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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116091

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116091

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116091
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BOURDON & FORESTIER (ASSOCIATION)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision du 13 juillet 2021, enregistrée le 22 juillet 2021 au greffe du tribunal, le Conseil d'État statuant au contentieux a transmis au Tribunal administratif de Paris la requête présentée par Mme C E, Mme H F, Mme J B, M. D G, M. A K et Mme L M.

Par cette requête, enregistrée au secrétariat du contentieux du Conseil d'État le 13 avril 2021, Mme C E, Mme H F, Mme J B, M. D G, M. A K et Mme L M, représentés par Me Bourdon et Me Brengarth, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2021 par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a annoncé son intention de demander au centre national de la recherche scientifique (CNRS) une enquête portant sur " l'islamo-gauchisme " à l'université ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors que malgré son caractère oral, la déclaration de la ministre de l'enseignement supérieur constitue une décision susceptible de recours et qu'ils ont intérêt à agir ;

- la décision attaquée est entachée d'une violation du principe du contradictoire ;

- elle méconnaît le droit à la liberté d'expression et au principe du caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée ;

- elle méconnaît le principe d'indépendance des enseignants-chercheurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que ses déclarations ne révèlent aucune décision susceptible d'être attaquée par la voie du recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portes,

- les conclusions de Mme Belle, rapporteur public,

- et les observations de Mme I, représentant la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 février 2021, la ministre chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche a annoncé, sur un plateau de télévision, son intention de " demander au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) une enquête portant sur l'ensemble des courants de recherche, dont l'islamo-gauchisme, dans l'université de manière à ce qu'on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme et de l'opinion ". Mme E et autres demandent l'annulation de la décision que les déclarations de la ministre auraient révélée.

2. L'annonce faite par la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de confier une enquête notamment au CNRS, de par ses termes généraux quant à la mission envisagée et l'imprécision de l'organe qui sera effectivement saisi confère à ses propos le caractère d'une déclaration d'intention. Ce caractère a été, en outre, confirmé par l'absence de saisine effective du CNRS ou de tout autre service relevant de l'autorité de la ministre. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette annonce ne révèle pas l'existence d'une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme E et autres doivent être rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E, de Mme F, de Mme B, de M. G, de M. K et de Mme M est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Mme H F,

Mme J B, M. D G, M. A K et Mme L M et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, président,

Mme Portes, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

La rapporteure,

C. PORTES

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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