jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114380 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SALON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2021, la société Marciano, représentée par Me Salon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2018 par laquelle le directeur du projet EOLE-Nexteo a rejeté sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner SNCF Réseau à lui verser une indemnité, sauf à parfaire, de 257 320 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 mars 2020 avec capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de SNCF Réseau une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du maître d'ouvrage est engagée sans faute sur le terrain de la rupture d'égalité devant les charges publiques dès lors que le dommage causé par la réalisation des travaux en litige présente un caractère anormal et spécial ;
- les travaux réalisés dans le cadre du projet Eole ont eu un impact sur les conditions d'accès à ses magasins et a eu pour conséquence de réduire la fréquentation de la galerie commerciale dans laquelle elle exploite ses enseignes Marciano et Harvard et lui a causé une perte de chiffre d'affaires ;
- son préjudice s'élève à 257 320 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, la société SNCF Réseau, représentée par le cabinet UGGC avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Marciano au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- SNCF Réseau est seul maître d'ouvrage des travaux concernant la réalisation des travaux Eole dans le secteur de la porte Maillot ;
- les moyens soulevés par la société Marciano ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 février 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Salon, représentant la société Marciano et du cabinet UGGC avocat représentant la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. La société Marciano exploite deux magasins de vêtements sous les enseignes " Marciano " et " Harvard " au rez-de-chaussée de la galerie commerciale du Palais des congrès " Les boutiques du Palais " située Porte Maillot. Le 13 mars 2020, elle a sollicité auprès de la commission d'indemnisation amiable, mise en place par la société SNCF Réseau, l'indemnisation des préjudices commerciaux qu'elle estime avoir subis. Par courrier du 4 mai 2020, la société SNCF Réseau a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société Marciano demande au tribunal de condamner la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 257 320 euros au titre des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 novembre 2018 :
2. La décision de la SNCF Réseau du 4 mai 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la société Marciano qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les moyens tirés des vices propres de la décision litigieuse sont inopérants.
Sur la responsabilité :
3. La responsabilité du maître de l'ouvrage est engagée, même sans faute, à raison des dommages que l'ouvrage public dont il a la garde peut causer aux tiers. Il appartient toutefois au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère anormal et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.
4. Si les travaux de construction de la gare EOLE sur le rond-point de la porte Maillot ont pu occasionner une gêne pour l'activité commerciale des boutiques se situant au sein du Palais des congrès, en raison notamment des conditions rendues plus difficiles de la circulation automobile et piétonne, des nuisances sonores, et de la fermeture temporaire d'une des entrées du parking souterrain réduisant le nombre de places de stationnement disponibles, il résulte toutefois de l'instruction que l'accès à la galerie commerciale et par conséquent à ces boutiques, n'a pas été rendu impossible ou même excessivement difficile du fait de ces travaux. Ainsi, eu égard aux conditions dans lesquels les travaux ont été exécutés, la gêne qu'ils ont apportée à l'exploitation des magasins de la société requérante qui sont au demeurent restés ouverts, n'a pas excédé les sujétions que les riverains de la voie publique sont normalement tenus de supporter sans indemnité.
5. Il résulte de ce qui précède que le préjudice allégué ne présentant pas un caractère anormal, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de SNCF Réseau, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Marciano au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Marciano la somme demandée par SNCF Réseau au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Marciano est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de SNCF Réseau présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Marciano et à SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
J. Rebellato
Le président,
L. Gros
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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