lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2115481 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TABI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juillet et 24 décembre 2021 et 16 octobre 2023, la société Car Marketing System, représentée par Me Tabi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016 ;
2°) d'annuler l'avis de mise en recouvrement du 31 juillet 2018 en tant qu'il met à sa charge la somme de 263 063 euros correspondant à ces rappels ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été fait droit à sa demande, envoyée le 14 juin 2017, de rencontrer le supérieur hiérarchique du vérificateur compte tenu des difficultés rencontrées au cours des opérations de contrôle ;
- l'administration a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, faute de lui avoir communiqué les documents qu'elle a obtenus de tiers ;
- l'administration a méconnu l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, faute d'avoir saisi la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- la mise en recouvrement des impositions litigieuses est irrégulière car intervenue avant que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ait rendu son avis.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er décembre 2021 et 24 janvier 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que :
- les rehaussements relatif à l'impôt sur les sociétés à hauteur d'un montant, en base, de 117 173 euros, ont été abandonnés ;
- aucun des moyens soulevés par la société Car Marketing System n'est fondé.
Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre suivant.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'avis de mise en recouvrement, cet acte n'étant pas détachable de la procédure d'imposition.
Par un mémoire, enregistré le 27 octobre 2023 en réponse au moyen d'ordre public et non communiqué, la société Car Marketing System, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barruel,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tabi, représentant la société Car Marketing System, et de Mme A, inspectrice principale des finances publiques à la direction nationale d'enquêtes fiscales, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Une note en délibéré, enregistrée le 31 octobre 2023, a été présentée pour la société Car Marketing System.
Considérant ce qui suit :
1. La société Car Marketing System, qui exerce une activité de location avec option d'achat et de vente de véhicules haut de gamme de seconde main, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016. L'administration lui a notifié, par proposition de rectification du 7 juillet 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre des années vérifiées. Par la présente requête, la société Car Marketing System demande la décharge, en droits et pénalités, des seuls rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. Le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique fait valoir que le rehaussement relatif à l'impôt sur les sociétés a été abandonné et conclut, pour ce motif, au non-lieu à statuer. Cependant, la requête de la société Car Marketing System ne comporte aucune conclusion relative à ces impositions. Par suite, les conclusions à fin de non-lieu présentées par le ministre doivent être rejetées.
Sur la régularité de la procédure :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. () Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Cette charte précise qu'en cas de difficultés, le contribuable peut s'adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur et qu'il peut le(s) contacter pendant la vérification. Cette garantie substantielle est ouverte au contribuable vérifié, avant l'envoi de la proposition de rectification, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle.
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 14 juin 2017, la société Car Marketing System a fait état de difficultés rencontrées avec le vérificateur et a sollicité un rendez-vous avec son supérieur hiérarchique. Elle justifie l'envoi de ce courrier, adressé à la DGFIP, et sa réception le 21 juin suivant, par la production de la copie du courrier sur lequel est mentionné un numéro de recommandé, la copie du volet d'expédition comportant le même numéro et l'adresse de la DGFIP à Pantin ainsi qu'une copie d'écran du site de suivi d'acheminement de La Poste faisant état d'une remise de ce courrier le 21 juin 2016 contre signature. L'ensemble de ces éléments est suffisant pour justifier de la correcte réception par l'administration fiscale de ce courrier, alors même qu'il a été expédié sans accusé de réception et qu'il aurait été adressé au seul vérificateur. Cependant, par ce courrier, la société requérante se bornait à faire état de difficultés durant la vérification de comptabilité sans plus de précision sur leur nature, ne permettant pas au supérieur hiérarchique d'apprécier si les difficultés alléguées affectaient effectivement le déroulement des opérations de contrôle et relevaient ainsi de la garantie prévue par la charte. Dans ces conditions, l'administration n'était pas tenue de faire droit à la demande d'entretien sollicitée par ce courrier. Par suite, le moyen tiré de ce que la société Car Marketing System a été privée de la garantie substantielle de l'entrevue avec l'inspecteur principal doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.
7. La circonstance que l'administration n'aurait pas donné suite à la demande de communication, objet du courrier du 14 juin 2017 mentionné au point 4, présentée en cours de contrôle est sans incidence sur les obligations résultant des dispositions de l'article L. 76 B précité du livre des procédures fiscales, qui imposent à l'administration, avant la mise en recouvrement des impositions, d'informer le contribuable de la teneur et l'origine des documents sur lesquels elle s'est fondée pour établir les impositions objet d'une proposition de rectification, dès lors que la demande en litige a été présentée antérieurement à toute proposition de rectification. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts ". L'article L. 59 A du même code précise : " I.-La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte :/ 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; / 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; / 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code ; / 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base à la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code. / II.-Dans les domaines mentionnés au I, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit ".
9. S'il résulte de l'instruction que, par un courrier du 26 octobre 2017, la société Car Marketing System a demandé la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige sont consécutifs à la remise en cause, par l'administration fiscale, de l'exonération liée à la qualification d'opérations de livraisons intracommunautaires. Par suite, le désaccord a trait au principe même de l'imposition de ces opérations et non au montant du chiffre d'affaires mentionné à l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales précité. Une telle question ne relève dès lors pas de la compétence de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires alors même que sa solution dépendait de l'appréciation de questions de fait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
10. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la société Car Marketing System n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que l'avis de mise en recouvrement est irrégulier faute d'avoir été précédé de l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société requérante au titre de la période du
1er octobre 2015 au 30 septembre 2016 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Ces dispositions font obstacle à ce soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Car Marketing System demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Car Marketing System est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Car Marketing System et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 30 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Barruel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
La rapporteure,
L. BARRUELLa présidente,
M-O. LE ROUX
La greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026