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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114355

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114355

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114355
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantBOUHART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2021 et 19 juillet 2021, la société Al Hiba, représentée par Me Bouhart, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire d'un montant de 2 309 euros, ensemble la décision du 5 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant des amendes et de lui accorder des délais de paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les articles L. 8251-1 et L. 8253-1 du code du travail ;

- elles méconnaissent l'article R. 8253-2 du code du travail dès lors que la contribution spéciale aurait dû être réduite à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la réduction du montant des amendes compte tenu de sa situation financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Al Hiba ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 novembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 octobre 2020, un contrôle de police a été effectué au sein du restaurant exploité par la société Al Hiba. A l'occasion de ce contrôle, les services de police ont notamment constaté l'emploi par la société d'un travailleur démuni d'un titre l'autorisant à travailler en France. Par une décision du 15 février 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) a mis à la charge de la société une contribution spéciale d'un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un montant de 2 309 euros. La société Al Hiba a formé un recours gracieux contre cette décision le 13 avril 2021. Ce recours a été rejeté par une décision du 5 mai 2021. Par la présente requête, la société Al Hiba demande l'annulation des décisions des 15 février 2021 et 5 mai 2021 et, à titre subsidiaire, la réformation du montant des sanctions prononcées à son encontre.

Sur le cadre juridique :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises à l'article L. 822-2 du même code depuis le 1er mai 2021 : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

4. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de ces dispositions, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions précitées, ou en décharger l'employeur.

Sur le bien-fondé des sanctions :

5. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B A, cheffe du service juridique et contentieux, qui bénéficiait d'une délégation de signature du

19 décembre 2019 régulièrement publiée. Par suite, la société Al Hiba n'est pas fondée à soutenir que la décision du 15 février 2021 a été signée par une autorité incompétente. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 5 mai 2021 doit également, en tout état de cause, être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision du 15 février 2021 se réfère aux textes dont elle fait application ainsi qu'au procès-verbal dressé à l'issue du contrôle du 14 octobre 2020 constatant notamment l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 précité du code du travail. Elle précise, en annexe, l'identité du salarié démuni de titre autorisant le travail ainsi que le mode de calcul de la sanction dont il se déduit l'absence de minoration du montant. Cette motivation est suffisante pour permettre à l'intéressée de comprendre les griefs formulés à son encontre et le calcul du montant de l'amende qui lui est infligée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 15 février 2021 doit être écarté. En outre, la décision du 5 mai 2021 rejetant le recours gracieux formé par la société requérante, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est également, en tout état de cause, suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite du contrôle effectué par les services de police le 14 octobre 2020, il a été constaté que la société Al Hiba employait, sans contrat de travail ni déclaration préalable à l'URSSAF, un travailleur étranger démuni de tout titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Si la société Al Hiba soutient que l'OFII a méconnu les dispositions des articles L. 8251-1 et L. 8253-1 du code du travail, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 () ".

9. La société Al Hiba conteste le montant de la contribution spéciale mise à sa charge dont elle soutient que le taux aurait dû être réduit en l'absence de cumul d'infractions. Toutefois, il résulte des pièces versées au dossier qu'outre l'infraction de travail illégal par l'emploi sans titre de travail d'un salarié, l'infraction de travail dissimulé a également été retenue à l'encontre de la société Al Hiba. En outre, il est constant que la société requérante ne s'est pas acquittée des salaires et indemnités dus en application du 2° de l'article R. 8253-2 du code du travail précité. Par suite, l'OFII a pu légalement fixer le montant de la contribution spéciale à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 du code du travail.

10. En dernier lieu, d'une part, les dispositions de l'article R. 8253-2 du code du travail n'autorise ni l'administration ni, par suite, le juge, fût-il de plein contentieux, à moduler le montant de l'amende qu'elles déterminent. D'autre part, les difficultés financières alléguées de la société requérante et de l'un de ses co-gérants, qui ne sont pas suffisamment étayées, ne suffisent pas à justifier, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés et de l'exigence de répression effective des infractions, que les circonstances propres à l'espèce seraient d'une particularité telle qu'elles nécessiteraient qu'elle soit, à titre exceptionnel, dispensée de la contribution spéciale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions des 15 février 2021 et 5 mai 2021 ainsi que les conclusions aux fins de réformation des sanctions et la demande d'octroi d'un délai de paiement, laquelle relève, en tout état de cause, du recouvrement de la contribution ordonnancée par l'OFII et non du contentieux de la légalité de la sanction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Al Hiba demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Al Hiba est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Al Hiba et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANNLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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