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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114799

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114799

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114799
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LE SERGENT (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le

9 juillet 2021 et le 11 avril 2022, M. A B, représenté par Me Le Sergent, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2006 à 2014 et des amendes qui lui ont été infligées au titre des années 2011 à 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a refusé de lui communiquer les documents obtenus dans le cadre de l'exercice de son droit de communication lui ayant permis d'établir les impositions litigieuses ;

- la preuve de la détention par lui de comptes ouverts à l'étranger n'est pas rapportée par le seul rapprochement entre le nom de la société titulaire et les prénoms de ses deux premiers enfants, alors que deux autres personnes, à savoir, sa sœur et son frère, apparaissent comme liées à ces comptes et alors qu'il produit une attestation de ce dernier selon laquelle les avoirs de ces comptes lui appartiennent et que la réponse des Iles Vierges Britanniques du 8 août 2017 invoquée par l'administration ne le mentionne pas comme membre de la société au nom de laquelle les comptes en cause sont ouverts ;

- l'administration ne saurait prétendre qu'il détient les comptes en cause dès lors que lui-même et son épouse ont bénéficié d'un jugement de relaxe du tribunal judiciaire de Pontoise du 22 septembre 2021, comme il résulte de la jurisprudence et de la doctrine administrative BOI-CTX-DG-20-30-40 n°20 du 12 septembre 2012 ;

- l'administration ne prouve pas que les comptes en cause auraient été crédités des intérêts faisant l'objet de l'imposition litigieuse, comme elle le reconnaît elle-même dans le cadre du dégrèvement qu'elle prononce.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février et 27 avril 2022, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales prononce, par décision du

17 février 2022, le dégrèvement des amendes fiscales au titre des années 2011 à 2015 pour un montant total de 22 500 euros et conclut au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ; sur la régularité de la procédure, que l'article L.76 B du livre des procédures fiscales a été respecté, dès lors que l'administration a transmis au requérant, avant la mise en recouvrement, l'ensemble des documents qu'elle a obtenus dans le cadre de l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire ; sur le bien-fondé de l'imposition, que la réponse du 8 août 2017 des Iles Vierges Britanniques à sa demande d'assistance administrative désigne le requérant comme bénéficiaire de la société au nom de laquelle les comptes en cause sont ouverts, notion qui n'implique pas la qualité d'associé, et l'enquête judiciaire a permis d'établir un lien étroit entre lui et les avoirs en cause compte tenu de la proximité entre les prénoms de ses deux premiers enfants et la dénomination de la société au nom de laquelle les comptes sont ouverts et alors que le requérant avait évoqué, dans le cadre d'un autre projet, la création d'une société sous la même dénomination ; qu'il est improbable que, comme avancé par le requérant, son frère ait ouvert les comptes en question parce qu'il n'aurait pu le faire en son nom en raison de sa qualité de résident du Maroc, dès lors que ce dernier était titulaire d'un autre compte sous son nom ; que le requérant ayant fait l'objet d'une taxation d'office sur le fondement des articles L.16 et L.69 du livre des procédures fiscales, il lui incombe de rapporter la preuve de l'exagération de la base d'imposition établie par application de l'article 151 du code général des impôts, ce qu'il ne fait pas ; que la décision de relaxe invoquée reposant sur un défaut d'éléments probants, elle ne fait pas obstacle à l'imposition litigieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Au terme du contrôle sur pièces de ses déclarations de revenus et en application des dispositions des articles L.16 et L.69 du livre des procédures fiscales, le requérant s'est vu notifier, selon la procédure de taxation d'office prévue par ces dernières dispositions, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, en droits et pénalités, au titre des années 2006 à 2014 et des amendes fiscales sur le fondement des dispositions de l'article 1649 A du code général des impôts en raison du défaut de déclaration d'un compte bancaire ouvert, utilisé ou clos à l'étranger au titre des années 2011 à 2015. Par la présente requête, il demande au tribunal d'en prononcer la décharge.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 17 février 2022, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement des amendes fiscales au titre des années 2011 à 2015 d'un montant de 22 500 euros pour méconnaissance des dispositions de l'article 1649 A du code général des impôts. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de cette somme.

Sur les conclusions en décharge d'imposition :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L.76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L 57 ou de la notification prévue à l'article L 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Si le requérant soutient que l'administration aurait refusé de lui communiquer des documents lui ayant permis d'établir les impositions litigieuses, il ne conteste pas toutefois que l'administration lui a transmis, avant la mise en recouvrement, l'ensemble des documents qu'elle a obtenus dans le cadre de l'exercice, le 22 juin 2016, de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire. Il résulte de l'instruction, particulièrement de la proposition de rectification du 16 décembre 2016, que celle-ci a fondé les impositions litigieuses exclusivement sur ces documents, en particulier sur les procès-verbaux d'audition du contribuable les 6 janvier 2014 et 14 janvier 2015. Elle n'était donc pas tenue de communiquer au contribuable les fichiers dérobés à un établissement bancaire situé en Suisse relatifs aux clients de ce dernier dont elle avait eu connaissance à la suite de leur transmission par l'autorité judiciaire au terme d'une perquisition menée par celle-ci au domicile d'un ancien salarié de cet établissement en janvier 2009. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition litigieuse :

4. Il résulte de l'instruction que l'administration a établi l'imposition litigieuse sur le fondement de l'article 151 du code général des impôts, aux termes duquel : " Pour l'application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, l'impôt sur les revenus des avoirs à l'étranger est établi sur le produit du montant de ces avoirs par la moyenne annuelle des taux de rendement brut à l'émission des obligations des sociétés privées ".

5. Le requérant soutient, en premier lieu, que l'administration n'établit pas qu'il est le détenteur des comptes bancaires ouverts à l'étranger dont elle a imposé les revenus des avoirs en application de ces dispositions. Il résulte toutefois de l'instruction qu'en date du 3 août 2017, en réponse à la demande d'assistance administrative internationale formée par l'administration, les autorités fiscales des Iles Vierges Britanniques, pays où la société titulaire des comptes bancaires litigieux est immatriculée, ont indiqué que le requérant est le bénéficiaire effectif de cette société. La circonstance qu'il ne compte pas parmi les associés de cette dernière est à cet égard sans incidence. L'administration invoque encore la circonstance, non contestée par le requérant, que ce dernier avait, à l'occasion de deux auditions par les services de police en 2006 et 2007, évoqué son projet de création d'une société sous la même dénomination que celle au nom de laquelle les comptes bancaires en cause ont été ouverts. Dans ces conditions, et dès lors que l'affirmation du requérant selon laquelle c'est son frère qui serait le véritable titulaire des comptes bancaires en cause n'est pas suffisamment établie par la seule attestation de ce dernier en ce sens, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve que le requérant est le détenteur des comptes bancaires ouverts à l'étranger dont elle a imposé les revenus des avoirs. Enfin, la circonstance que le requérant ait été relaxé par jugement du 22 septembre 2021 du tribunal judiciaire de Pontoise est, compte tenu de son motif selon lequel " l'infraction de fraude fiscale n'est nullement établie eu égard au montant modique de redressement effectué par l'administration fiscale ", ce " qui conduit à écarter l'élément intentionnel ", sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition litigieuse, y compris au regard de la doctrine administrative

BOI-CTX-DG-20-30-40 n°20 du 12 septembre 2012 invoquée.

6. Si le requérant soutient, en second lieu, que la méthode de reconstitution des intérêts assujettis à l'impôt utilisée par l'administration est viciée, l'administration ne prouvant pas que les comptes en cause auraient été crédités des intérêts faisant l'objet de l'imposition litigieuse et le solde de ces comptes ayant varié dans le temps, il ne rapporte pas la preuve de ce que ces impositions ne seraient pas justifiées au regard des dispositions de l'article 151 du code général des impôts, ainsi qu'il lui incombe en application de l'article L.193 du livre des procédures fiscales. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge des impositions litigieuses doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A B tendant à la décharge des amendes fiscales appliquées au titre des années 2011 à 2015 pour un montant de 22 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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