mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114808 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BERGER, THIRY ET ASSOCIES - BTA (SELARL) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2114808 les 12 juillet 2021, 13 octobre 2022, 9 mars 2023 et 11 juin 2023, la société d'investissement à capital variable (SICAV) OPCI IREEF French Real Estate venant aux droits de la société civile immobilière IREEF-Haussmann Paris Propco, représentée par Me Thiry, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties restant en litige au titre de l'année 2019 à la suite de l'acceptation partielle de sa réclamation du 18 août 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'immeuble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann ne constituait plus un immeuble bâti au 1er janvier 2019, et qu'il était devenu impropre à sa destination et à toute utilisation réelle pendant la durée des travaux ;
- les travaux réalisés sur l'immeuble en litige doivent être regardés comme une opération de reconstruction concourant à la production d'un immeuble neuf, dans une logique de cohérence fiscale avec le droit civil, le droit de la construction et la législation relative à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- elle est fondée à se prévaloir de la doctrine BOI-IF-TFB-10-10-10 au titre de la garantie prévue par les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 mars 2022 et 9 mai 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2023.
Un mémoire, présenté par Me Thiry pour la société requérante, a été enregistré le 4 décembre 2023.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2114807 les 12 juillet 2021 et 4 décembre 2023, la SICAV OPCI IREEF French Real Estate venant aux droits de la société civile IREEF-Haussmann Paris Propco, représentée par Me Thiry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties restant en litige au titre de l'année 2020 à la suite de l'acceptation partielle de sa réclamation du 16 novembre 2020 ;
2°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- les dispositions du VI de l'article 1383 du code général des impôts, dans sa version issue de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020, sont contraires au principe d'égalité devant la loi et au principe d'égalité devant les charges publiques garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- dès lors que l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Hausmann a été achevé en 2019, il était éligible à l'exonération prévue par les dispositions de l'article 1383 du code général des impôts en tant que reconstruction concourant à la production d'une construction nouvelle ;
- la remise en cause de l'exonération prévue par ces dispositions dans la seule zone géographique de Paris constitue une atteinte à l'espérance légitime qu'elle avait de bénéficier de cette exonération.
Par un mémoire distinct, enregistré le 20 octobre 2022, la société requérante, représentée par Me Thiry, a demandé au tribunal de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions de l'article 1er de l'ordonnance n° 2018-75 du 8 février 2018, codifiées au VI de l'article 1383 du code général des impôts.
Elle soutient que ces dispositions méconnaissent le principe d'égalité devant la loi et le principe d'égalité devant les charges publiques garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a présenté des observations sur la question prioritaire de constitutionnalité soulevée.
Par une ordonnance du 9 novembre 2022, le tribunal de céans a jugé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la société requérante.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 mars et 27 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier du 8 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requérante tendant à la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2020, au motif que la société n'a pas visé cette imposition dans sa réclamation préalable adressée à l'administration, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales.
L'administration a présenté des observations en réponse à ce courrier, le 14 décembre 2023.
III. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2305118 les 9 mars et 3 décembre 2023, la SICAV OPCI IREEF French Real Estate venant aux droits de la société civile IREEF-Haussmann Paris Propco, représentée par Me Thiry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la réduction de 40 % de sa base imposable à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021 ;
2°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la mention, dans sa réclamation préalable adressée à l'administration, des adresses 25 à 29 boulevard des Capucines et 15 à 18 rue Daunou à Paris, constitue une erreur matérielle et n'est pas de nature à emporter l'irrecevabilité de sa requête en application des dispositions de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration a privé la requérante de son droit à réclamation en prenant une décision sans lui demander de régulariser l'erreur matérielle contenue dans sa réclamation préalable ;
- elle aurait dû bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions du II de l'article 1383 du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, au motif que la réclamation préalable de la société requérante visait la taxe foncière afférente à des biens situés au 25-29 boulevard des Capucines et 15-18 rue Daunou, et non la taxe foncière afférente à l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann, visée dans la requête de la société ;
- elle est également irrecevable, au motif que la requête est présentée par la SICAV OPCI IREEF French Real Estate venant aux droits de la société civile IREEF-Haussmann Paris Propco, alors que la redevable est la société civile immobilière 173 Haussmann, et que la société requérante ne dispose donc pas d'un mandat régulier ni d'une qualité pour contester l'imposition litigieuse ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 8 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requérante tendant à la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2021, au motif que la société n'a pas visé cette imposition dans sa réclamation préalable adressée à l'administration, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales.
L'administration a présenté des observations en réponse à ce courrier, le 12 décembre 2023.
La société requérante a présenté des observations en réponse à ce courrier, le 15 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Khansari,
- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société IREEF-Haussmann Paris Propco a pour objet social la location de terrains et d'autres biens immobiliers. Au titre des années 2019 à 2021, elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties à raison d'un ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann, à Paris. Par des réclamations des 18 août et 16 novembre 2020, la société IREEF-Haussmann Paris Propco a sollicité le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties qu'elle a acquittées au titre des années 2019 et 2020. Ses demandes ont fait l'objet de deux acceptations partielles intervenues le 26 mai 2021 s'agissant de l'année 2019 et le
12 mai 2021 s'agissant de l'année 2020. Par les requêtes enregistrées sous les numéros 2114808 et 2114807, la société requérante, venant aux droits de la société IREEF-Haussmann Paris Propco, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties restant en litige au titre des années 2019 et 2020 et la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de l'année 2020.
2. Par une réclamation du 4 janvier 2023, la société civile immobilière 173 Haussmann a demandé le dégrèvement de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties qu'elle a acquittée au titre de l'année 2021 pour les immeubles situés au 25-29 boulevard des Capucines et 15-18 rue Daunou. Cette réclamation a été rejetée le 16 janvier 2023, au motif que la société 173 Haussmann, qui n'est pas propriétaire de ces immeubles, n'est pas autorisée à agir au nom des propriétaires. La société requérante soutient que la mention de ces adresses dans la réclamation préalable constitue une erreur matérielle et que la demande visait l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann. Par la requête enregistrée sous le numéro 2305118, elle demande au tribunal de prononcer la réduction de 40 % de sa base imposable à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021 et la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de cette même année.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 2114808, 2114807 et 2305118 concernent la situation de la même société et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2020 :
4. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable n'est pas recevable à contester devant le tribunal administratif des impôts de nature ou d'année différente de ceux qu'il a contestés dans sa réclamation préalable.
5. Il résulte de l'instruction que la société requérante a limité sa réclamation préalable du 16 novembre 2020 aux cotisations de taxe foncière dues au titre de l'année 2020. Elle n'est donc pas recevable à demander au tribunal administratif de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle a acquittée au titre de cette même année.
Sur la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019 :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code " et aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".
7. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.
8. En premier lieu, la société requérante soutient qu'au 1er janvier 2019, l'ensemble immobilier du 173-175 boulevard Haussmann, encore à l'état de chantier, était inutilisable, non clos et non couvert, et qu'il ne pouvait donc pas être regardé comme une propriété bâtie au sens des dispositions précitées de l'article 1380 du code général des impôts. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des photographies prises en décembre 2018 produites par la société requérante à l'appui de sa requête, que les fondations, les murs porteurs, les planchers et la toiture de l'ensemble immobilier en litige étaient achevés à cette date. Ils étaient donc nécessairement achevés au 1er janvier 2019. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a regardé cet ensemble comme une propriété bâtie au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 1380 du code général des impôts.
9. En second lieu, le moyen tiré de la situation des locaux en cause au regard des règles applicables en droit civil, en droit de la construction et en matière de taxe sur la valeur ajoutée est, s'agissant de législations distinctes, sans influence sur les conditions d'assujettissement desdits locaux à la taxe foncière sur les propriétés bâties.
En ce qui concerne l'application de la doctrine administrative :
10. La société requérante ne saurait utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-10-10-10, qui ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
Sur la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 :
11. Aux termes de l'article 1383 du code général des impôts, dans sa version issue de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 : " I.-Les constructions nouvelles, reconstructions et additions de construction sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés bâties durant les deux années qui suivent celle de leur achèvement. () / IV.-Les exonérations prévues aux I et II sont supprimées, à compter de 1992, pour la part de taxe foncière sur les propriétés bâties perçues au profit des communes et de leurs groupements, en ce qu'elles concernent les immeubles autres que ceux à usage d'habitation. / V.-Les communes et groupements de communes à fiscalité propre peuvent, par délibération prise dans les conditions prévues à l'article 1639 A bis, supprimer, pour la part de taxe foncière sur les propriétés bâties qui leur revient, les exonérations prévues aux I et II, en ce qui concerne les immeubles à usage d'habitation achevés à compter du 1er janvier 1992. () / VI. La Ville de Paris peut, par une délibération prise dans les conditions prévues à l'article 1639 A bis, exonérer de taxe foncière sur les propriétés bâties à concurrence du taux appliqué au titre de 2018 au profit du département de Paris, les immeubles mentionnés au IV, pour la durée prévue au I et dans les conditions prévues au III ".
12. En premier lieu, la société requérante soutient que les dispositions du VI de l'article 1383 du code général des impôts, dans sa version issue de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020, sont contraires au principe d'égalité devant la loi et au principe d'égalité devant les charges publiques garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Toutefois, ce moyen, qui en met en cause la constitutionnalité de la loi, est inopérant devant le juge administratif en dehors d'une question prioritaire de constitutionnalité présentée dans un mémoire distinct. En l'espèce, si la société a introduit une telle demande par un mémoire distinct, enregistré le 20 octobre 2022, le tribunal de céans a refusé de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité soulevée, par une ordonnance du 9 novembre 2022.
13. En deuxième lieu, la société requérante soutient que dès lors que l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Hausmann a été achevé en 2019, il était éligible à l'exonération prévue par les dispositions de l'article 1383 du code général des impôts en tant que reconstruction. Toutefois, il résulte de l'instruction que la Ville de Paris n'a pas pris de délibération afin d'exonérer de taxe foncière sur les propriétés bâties les immeubles autres que ceux à usage d'habitation, à hauteur de la part départementale de cette taxe. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann était éligible à l'exonération prévue par ces dispositions.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ". Une personne ne peut prétendre au bénéfice de ces stipulations que si elle peut faire état de la propriété d'un bien qu'elles ont pour objet de protéger et à laquelle il aurait été porté atteinte. A défaut de créance certaine, l'espérance légitime d'obtenir une somme d'argent doit être regardée comme un bien au sens de ces stipulations.
15. La société requérante soutient que la remise en cause, par les dispositions précitées du VI de l'article 1383 du code général des impôts, de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties prévue par les dispositions du I du même article dans la seule zone géographique de Paris constitue une atteinte à l'espérance légitime qu'elle avait de bénéficier de cette exonération. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, les dispositions ont seulement ouvert à la Ville de Paris la faculté d'exonérer les immeubles autres que ceux à usage d'habitation de taxe foncière sur les propriétés bâties, à concurrence du taux appliqué au titre de l'année 2018 au profit du département de Paris. Elles n'ont donc pas remis en cause une exonération existante ni un avantage fiscal dont les contribuables pouvaient espérer la pérennisation. Par suite, l'argumentation des requérants doit être écartée sur ce point.
Sur l'année 2021 :
S'agissant de la taxe foncière sur les propriétés bâties :
16. Aux termes du premier alinéa du II de l'article 1383 dans sa version applicable en 2021 : " Les constructions nouvelles, reconstructions et additions de construction autres que celles à usage d'habitation sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés bâties à hauteur de 40 % de la base imposable durant les deux années qui suivent celle de leur achèvement ".
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'en décembre 2018, l'ensemble immobilier situé au 173-175 boulevard Haussmann était achevé au sens et pour l'application des dispositions de l'article 1380 du code général des impôts, relatif à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, le délai de deux ans prévu par les dispositions précitées du II de l'article 1383 était expiré au 1er janvier 2021 et la société requérante n'est pas fondée à demander la réduction de 40 % de sa base imposable à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021.
S'agissant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères :
18. Aux termes du premier alinéa du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ".
19. Aux termes de l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de l'article 191 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 : " I. - Les communes peuvent, sur délibération du conseil municipal, instituer une taxe de balayage, dont le produit ne peut excéder les dépenses occasionnées par le balayage de la superficie des voies livrées à la circulation publique, telles que constatées dans le dernier compte administratif de la commune. () / VI. - Pour les communes ayant institué la taxe de balayage et la taxe prévue à l'article 1520 du code général des impôts, les dépenses mentionnées au I peuvent être additionnées aux dépenses mentionnées au I de l'article 1520 du code général des impôts, dans la mesure où ces dépenses ne sont pas déjà couvertes par le produit de la taxe de balayage () ".
20. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.
21. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Peuvent également être prises en compte les dépenses réelles d'investissement relatives à ce service public lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure, les dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal, ainsi que les dépenses occasionnées par le balayage de la superficie des voies livrées à la circulation publique mentionnées à l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales. En outre, peuvent être incluses dans les dépenses de fonctionnement les dépenses correspondant à une quote-part du coût des directions ou services transversaux centraux de la collectivité, calculée au moyen d'une comptabilité analytique permettant, par différentes clés de répartition, d'identifier avec suffisamment de précision les dépenses qui, parmi celles liées à l'administration générale de la collectivité, peuvent être regardées comme ayant été directement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales.
22. Il résulte de l'instruction que le montant des dépenses prévisionnelles pour assurer le service public de collecte et de traitement des déchets et assimilés pour l'année 2021, tel qu'il ressort du budget primitif de la Ville de Paris produit par la requérante, s'élève à 565 838 259 euros, comprenant des dépenses de fonctionnement à hauteur de 539 158 204 euros et des dépenses d'investissement à hauteur de 26 680 055 euros, comptabilisables dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la taxe aurait pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. De ce montant doivent être déduites les sommes correspondant aux recettes non fiscales de la section de fonctionnement, à hauteur de 129 567 638 euros, comprenant notamment la taxe de balayage prévue à l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales, aboutissant à un montant de dépenses de 436 270 621 euros.
23. Le montant des recettes de fonctionnement relatives aux déchets ménagers issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui s'élève à 500 133 739 euros, excède ainsi de 63 863 118 euros le coût de service de collecte et de traitement des déchets, représentant une disproportion de 14,6 %. Dès lors, le taux de 6,21 % retenu au titre de l'année 2021 n'est pas manifestement disproportionné par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères de la Ville de Paris et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales de la Ville de Paris. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir, par voie d'exception, que la délibération du conseil de Paris fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères et assimilées de la Ville de Paris.
24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense dans l'affaire n° 2305118, que les requêtes de la société requérante doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société d'investissement à capital variable OPCI IREEF French Real Estate sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'investissement à capital variable OPCI IREEF French Real Estate et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
Le rapporteur,
A. KHANSARI
La présidente,
S. VIDAL La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2,2114807,2305118/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026