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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114804

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114804

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114804
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n°2114804 enregistrée le 9 juillet 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés les 14 avril 2022, 28 avril, 30 mai et 29 juin 2023,

M. et Mme A, représentés par Me Pernoud, demandent au tribunal de :

-prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dans la catégorie des plus-values immobilières réalisées par les particuliers et de la taxe sur les plus-values élevées assorties des intérêts de retard et majorations mises à leur charge au titre de 2016 ;

-mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-l'administration a méconnu les droits de la défense dès lors qu'ils n'avaient pas la disposition des factures qui leur auraient permis de présenter utilement leurs observations à la proposition de rectification, alors que ces factures avaient été saisies dans le cadre d'une procédure judiciaire et qu'ils ont demandé en vain leur restitution auprès de l'autorité judiciaire ;

-l'administration a méconnu les dispositions de l'article L.57 du livre des procédures fiscales en ne leur notifiant pas la réponse aux observations du contribuable, qu'elle a envoyée à une adresse erronée et qu'ils n'ont pas reçue ;

-l'administration a méconnu les dispositions de l'article L.76 B du même livre en ne répondant pas à leur demande de communication, dès lors qu'ils n'ont pas reçu la réponse aux observations du contribuable dans laquelle elle y a procédé ;

-subsidiairement, le montant de la plus-value sur laquelle ils ont été imposés est excessif, car il convient d'admettre en déduction des dépenses dont ils justifient par des factures.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2022, 26 avril, 16 mai et 19 juin 2023, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions sont pour partie irrecevables faute d'avoir fait l'objet d'une réclamation préalable et que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

30 juin 2023.

II. Par une requête n°2117786 enregistré le 20 août 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 avril 2022 M. et Mme A, représentés par Me Pernoud, demandent au tribunal de :

-prononcer la décharge de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2016 assortie des intérêts de retard et majorations ;

-mettre à la charge de l'Etat 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-la décharge demandée découle de celle demandée dans l'instance n°2114804, dès lors que les rappels en matière de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus sont la conséquence directe de ceux en matière d'impôt sur les plus-values immobilières au titre de 2016 ;

-l'application de la majoration de 40% pour manquement délibéré n'est pas justifiée, un tel manquement n'étant pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales conclut au rejet de la requête et subsidiairement, à ce que la majoration de 10% prévue à l'article 1758 A du code général des impôts soit substituée à celle appliquée.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pernoud , représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2013 à 2015 et d'un contrôle sur pièces au titre des années 2009 à 2012 et de la déclaration de plus-value immobilière réalisée à l'occasion de la cession de leur maison sise à la Croix Valmer le 29 janvier 2016, au titre de laquelle ils avaient déposé une déclaration rectificative. Au terme de ces contrôles, l'administration leur a notifié, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dans la catégorie des plus-values immobilières réalisées par les particuliers et à la taxe sur les plus-values élevées au titre de 2016. M. et Mme A demandent au tribunal d'en prononcer la décharge par leur requête n°2114804. Par ailleurs, l'administration, tirant les conséquences du rehaussement de leur revenu fiscal de référence de l'année 2016 dans le cadre de ce redressement, leur a notifié une cotisation au titre de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2016, dont M. et Mme A demandent la décharge par leur requête n°2117786.

2. Les requêtes n° 2114804 et n° 2117786, présentées pour M. et Mme A concernent la situation des mêmes contribuables et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'impôt sur les plus-values immobilières et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

3. Il résulte de l'instruction que dans leur réclamation préalable en date du

6 septembre 2018, M. et Mme A ont demandé la décharge de l'ensemble des rectifications qui leur ont été notifiés par l'administration au terme du contrôle fiscal dont ils ont fait l'objet. La circonstance qu'ils n'y auraient pas mentionné certains chefs de redressements ou certains moyens, notamment d'irrégularité procédurale, est dépourvue d'incidence. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée par l'administration et tirée de l'absence de réclamation préalable concernant une partie des impositions en litige, en méconnaissance des dispositions prévues à l'article R.190-1 du livre des procédures fiscales, manque en fait et doit être écartée.

4. Aux termes de l'article L.57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ".

5. La proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable doivent être envoyées à l'adresse que le contribuable a donnée à l'administration. Celui-ci n'est toutefois pas privé des garanties que lui assure la procédure d'imposition au seul motif que le pli contenant l'acte de procédure a été envoyé à une autre adresse si ce pli lui est effectivement parvenu.

6. Il résulte de l'instruction qu'en l'espèce, la réponse aux observations du contribuable a été envoyée à une adresse n'étant pas celle du domicile des contribuables et connue comme telle par l'administration fiscale, 22 rue du belvédère à Mulhouse, mais à l'adresse professionnelle de M. A. Il en résulte que la procédure est irrégulière sans qu'y puisse faire obstacle la circonstance que ce courrier ait été réceptionné par un tiers dès lors que cette situation ne peut être assimilée à la réception du pli par une personne tierce, mais demeurant au domicile du destinataire du courrier. Au surplus, M. et Mme A font valoir que faute de disposer des factures relatives à des travaux réalisés dans leur maison de la Croix Valmer, dont les dépenses auraient dû être prises en compte pour minorer le montant de la plus-value de cession de cette dernière, ils n'ont pu présenter utilement leurs observations à la proposition de rectification. Il résulte en effet de l'instruction que les factures évoquées étaient contenues dans un " classeur rouge " qui avait été saisi par l'autorité judiciaire. Il est constant que c'est en vain que M. et Mme A ont effectué des démarches pour en obtenir communication auprès de cette autorité en mai 2016, ainsi qu'ils en justifient. L'administration ne saurait à cet égard utilement se prévaloir de ce qu'elle a diligenté un agent pour prendre connaissance de ces factures retenues par l'autorité judiciaire, cette circonstance n'étant pas de nature à permettre aux contribuables d'exercer les droits de la défense. Ces derniers ont par conséquent été méconnus. Il en résulte que la procédure est, à double titre, irrégulière et que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dans la catégorie des plus-values immobilières réalisées par les particuliers et de la taxe sur les plus-values élevées mises à leur charge au titre de 2016, assorties des intérêts de retard et majorations appliquées.

Sur la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2016 :

7. Aux termes de l'article 223 sexies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année en litige : " I.-1. Il est institué à la charge des contribuables passibles de l'impôt sur le revenu une contribution sur le revenu fiscal de référence du foyer fiscal, tel que défini au 1° du IV de l'article 1417 sans qu'il soit fait application des règles de quotient définies à l'article 163-0 A. La contribution est calculée en appliquant un taux de : -3 % à la fraction de revenu fiscal de référence supérieure à 250 000 € et inférieure ou égale à 500 000 € pour les contribuables célibataires, veufs, séparés ou divorcés et à la fraction de revenu fiscal de référence supérieure à 500 000 € et inférieure ou égale à 1 000 000 € pour les contribuables soumis à imposition commune ; -4 % à la fraction de revenu fiscal de référence supérieure à 500 000 € pour les contribuables célibataires, veufs, séparés ou divorcés et à la fraction de revenu fiscal de référence supérieure à 1 000 000 € pour les contribuables soumis à imposition commune () ".

8. L'irrégularité de la procédure de contrôle à l'égard d'un contribuable vicie les impositions qui sont établies dans le cadre du contrôle sur pièces de ce dernier au seul vu des constatations opérées au cours du premier contrôle. L'administration n'est donc pas fondée à opposer l'indépendance des procédures suivies en matière de plus-value immobilière et de taxe sur les plus-values élevées, d'une part, et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, de l'autre, alors qu'il résulte de l'instruction, et plus précisément, de la proposition de rectification en date du 9 mars 2017, qu'elle a notifié la rectification litigieuse en conséquence et au seul motif de l'augmentation du revenu fiscal de référence des contribuables résultant de la rectification à l'impôt sur les plus-values immobilières de cession notifié au terme d'une procédure irrégulière.

9. Il en résulte que M. et Mme A doivent être déchargés de la contribution litigieuse, assortie des intérêts de retard et de toute majoration, l'administration n'étant pas fondée à demander la substitution d'une majoration de 10% à celle de 40% appliquée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. et Mme A dans le cadre des présentes instances.

D E C I D E:

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dans la catégorie des plus-values immobilières et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus en droits, intérêts de retard et majorations au titre de l'année 2016.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme A une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2114804-2117786/1-1

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