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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2115079

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2115079

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2115079
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantGUEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 16 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des impositions résultant des trois avis de mise en recouvrement du 23 décembre 2020, qui lui ont été adressés en qualité de débiteur solidaire de la société WBM Avocats, pour les sommes de 10 014 euros, 1 293,73 euros et 762,44 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réclamation qu'il a opposée doit être regardée comme une réclamation préalable, lui permettant de contester le bien-fondé de l'imposition et de demander un sursis de paiement ;

- les avis de mise en recouvrement sont irréguliers, dès lors qu'ils ne permettent pas d'identifier les montants dont il est redevable, alors que ce sont les seuls documents qui lui ont été adressés en qualité de débiteur solidaire ;

- le comptable public ne pouvait émettre plusieurs avis de mise en recouvrement successifs portant sur les mêmes dettes ;

- les impositions dont le paiement est recherché sont prescrites ;

- des règlements effectués par la société WBM avocats n'ont pas été pris en compte et des erreurs de détermination de l'impôt n'ont pas été corrigées.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 juillet 2021 et le 14 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, associé de la société WBM avocats, a reçu trois avis de mise en recouvrement datés du 23 décembre 2020 portant sur les sommes de 10 014 euros, 1 293,73 euros et 762,44 euros, correspondant à sa quote-part des dettes fiscales de cette société concernant la taxe sur la valeur ajoutée et la cotisation foncière des entreprises depuis 2012.

2. Aux termes de l'article 1857 du code civil : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements () ". En outre, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. () "

3. Il est constant que M. A a été rendu personnellement destinataire le 23 décembre 2020 de trois avis de mise en recouvrement portant sur des créances de la société WBM avocat dont il est solidairement redevable. Son courrier du 12 avril 2021 contestant les impositions ainsi mises à sa charge peut donc, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale mais conformément à l'indication des voies de recours mentionnées sur ces avis, être regardé comme une réclamation au sens de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. () " Aux termes de l'article R. 256-2 de ce livre : " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement à moins qu'ils n'aient la qualité de représentant ou d'ayant cause du contribuable, telle que mentionnée à l'article 1682 du code général des impôts. "

5. Si M. A soutient que les avis de mis en recouvrement du 23 décembre 2020 ne lui permettent pas d'identifier les montants qui lui sont réclamés, il résulte de l'instruction que ces avis mentionnent chacun les impôts et les années concernés, le montant des intérêts, majorations et pénalités appliqués, précisent la quote-part de M. A et le montant des acomptes déjà versés. En outre, s'il soutient que ces montants ne sont pas cohérents avec ceux mentionnés dans un courriel daté du 20 mai 2019 qu'il cite, ce courriel, qui suggère à M. A de procéder à des rectifications des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, n'apporte pas d'éléments clairs concernant l'impôt dû, et il ne résulte pas de l'instruction que ces éléments seraient contradictoires avec les avis de mise en recouvrement contestés, alors que l'administration fiscale précise qu'elle a tenu compte des correctifs apportés sous la forme d'une imputation sur la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de l'année 2017. De même, si le requérant soutient qu'un chèque débité de 1 650 euros à l'ordre du Trésor public dont il produit la copie n'aurait pas été pris en compte, il ressort des mentions du bordereau détaillé de situation fiscale produit par l'administration, dont l'exactitude n'est pas sérieusement contestée, qu'il a été pris en compte sous la forme d'une déduction de la taxe sur la valeur ajoutée due par la société au titre du mois d'avril 2018. Enfin, si le requérant soutient que de précédents avis de mise en recouvrement lui avaient été notifiés, cette circonstance est sans incidence sur la régularité des avis du 23 décembre 2020.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. () "

7. Il résulte de l'instruction que la créance relative à la taxe sur la valeur ajoutée du mois d'octobre 2012 a fait l'objet d'une mise en demeure adressée à la société WBM avocats le 31 janvier 2013, la taxe sur la valeur ajoutée due par cette société au titre du mois de décembre 2012 a fait l'objet d'une mise en demeure le 29 mars 2013, celle du mois d'avril 2013 a fait l'objet d'une mise en demeure le 16 août 2013, celle du mois d'octobre 2013 a fait l'objet d'une mise en demeure le 31 janvier 2014, celle du mois de décembre 2013 a fait l'objet d'une mise en demeure le 31 mars 2014, celle du mois d'avril 2014 a fait l'objet d'une mise en demeure le 18 août 2014, celle du mois de juillet 2014 a fait l'objet d'une mise en demeure le 31 octobre 2014, celle du mois d'octobre 2014 a fait l'objet d'une mise en demeure le 30 janvier 2015, celle du mois de décembre 2014 a fait l'objet d'une mise en demeure le 27 février 2015 et celle de l'année 2015 a fait l'objet d'une mise en demeure le 15 septembre 2016. Toutes ces impositions ont ainsi fait l'objet d'une mise en demeure moins de quatre ans après leur mise en recouvrement. Il résulte en outre de l'instruction que les créances relatives à la taxe sur la valeur ajoutée du mois d'octobre 2012, des mois de décembre 2012, avril 2013, octobre 2013 et décembre 2013 ont fait l'objet d'un avis à tiers détenteur le 16 septembre 2016. L'ensemble des créances relatives à la taxe sur la valeur ajoutée pour des périodes comprises entre le mois d'octobre 2012 et l'année 2015 a également fait l'objet d'un avis à tiers détenteur le 14 décembre 2017. Par suite, ces créances n'étaient pas prescrites lorsque l'administration a émis le 23 décembre 2020 les avis de mise de recouvrement correspondant à ces impositions.

8. La créance relative à la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2013 a fait l'objet d'un avis à tiers détenteur le 16 septembre 2016 et d'une mise en demeure le 2 juillet 2020, la créance n'était donc pas non plus prescrite le 23 décembre 2020.

9. Enfin, les créances relatives à la taxe sur la valeur ajoutée pour les périodes de janvier, février, mars et avril 2017, mise en recouvrement le 19 avril 2018, ont fait l'objet d'une mise en demeure le 2 juillet 2020.

10. Ainsi, aucune des créances en litige n'était prescrite le 23 décembre 2020, date des avis de mise en recouvrement qui ont été notifiés à M. A.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant à fin de décharge doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

B. ARNAUD

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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