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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114444

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114444

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114444
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juillet 2021, le 26 octobre 2021 et le 6 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Freichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la maire de Paris du 19 février 2020, modifié par l'arrêté du 15 janvier 2021, la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 23 septembre au 6 octobre 2019, ensemble la décision du 25 mai 2021 rejetant le recours gracieux formé contre ces arrêtés ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à partir du 14 octobre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en tant qu'elle n'a pas été édictée suivant les formalités imposées par l'article 37-5 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en tant que la commission de réforme n'a pas été saisie pour avis et que le médecin de prévention n'a pu, à cette occasion présenter de rapport écrit ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la Ville de Paris, qui a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 21 septembre 2019, était tenue de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service et ce y compris pour la période postérieure au 14 octobre 2019 ;

- en refusant de reconnaître que les arrêts de travail depuis le 14 octobre 2019 sont imputables au service, la Ville de Paris a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fouassier,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante spécialisée des bibliothèques et des musées de la Ville de Paris, a été placée en congé de maladie du 23 septembre au 7 octobre 2019. Après avoir repris le service le 11 octobre 2019, elle a de nouveau été placée en congé de maladie à compter du 14 octobre 2019. Le 20 novembre 2019, elle a déclaré la survenance d'un accident de service lors de son entretien professionnel du 21 septembre 2019. Par un arrêté du 19 février 2020, la Ville de Paris a reconnu l'imputabilité au service de l'accident en cause et placé Mme A en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 23 septembre au 7 octobre 2019. Par un second arrêté du 15 janvier 2021, la date de fin du congé a été ramenée au 6 octobre 2019. Par un courrier en date du 9 février 2021, Mme A a formé un recours gracieux contre ces deux arrêtés, en tant qu'ils ne l'ont pas également placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période postérieure au 14 octobre 2019, qui a été rejeté par la Ville de Paris le 25 mai 2021. Si Mme A demande, dans sa requête, l'annulation des arrêtés des 19 février 2020 et 15 janvier 2021, il ressort de ses écritures qu'elle n'entend remettre en cause ni la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 21 septembre 2019, ni son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 23 septembre au 6 octobre 2019. Elle doit ainsi être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite, révélée par ces arrêtés, refusant de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période postérieure au 14 octobre 2019.

2. En premier lieu, dès lors qu'une décision implicite de rejet est réputée avoir été prise par l'autorité compétente pour se prononcer sur la demande dont elle a été saisie, le moyen soulevé par Mme A et tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision implicite, faute d'identification de son auteur et d'élément établissant qu'il disposait d'une délégation de signature régulière, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-5 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité territoriale dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 ; [] Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité territoriale n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée d'incapacité de travail indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 ou au dernier alinéa de l'article 37-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 37-9. "

4. La requérante soutient que l'instruction de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident a excédé le délai d'un mois prévu par l'article 37-5 du décret précité. Toutefois, la méconnaissance par l'administration de ce délai, qui n'est pas prescrit à peine de dessaisissement, a pour seul effet de l'obliger à placer à titre provisoire l'agent concerné en congé pour invalidité temporaire imputable au service. Cette méconnaissance est donc sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle l'administration refuse de qualifier un congé d'imputable au service.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service [] / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite [] / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Aux termes de l'article 37-9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail [] ". Aux termes de l'article 37-6 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service ; 2° Lorsqu'un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l'accident de trajet du service ; 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies. ".

6. Il résulte des dispositions précitées que l'accident subi par le fonctionnaire lors de l'exercice de ses fonctions est présumé imputable au service. Lorsque l'administration entend opposer une faute personnelle ou une circonstance particulière de nature à détacher l'accident du service, il lui appartient de saisir pour avis la commission de réforme. Tel n'est pas le cas de la décision implicite attaquée, qui ne remet pas en cause l'imputabilité au service de l'accident initial, et n'est, dès lors, pas au nombre des décisions devant donner lieu à consultation de la commission de réforme en application de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure résultant de l'absence de consultation de la commission de réforme et de transmission à cette commission d'un rapport du médecin de prévention doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / [] ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il résulte de ces dispositions que la décision de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un congé n'est pas illégale du seul fait qu'elle est dépourvue de motivation. Par suite, si l'agent n'a pas demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision de l'administration dont il relève, il n'est pas fondé à soutenir que celle-ci aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à elle.

8. Il n'est pas démontré, ni même soutenu que Mme A aurait explicitement demandé à la Ville de Paris qu'elle lui communique les motifs de la décision attaquée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'est pas motivée est inopérant et ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service [] / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite [] ". Aux termes de l'article 37-9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail [] ".

10. Il résulte des dispositions précitées que l'administration est tenue, lorsqu'elle reconnaît l'imputabilité au service d'un accident subi par un agent, de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail consécutif. La circonstance que l'agent ait pu reprendre temporairement le service ne le prive pas du droit d'être placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service si le nouvel arrêt de travail résulte d'une incapacité trouvant également son origine dans l'accident reconnu imputable au service.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 23 septembre au 6 octobre 2019. La requérante allègue que le congé ayant débuté au 14 octobre 2019 trouve sa cause dans une " rechute " de sa pathologie consécutive à l'accident de service du 21 septembre 2019. Toutefois, elle se borne à produire, pour en justifier, un formulaire administratif Cerfa d'accident de travail et maladie professionnelle rempli par un médecin le 14 octobre 2019 portant la mention " troubles anxieux, syndrome dépressif ", sans assortir ce document d'un certificat médical circonstancié, ni d'aucun autre document médical. Ce seul document ne peut suffire à établir que la pathologie pour laquelle la requérante a été placée par son médecin en arrêt de travail à compter du 14 octobre 2019 trouverait son origine dans l'accident de service du 21 septembre 2019. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la Ville de Paris était également tenue de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 14 octobre 2019, ni qu'en refusant de reconnaître ces arrêts de travail à compter du 14 octobre 2019 comme imputables au service, la Ville de Paris aurait commis une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le président rapporteur,

C. FOUASSIER

L'assesseur le plus ancien,

Y. COZLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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