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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114876

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114876

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114876
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, Mme A B, représentée par la SELARL CALLON Avocat et Conseil, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui payer la somme de 315 781,36 euros, à titre de dommages et intérêts avec intérêts au taux légal et anatocisme ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui payer la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les frais d'expertise judiciaire.

Elle soutient que :

- elle a subi une fracture claviculaire au cours d'une intervention chirurgicale réalisée le 24 octobre 2016 dans le service de chirurgie orthopédique de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière visant à résorber un conflit sous acromial de son épaule droite ;

- la fracture claviculaire, qui a nécessité une intervention de reprise le 16 janvier 2017, est à l'origine d'importantes séquelles, qui sont sans lien avec son état antérieur ;

- selon l'expert la fracture a pour origine une maladresse chirurgicale, qui engage la responsabilité de l'AP-HP ;

- l'AP-HP ne lui a pas fait d'offre d'indemnisation ;

- ses préjudices sont les suivants :

o déficit fonctionnel temporaire : 4 335 euros

o souffrances endurées : 3 800 euros

o préjudice esthétique temporaire : 1 800 euros

o aide humaine : 14 820 euros

o perte de gains professionnels actuels : 10 884,50 euros

o déficit fonctionnel permanent : 78 500 euros

o préjudice esthétique permanent : 2 000 euros

o dépenses de santé futures : 53,86 euros

o assistance par tierce personne : 114 552 euros

o perte de gains professionnels futurs : 70 036 euros

o incidence professionnelle : 15 000 euros.

Par un mémoire en intervention enregistré le 14 octobre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par la SELARL KATO et LEFEBVRE ASSOCIES, demande au tribunal :

- de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 28 587,24 euros en remboursement des prestations versées dans l'intérêt de Mme B ;

- d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de son mémoire ;

- de réserver les prestations non connues à ce jour à celles qui pourraient être versées ultérieurement ;

- de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 2 000 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa créance, d'un montant total de 28 587,24 euros, comprend les dépenses de santé actuelles pour un montant de 5 279,23 euros, les pertes de gains professionnels actuels pour un montant de 22 066 euros et les dépenses de santé futures échues pour un montant de 1 242,01 euros.

La requête a été communiquée à l'AP-HP qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

Mme B a produit un mémoire le 23 novembre 2023 après clôture, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 9 février 1989, a été opérée le 24 octobre 2016 dans le service de chirurgie orthopédique de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière aux fins de résorber un frottement anormal entre le bord inférieur et le bord antérieur de l'acromion, partie supérieure de l'os de l'épaule, ainsi qu'une arthropathie de l'articulation de l'épaule, à l'origine d'importantes douleurs ressenties dans son épaule droite. L'opération a consisté en une acromioplastie en vue de libérer les tendons avec rabotage des zones endommagées de la clavicule et de l'acromion afin qu'elles ne soient plus en contact entre elles. Les suites opératoires ont été marquées par l'absence de consolidation d'une fracture de la clavicule survenue pendant l'opération, qui a nécessité une nouvelle intervention le 16 janvier 2017 visant à réduire la fracture par ostéosynthèse par plaque avec une greffe osseuse. Le matériel d'ostéosynthèse a été retiré le 11 juin 2018. Se plaignant d'un déficit d'amplitude de l'épaule et de douleurs persistantes, lesquels ont, d'ailleurs, conduit à son licenciement pour inaptitude professionnelle et à la reconnaissance du statut de travailleur handicapé, Mme B recherche la responsabilité de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur le fondement de la faute.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) que si l'indication opératoire d'acromioplastie était appropriée, en revanche les modalités de réalisation de l'acte le 24 octobre 2016 n'ont pas été conformes aux règles de l'art. En effet, selon l'expert, le dommage subi par Mme B " correspond à la survenue pendant l'opération d'une fracture de la clavicule droite, consécutive à une résection osseuse claviculaire excessive lors de la réalisation de l'arthroplastie acromio claviculaire en vue de supprimer le conflit avec la coiffe des rotateurs. " Ainsi, la fracture ayant été causée par un défaut de contrôle de l'importance de la résection osseuse, elle doit être regardée comme procédant d'une maladresse chirurgicale, laquelle engage la responsabilité de l'établissement hospitalier pour faute.

Sur les préjudices de Mme B :

4. L'expert a fixé la date de consolidation des lésions de Mme B à la date du 17 septembre 2019, soit un peu plus d'un an après l'ablation du matériel de synthèse. Mme B était alors âgée de 30 ans.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

5. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre./ Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après./ Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel./ Conformément à l'article 1252 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée./ Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il y a lieu en principe de déterminer, pour chacun des postes de préjudice, le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il y a lieu, ensuite, de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Il y a lieu, enfin, d'allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

7. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris justifie avoir exposé des débours à hauteur de la somme totale de 5 279,23 euros correspondant d'une part, aux frais hospitaliers en lien avec l'opération de reprise de la fracture de la clavicule du 16 janvier 2017 et avec l'opération de retrait du matériel d'ostéosynthèse du 11 juin 2018 et d'autre part, aux frais de consultation et d'imagerie postérieurs à l'intervention du 24 octobre 2016. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser cette somme à la CPAM de Paris.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne :

8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme B induit par la maladresse chirurgicale mentionnée au point 3 a nécessité une aide humaine non spécialisée à hauteur de deux heures par jour pendant les phases d'immobilisation totale du membre supérieur, à savoir durant trois semaines après l'opération du 24 octobre 2016 dès lors que l'immobilisation normale aurait dû être de trois semaines au lieu de six semaines, et durant trois semaines après l'opération de reprise du 16 janvier 2017 soit durant un total de 42 jours. En dehors de ces périodes, et jusqu'à la date de sa consolidation, soit durant 972 jours, l'état de santé de Mme B a nécessité une aide humaine non spécialisée à hauteur d'une heure par jour. Par application d'un coût horaire brut augmenté des charges sociales applicables de 15 euros, rapporté à une base annuelle de 412 jours, le préjudice indemnisable subi par Mme B au titre du besoin d'assistance par tierce personne peut être fixé à la somme de 18 590,78 euros.

Quant à la perte de gains professionnels :

9. La CPAM de Paris a versé à Mme B des indemnités journalières du 16 janvier 2017 au 18 juillet 2018. Selon l'expert, en l'absence de toute faute, la victime serait demeurée en arrêt maladie pendant trois mois à compter de l'intervention du 24 octobre 2016, soit jusqu'au 25 janvier 2017. Sur la base d'un taux journalier de 46,75 euros, la créance de la caisse pour la période du 25 janvier 2017 au 18 juillet 2018 s'établit à la somme de 22 393,25 euros. Il sera donc fait droit à la demande de la CPAM qui limite sa demande au titre de ce poste de préjudice à la somme de 22 066 euros.

10. Sur la base de ses deux dernières années de travail avant son opération (années 2015 et 2016), Mme B a perçu un revenu annuel moyen de 15 200 euros. Elle évalue à 8 636 euros sa perte de revenus au titre de l'année 2017. Il résulte cependant de l'instruction qu'elle a perçu des indemnités journalières à hauteur de 46,75 euros par jour à compter du 16 janvier 2017, soit un montant annuel de 16 315,75 euros. Sa perte de revenus au titre de l'année 2017 n'est donc pas établie. Mme B évalue à 2 248,50 euros sa perte de revenus au titre de l'année 2019. Il ressort toutefois de son avis d'imposition qu'elle a perçu en 2019 14 909 euros, somme qui est certes, inférieure à son revenu annuel moyen, mais il ressort par ailleurs de l'instruction qu'elle a perçu au titre de cette même année une rente d'invalidité, versée en deux fois, d'un montant total de 691 euros. Son revenu annuel en 2019 s'établissait ainsi à 15 600 euros au total, soit une somme supérieure à son revenu annuel moyen. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux dépenses de santé post consolidation :

11. La CPAM établit avoir pris en charge 77 séances de kinésithérapie, toutes imputables à l'accident médical, pour un montant total de 1 242,01 euros.

12. Mme B quant à elle, justifie d'un reste à charge de 53,86 euros concernant deux actes d'imagerie réalisés le 19 août 2020.

Quant à l'assistance par tierce personne :

13. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que Mme B, qui vit seule, a besoin de l'assistance d'une voisine pour faire ses courses et son ménage, dans la limite de trois heures par semaine. S'agissant de la période qui s'étend de la date de consolidation jusqu'à la date du jugement, soit 227 semaines, par application d'un coût horaire brut augmenté des charges sociales applicables de 15 euros, rapporté à une base annuelle de 412 jours, ce poste de préjudice peut être fixé à la somme de 11 530,36 euros. Par application du même taux horaire sur la même base annuelle, le coût annuel d'une aide humaine est de 2 641,31 euros. S'agissant de la période postérieure à la date du présent jugement, sur la base d'un taux de l'euro de rente viagère fixé à 51.601 conformément au barème de capitalisation 2022 publié à la Gazette du Palais avec un taux d'intérêt nul correspondant à une femme de 34 ans, le préjudice résultant des frais futurs d'assistance peut être fixé à la somme de 136 294,50 euros. Il y a donc lieu d'attribuer à Mme B la somme globale de 147 824,86 euros au titre du préjudice d'assistance à tierce personne pour la période postérieure à la consolidation de son état de santé.

Quant à la perte de gains professionnels futurs :

14. Mme B exerçait la fonction d'auxiliaire de puériculture avant d'être licenciée le 14 mars 2018 pour inaptitude. Depuis le 12 août 2019, elle perçoit une rente de maladie professionnelle d'un montant de 2 645,41 euros par an. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 12 novembre 2019, Mme B a été employée à la Poste en qualité d'animatrice. Dès lors qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle n'y travaillerait plus, il y a lieu de considérer que Mme B n'établit pas la réalité de ce poste de préjudice. Sa demande indemnitaire présentée à ce titre sera donc rejetée.

Quant à l'incidence professionnelle :

15. Il résulte de l'instruction que, pour l'allocation de la rente invalidité, la CPAM a considéré que Mme B avait un taux d'incapacité permanente partielle de 25% en rapport avec sa pathologie de l'épaule droite, dont 5% pour le taux professionnel. Selon l'avis d'inaptitude de la médecine du travail en date du 19 décembre 2017, Mme B ne peut dorénavant occuper qu'un poste sans manutention, qui ne requiert pas d'élévation de l'épaule, ni de mouvements répétitifs du membre supérieur, ni de station debout prolongée. Il en résulte que Mme B est fondée à soutenir qu'elle subit une dévalorisation sur le marché du travail. Compte tenu de son jeune âge à la date de sa consolidation, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 15 000 euros. Cependant, celui-ci est entièrement réparé par l'allocation de la rente versée par la CPAM, d'un montant annuel de 2 645,41 euros, que Mme B a vocation à percevoir jusqu'à son départ en retraite. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à solliciter une indemnisation complémentaire auprès de l'AP-HP au titre de ce poste de préjudice.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant des préjudices personnels temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire (DFT) :

16. Mme B a été opérée le 24 octobre 2016 d'une acromioplastie de l'épaule droite qui aurait dû être suivie d'une période d'immobilisation totale de trois semaines. En raison de la fracture de la clavicule survenue pendant l'intervention chirurgicale, la période d'immobilisation a duré trois semaines supplémentaires. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que durant ces trois semaines d'immobilisation totale, le DFT de Mme B a été de 50% et qu'il a été ensuite de 25% jusqu'à la veille de l'opération de reprise, réalisée le 16 janvier 2017. Le DFT a été de nouveau de 50% durant les six semaines d'immobilisation totale qui ont suivi cette opération, puis de 25% jusqu'à la veille de l'opération de retrait du matériel d'ostéosynthèse, réalisée le 11 juin 2018. Après cette dernière opération, le DFT de Mme B a été de 25% jusqu'à la date de consolidation, fixée au 17 septembre 2019. Par ailleurs, le DFT de Mme B a été total au cours des deux journées d'intervention imputables à la facture claviculaire, les 16 janvier 2017 et 11 juin 2018. Sur la base d'un forfait journalier de 20 euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 5 600 euros.

Quant aux souffrances endurées :

17. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, évalué à 3 sur une échelle de 7 par l'expert, en le fixant à la somme de 3 600 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

18. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, correspondant aux deux phases d'immobilisation du membre supérieur droit, évalué à 2 sur une échelle de 7 par l'expert, en le fixant à 500 euros.

S'agissant des préjudices personnels permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

19. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme B reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 25%, en raison de la limitation d'amplitude de l'épaule droite, associée à des douleurs chroniques. Compte tenu de l'âge de 30 ans qu'avait Mme B à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 50 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

20. Il sera fait une juste évaluation du préjudice esthétique de Mme B, évalué à 2 sur une échelle de 7 par l'expert en raison d'une cicatrice, en le fixant à la somme de 1 500 euros.

Sur les sommes dues par l'AP-HP et les intérêts :

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser la somme globale de 227 669,50 euros à Mme B, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mai 2021, date de réception par l'AP-HP de sa demande indemnitaire, ainsi qu'une somme de 28 587,24 euros à la CPAM de Paris, assortie des intérêts à compter du 14 octobre 2021, date d'enregistrement de son mémoire en intervention.

Sur la capitalisation des intérêts :

22. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

23. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts de Mme B à compter du 11 mai 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. Aux termes du neuvième aliéna de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ".

25. La CPAM de Paris a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions précitées, pour le montant de 1 191 euros fixé par l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et 454-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les frais de l'instance :

26. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de condamner l'AP-HP à verser une somme à la CPAM de Paris sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 227 669,50 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mai 2021. Les intérêts échus à la date du 11 mai 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 28 587,24 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 octobre 2021.

Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera la somme de 1 191 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera la somme de 2 000 euros à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La demande de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Assistance publique -Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

K. WeidenfeldLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2114876/6-

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