres moyens soulevés par la société Nordic Pharma ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 juin 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- et les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une lettre du 3 février 2020, la société Nordic Pharma, qui exerce une activité de laboratoire pharmaceutique et employait alors 85 salariés, a été mise en demeure par l'inspectrice du travail d'engager, dans le délai de six mois, une négociation annuelle portant sur les objectifs d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans l'entreprise et sur les mesures permettant de les atteindre, et en l'absence de conclusion de l'accord, d'établir un plan d'action destiné à assurer l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Un accord relatif à l'égalité professionnelle et la qualité de vie au travail a été conclu le 30 juin 2020 entre la société et les organisations syndicales représentatives. Le 2 septembre 2020, l'inspectrice du travail, estimant que cet accord ne répondait pas aux exigences énoncées par le code du travail, a adressé une mise en demeure à la société Nordic Pharma de reprendre la négociation en vue de le modifier, dans un nouveau délai de six mois. Un accord modifié a été conclu le 4 décembre 2020 et déposé le 28 janvier 2021. Par une lettre du 8 février 2021, l'inspectrice du travail a informé la société Nordic Pharma qu'à défaut de régulariser les éléments de non-conformité de l'accord modifié, elle était susceptible de se voir appliquer la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail.
2. Par une décision du 21 avril 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a appliqué la pénalité prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail au taux de 0, 5 % à la société Nordic Pharma, jusqu'à réception d'un accord collectif conforme à la loi. La société Nordic Pharma a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 5 juillet 2021. Par une décision du 19 septembre 2022, le ministre du travail a réformé la décision du 21 avril 2021 en abaissant le taux de pénalité à 0, 3 %. Par la requête n° 2114322, la société Nordic Pharma demande l'annulation de la décision du directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France du 21 avril 2021. Par la requête n° 2223289, la société demande l'annulation de la décision du ministre du travail du 19 septembre 2022 réformant la décision du 21 avril 2021.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 2114322 et n° 2223289 présentées pour la société Nordic Pharma présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 21 avril 2021 :
4. Il est constant que la décision prise par le ministre du travail le 19 septembre 2022 a réformé la sanction prise le 21 avril 2021 à l'encontre de la société Nordic Pharma par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France, alors que cette sanction n'avait pas encore reçu un début d'exécution. Par suite, la décision du ministre, qui a réduit le montant de la pénalité prononcée à l'encontre de la société, s'est substituée à la première décision. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 avril 2021 sont ainsi devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le cadre juridique :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 2242-1 du code du travail : " Dans les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d'organisations représentatives, l'employeur engage au moins une fois tous les quatre ans : / () 2° Une négociation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, portant notamment sur les mesures visant à supprimer les écarts de rémunération, et la qualité de vie et des conditions de travail. " Aux termes de l'article L. 2242-3 de ce code : " En l'absence d'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1, l'employeur établit un plan d'action annuel destiné à assurer l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. () ". Aux termes de l'article
R. 2242-2 de ce code : " L'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut, le plan d'action prévu à l'article L. 2242-3 fixe les objectifs de progression et les actions permettant de les atteindre portant sur au moins trois des domaines d'action mentionnés au 2° de l'article L. 2312-36 pour les entreprises de moins de 300 salariés et sur au moins quatre de ces domaines pour les entreprises de 300 salariés et plus. Ces domaines d'actions sont les suivants : embauche, formation, promotion professionnelle, qualification, classification, conditions de travail, sécurité et santé au travail, rémunération effective et articulation entre l'activité professionnelle et la vie personnelle et familiale. Les objectifs et les actions sont accompagnés d'indicateurs chiffrés. La rémunération effective est obligatoirement comprise dans les domaines d'action retenus par l'accord collectif ou, à défaut, le plan d'action mentionnés au premier alinéa. Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, les objectifs de progression, les actions et les indicateurs chiffrés fixés dans ce domaine tiennent compte des indicateurs mentionnés à l'article L. 1142-8, ainsi, le cas échéant, que des mesures de correction définies dans les conditions prévues à l'article L. 1142-9 ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 2242-8 du même code : " Les entreprises d'au moins cinquante salariés sont soumises à une pénalité à la charge de l'employeur en l'absence d'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut d'accord, par un plan d'action mentionné à l'article L. 2242-3. () Le montant de la pénalité prévue au premier alinéa du présent article est fixé au maximum à 1 % des rémunérations et gains au sens du premier alinéa de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale et du premier alinéa de l'article L. 741-10 du code rural et de la pêche maritime versés aux travailleurs salariés ou assimilés au cours des périodes au titre desquelles l'entreprise ne respecte pas l'une des obligations mentionnées aux premier et deuxième alinéas du présent article. Le montant est fixé par l'autorité administrative, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, en fonction des efforts constatés dans l'entreprise en matière d'égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes ainsi que des motifs de sa défaillance quant au respect des obligations fixées aux mêmes premier et deuxième alinéa. Le produit de cette pénalité est affecté au fonds mentionné à l'article L. 135-1 du code de la sécurité sociale ".
7. Enfin, selon l'article R. 2242-3 de ce même code : " L'agent de contrôle de l'inspection du travail, mentionné à l'article L. 8112-1, met en demeure l'employeur de remédier à la situation dans un délai d'exécution fixé en fonction de la nature du manquement et de la situation relevée dans l'entreprise et qui ne peut être inférieur à un mois, lorsqu'il constate : 1° Soit que l'entreprise n'est pas couverte par l'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut, par le plan d'action prévu à l'article L. 2242-3 ; () ". En application de l'article R. 2242-4 de ce code : " Dans le délai prévu à l'article R. 2242-3, l'employeur lui communique, par tout moyen permettant de donner date certaine à leur réception, les éléments apportant la preuve qu'il respecte bien la ou les obligations mentionnées dans la mise en demeure. Ces éléments sont : 1° Soit l'accord conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut, le plan d'action prévu à l'article L. 2242-3, mis en place ou modifié ; () S'il n'est pas en mesure de communiquer ces éléments, il justifie des motifs de la défaillance de l'entreprise au regard de de ces obligations. A sa demande, il peut être entendu ". Aux termes de l'article R. 2242-5 du même code : " A l'issue du délai prévu à l'article R. 2242-3, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide s'il y a lieu d'appliquer la pénalité mentionnée au premier alinéa de l'article L. 2242-8 et en fixe le taux ". En vertu de l'article R. 2242-6, il est tenu compte, pour fixer le taux de la pénalité, des motifs de défaillance dont l'employeur a justifié, des mesures prises par l'entreprise en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et de la bonne foi de l'employeur.
Sur la régularité de la sanction prononcée le 19 septembre 2022 :
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A B, directeur général du travail désigné par un décret du 7 octobre 2020 régulièrement publié, bénéficiait d'une délégation de signature du ministre du travail, en vertu du 1° de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, pour signer la décision attaquée.
9. En deuxième lieu, il est constant que la procédure préalable à l'intervention de la sanction prise par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France rappelée au point 7 du présent jugement a été mise en œuvre. La société Nordic Pharma soutient néanmoins que la procédure contradictoire a été méconnue faute pour l'administration de lui avoir transmis le rapport établi par l'inspectrice du travail le 6 avril 2021 demandant l'application de la pénalité financière, qui est visé dans la décision du 21 avril 2021, et dont elle a sollicité la communication d'une copie par une lettre du 2 juillet 2021.
10. Toutefois, d'une part, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe que le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités devrait transmettre spontanément à l'employeur le rapport établi par les services de l'inspection du travail, lequel constitue une simple proposition de sanction. D'autre part, et en tout état de cause, la circonstance que le rapport établi par l'inspecteur du travail pour demander le prononcé de la pénalité financière ne soit pas transmis à la société concernée n'entache pas d'irrégularité la procédure suivie dès lors que cette dernière a été informée, par l'intermédiaire des mises en demeure qui lui ont été adressées en application des dispositions de l'article R. 2242-3 du code du travail rappelées au point 7 ci-dessus, des manquements relevés par l'inspectrice du travail susceptibles de justifier le prononcé de la pénalité prévue par l'article L. 2242-8 et les articles R. 2242-2 et suivants du code du travail. En l'espèce, la société Nordic Pharma a été précisément informée des manquements reprochés par l'inspectrice du travail par deux mises en demeure des 3 février 2020 et 1er septembre 2020 puis par deux lettres des 8 février 2021 et 19 février 2021 lui explicitant, à sa demande, l'ensemble des raisons pour lesquelles l'inspectrice du travail estimait que l'accord n'était pas conforme aux dispositions de l'article R. 2242-2 du code du travail. Au surplus, il est constant que la société Nordic Pharma a demandé la communication du rapport en cause postérieurement au prononcé de la sanction. Par suite, le refus implicite de communication du document est, en tout état de cause, dépourvu d'incidence sur la régularité de la sanction.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8124-20 du code du travail : " Les agents du système d'inspection du travail fournissent des informations et des conseils aux usagers sur le droit applicable, sur sa portée et sur les moyens d'assurer son respect. Ils répondent aux demandes d'information selon les formes et les moyens les plus adaptés à leur interlocuteur, dans un délai raisonnable compte tenu de la complexité de la question ".
12. La société Nordic Pharma soutient que l'inspectrice du travail a méconnu ces dispositions en ne lui indiquant pas les raisons pour lesquelles elle estimait que l'accord collectif modifié n'était pas conforme aux dispositions applicables. Toutefois, à supposer même que la société contrôlée selon la procédure rappelée au point 7 du présent jugement puisse utilement se prévaloir du devoir d'information prévue par les dispositions précitées, il résulte de l'instruction que l'inspectrice du travail a précisément exposé, à la demande de la société Nordic Pharma, les motifs de non-conformité de l'accord à l'occasion d'un échange de courriers des 8 février 2021 et 19 février 2021. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
Sur le bien-fondé de la sanction prononcée le 19 septembre 2022 :
13. En premier lieu, il est constant que la société Nordic Pharma a déposé le 10 juillet 2020 l'accord relatif à l'égalité professionnelle et à la qualité de vie au travail, soit avant l'expiration du délai de six mois qui lui était imparti par la première mise en demeure du 3 février 2020. Il résulte de l'instruction que cet accord porte sur les domaines d'actions de l'embauche, de la formation, de la qualification et de la classification, de la rémunération effective et de l'articulation entre la vie professionnelle et l'exercice de la responsabilité familiale. Pour chacun de ces domaines, l'accord présente la situation actuelle de l'entreprise, les objectifs chiffrés et les indicateurs de suivi. Il est en outre également constant que la société Nordic Pharma a repris la négociation puis déposé un accord modifié le 28 janvier 2021, soit de nouveau dans le délai de six mois qui lui a été imparti par la seconde mise en demeure du 1er septembre 2020. Cet accord modifié reprend les différents domaines précités et précise certaines actions retenues.
14. La société Nordic Pharma soutient ainsi que la pénalité prévue par les dispositions de l'article L. 2242-8 du code du travail ne pouvait pas lui être infligée dès lors qu'elle a bien conclu un accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, l'administration ne disposant pas du pouvoir de contrôler le contenu de l'accord. Toutefois, il résulte des dispositions citées aux points 5 à 7 du présent jugement que l'administration peut décider d'infliger la pénalité prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail lorsqu'il a été constaté, au cours de la procédure de contrôle prévue à l'article R. 2242-3 du code du travail, que l'employeur n'est pas couvert par un accord relatif à l'égalité professionnelle conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 de ce code, c'est-à-dire d'un accord qui contient les éléments précisément définis à l'article R. 2242-2. Il appartient ainsi à l'administration, dans le cadre du contrôle prévu à l'article R. 2242-3 du code du travail, de vérifier que les mesures prévues à l'article R. 2242-2 figure effectivement dans l'accord collectif. Par suite, le ministre du travail n'a pas commis d'erreur de droit en considérant que la société Nordic Pharma n'étant en réalité pas couverte par un accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, au sens des dispositions législatives et réglementaires rappelées au point 5 du présent jugement, dès lors que l'accord conclu n'était pas conforme à ces dispositions.
15. En deuxième lieu, la société Nordic Pharma soutient que le ministre du travail a commis une erreur d'appréciation en retenant que l'accord n'est pas conforme aux dispositions du code du travail faute de prévoir des actions permettant d'atteindre l'objectif fixé dans le domaine de la " rémunération effective ". Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 2242-2 du code du travail que, s'agissant du domaine d'action relatif à la " rémunération effective " qui devait nécessairement figurer dans l'accord, des objectifs de progression, des actions permettant de les atteindre et des indicateurs chiffrés devaient être précisés, compte tenu des indicateurs relatifs aux écarts de rémunération entre les femmes et les hommes publiés chaque année par l'entreprise et, le cas échéant, des mesures de correction mises en œuvre. Or l'article 6 de l'accord conclu le 4 décembre 2020 relatif au domaine de la " rémunération effective " fixe l'objectif de " réduire les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes de 15 % par an afin que l'indicateur d'écart de rémunération soit inférieur à 4 % dans les trois ans " et précise les indicateurs de suivi à ce titre, sans toutefois indiquer les actions permettant d'atteindre cet objectif. Si la société requérante soutient qu'il a été prévu des " mesures de compensation salariale ", de telles mesures ne figurent pas dans l'accord litigieux. Par suite, le ministre du travail pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, décider d'infliger à la société Nordic Pharma la pénalité prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail.
16. En dernier lieu, si la société Nordic Pharma se prévaut de sa bonne foi pour contester le taux de la pénalité prononcée par la décision du 19 septembre 2022, il ne résulte pas de l'instruction que le taux réformé de 0, 3 %, qui tient compte du respect par la société des délais qui lui étaient impartis pour engager les négociations pour la conclusion de l'accord ainsi que du seul motif de non-conformité de l'accord finalement retenu, serait disproportionné.
17. Il résulte de ce qui précède que la société Nordic Pharma n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 septembre 2022 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion lui a appliqué la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société Nordic Pharma dirigées contre la décision du directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France du 21 avril 2021.
Article 2 : Le surplus de la requête n° 2114322 est rejeté.
Article 3 : La requête n° 2223289 est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Nordic Pharma et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
E. ARMOËT
La présidente,
M. SALZMANNLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2114322, 2223289
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026