jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2116343 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GONNORD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, sous le numéro 2116343,
Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le procureur général près la cour d'appel de Paris a fixé à 7% le taux de sa prime modulable pour l'année 2014 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice et au procureur général près la cour d'appel de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une discrimination en ne prenant pas en compte son handicap ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été victime d'une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.
II. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, sous le numéro 2116344,
Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le procureur général près la cour d'appel de Paris a fixé à 8% le taux de sa prime modulable pour l'année 2015 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice et au procureur général près la cour d'appel de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une discrimination en ne prenant pas en compte son handicap ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été victime d'une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.
III. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, sous le numéro 2116347,
Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le procureur général près la cour d'appel de Paris a fixé à 9% le taux de sa prime modulable pour l'année 2016 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice et au procureur général près la cour d'appel de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une discrimination en ne prenant pas en compte son handicap ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été victime d'une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 décembre 2022.
IV. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, sous le numéro 2116349,
Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le procureur général près la cour d'appel de Paris a fixé à 10,25% le taux de sa prime modulable pour l'année 2018 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice et au procureur général près la cour d'appel de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une discrimination en ne prenant pas en compte son handicap ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été victime d'une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.
V. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, sous le numéro 2116350,
Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le procureur général près la cour d'appel de Paris a fixé à 10,50% le taux de sa prime modulable pour l'année 2019 ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice et au procureur général près la cour d'appel de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une discrimination en ne prenant pas en compte son handicap ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été victime d'une situation de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.
VI. Par une requête et deux mémoires enregistrés les 15 décembre 2021,
21 novembre 2022 et 26 décembre 2022, sous le numéro 2127079, Mme A B, représentée par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable indemnitaire en date du 7 juin 2021 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 44 530,76 euros, assortie des intérêts aux taux légal et de la capitalisation des intérêts en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
3°) d'enjoindre au ministre de la justice de procéder au versement de cette somme dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle a été victime d'une discrimination en raison de son handicap entre 2014 et 2019 et d'un harcèlement moral qu'il convient d'indemniser à hauteur de
8 284,76 euros au titre de son préjudice financier, et de 36 246 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
31 janvier 2023.
Vu :
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 ;
- l'arrêté du 3 mars 2010 pris en application du décret n° 2003-1284 du
26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gonnord, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, a été nommée substitut au parquet près le tribunal de grande instance de Paris le 3 mars 2003 et a exercé jusqu'au 29 août 2016, les fonctions de vice procureur de la république. Depuis le 29 août 2016, elle exerce en qualité de substitut général à la cour d'appel de Paris et a été reconnue travailleur handicapé par une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 17 juin 2008. A la demande du médecin de prévention, ses fonctions ont été aménagées en conséquence. A la suite d'annulations contentieuses des décisions fixant son taux de prime pour les années 2014 à 2016 et au titre des années 2018 et 2019, le procureur général près la cour d'appel de Paris a, par 5 décisions du 25 mai 2021, fixé le taux de sa prime modulable à 7% pour l'année 2014, 8% pour l'année 2015, 9% pour l'année 2016, 10,25% pour l'année 2018 et 10,50% pour l'année 2019. Par les présentes requêtes, Mme B demande l'annulation de ces cinq décisions et de condamner l'Etat à lui verser une somme de 44 530,76 euros, en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2116343, 2116344, 2116347, 2116349, 2116350, 2127079 présentées pour Mme B, concernent la situation d'un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire prévoit, à son article premier, qu'une indemnité peut être allouée aux magistrats de l'ordre judiciaire exerçant leurs fonctions en juridiction. Cette indemnité, destinée à rémunérer l'importance et la valeur des services rendus et à tenir compte des sujétions afférentes à l'exercice de leurs fonctions, comprend notamment une prime modulable attribuée, ainsi qu'il est précisé à l'article 3 de ce même décret, en fonction de la contribution du magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire. L'article 7 précise que cette prime est calculée en pourcentage du traitement indiciaire brut et que le montant des crédits disponibles au titre de la prime modulable pour les magistrats du siège, d'une part, et du parquet, d'autre part, est déterminé par application d'un taux moyen à la masse des traitements indiciaires des magistrats concernés. Le taux d'attribution individuelle de la prime modulable est fixé pour les magistrats exerçant en juridiction, respectivement par le premier président de la cour d'appel pour chaque magistrat du siège de leur ressort et par le procureur général près la cour d'appel pour chaque magistrat du parquet du ressort, sur proposition du chef de juridiction sous l'autorité duquel est placé le magistrat pour ceux qui sont affectés dans une juridiction du premier degré.
4. L'article 2 de l'arrêté du 3 mars 2010 pris pour l'application de ce décret dispose que les taux moyen et maximal d'attribution individuelle de cette prime sont fixés respectivement, à compter du 1er janvier 2013, à 12% et 18%.
5. Si les dispositions rappelées au point 2 du décret du 26 décembre 2003 ont nécessairement pour effet, par suite du caractère limité du montant des crédits disponibles au titre de la prime modulable, que la contribution d'un magistrat au bon fonctionnement du service public de la justice doit être appréciée, à l'occasion de la fixation de son taux individuel de prime, relativement à celle des autres magistrats du même ressort, il appartient à l'administration, pour fixer le taux individuel de prime d'un magistrat qui a la qualité de travailleur handicapé, de tenir compte de son handicap tant pour déterminer le volume et la nature des tâches qui lui sont assignées que pour apprécier, au vu des objectifs ainsi définis par rapport à ses capacités, la contribution de l'intéressé au bon fonctionnement de l'institution judiciaire.
6. Il ressort des écritures des mémoires en défense, que, pour fixer les taux de la prime modulable attribué à Mme B pour les années litigieuses, le procureur général a appliqué des critères objectifs, qui l'ont conduit à accorder un taux supérieur ou égal au taux moyen de 12 % aux magistrats " ayant des missions particulièrement lourdes d'action publique, en tenant compte notamment le siège du ministère public dans des affaires de terrorisme, de génocide ou de criminalité organisée ou encore, ayant des missions de coordination et de gestion des flux juridictionnels tout au long de l'année " et aux magistrats qui ont " des contraintes liées aux permanences d'action publique pendant les week-ends () ".
7. Il est constant, comme l'indique le mémoire en défense d'une part, que les compétences et mérites professionnels de Mme B ne sont pas remis en cause par ses supérieurs hiérarchiques, le mémoire en défense indiquant sur ce point qu'elle est méritante et contribue au bon fonctionnement de l'institution judiciaire et d'autre part, que celle-ci n'exerce pas de sujétions particulières telles que la gestion de missions lourdes d'action publique. Il est également constant que le taux attribué à Mme B est bien en-deçà du taux moyen fixé par l'arrêté précité. Mme B fait valoir, sans être contestée sur ce point, que les aménagements de son poste, qui excluent ainsi qu'elle soit soumise à de telles sujétions, sont nécessités par son handicap. Toutefois, si les critères retenus par le procureur général, tels qu'exposés ci-dessus, peuvent être regardés comme permettant d'apprécier la contribution de chaque magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire, ils n'ont toutefois pas été appliqués à la situation particulière de Mme B, en tenant compte de sa situation de handicap et des spécificités en découlant dans l'exercice de ses fonctions. Dans ces conditions, la péréquation invoquée en défense ne saurait permettre de justifier les taux de prime attribués à la requérante. Il en résulte que Mme B est fondée à soutenir que les décisions attaquées, en ce qu'elles n'ont pas pris en compte les sujétions inhérentes à son handicap, sont entachées d'une discrimination indirecte.
8. Il s'ensuit que les décisions attaquées doivent être annulées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'administration procède à un nouvel examen de la situation de Mme B au regard de son taux de prime modulable au titre des années 2014, 2015, 2016, 2018 et 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. La décision implicite de rejet de la demande indemnitaire de Mme B en date du 25 juin 2019 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir des indemnités sollicitées, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
En ce qui concerne le fondement de responsabilité :
11. D'une part, toute illégalité est fautive et, comme telle, susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat dès lors qu'elle est à l'origine des préjudices subis. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé au point 6, les décisions fixant le taux de prime modulable de Mme B, au titre des années 2014 à 2019 sont illégales. Par suite, l'illégalité fautive ainsi constatée est de nature à engager la responsabilité de l'Etat, à raison des préjudices directs et certains causés à Mme B.
12. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "
13. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. Il résulte de l'instruction que le taux de la prime modulable attribué à Mme B au titre des années 2004 à 2008 a toujours été égal ou légèrement supérieur à 8% mais qu'il a été fixé à 2 % l'année de la reconnaissance de son handicap en 2009 puis à 0% l'année suivante, en 2010. Il a ensuite été fixé à 3,40 % en 2011 puis à 4% en 2012 et 2013, à 9% en 2014, 2015 et 2016, à 10% en 2018 et 2019. Ainsi, depuis 2009, le taux attribué à Mme B est bien en-deçà du taux moyen fixé et ce malgré l'avis du Défenseur des droits qui concluait dès 2017 à une discrimination. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que Mme B a été évaluée, au titre des années 2006 à 2011 mais n'a jamais été évaluée par la suite. Il n'est pas contesté également qu'à compter du 24 juillet 2015, date à laquelle Mme B a été victime d'un accident de service, elle a été rattachée hiérarchiquement à un procureur adjoint qu'elle dénonçait pour des faits de discriminations et de harcèlement comme en atteste un mail en date du 27 janvier 2014 adressé au secrétaire général du parquet de Paris. Elle soutient à cet égard que ce procureur adjoint lui a retiré l'assistance d'un greffe, qu'elle n'apparaissait plus sur l'organigramme de la juridiction, qu'elle n'a plus eu accès aux réunions, ne recevait plus les mails de service et que son bureau a été déménagé au dernier étage entraînant un isolement physique. Mme B a ensuite été affectée, depuis le
1er septembre 2016, à la cour d'appel de Paris en qualité de substitut général. Il résulte de l'instruction et notamment d'un courriel du 4 juin 2019 adressé au secrétaire général du parquet général que son bureau était boulevard Saint-Germain tandis que son service était au Palais de justice, alors même que le médecin de prévention préconisait la nécessité d'éviter les déplacements et de porter des charges lourdes. Il n'est pas contesté également que le procureur adjoint qu'elle a dénoncé est de nouveau son supérieur hiérarchique. Malgré les multiples demandes de la requérante pour que sa situation soit prise en compte, et bien que le tribunal de céans ait donné raison à la requérante plus d'une dizaine de fois sur son taux de prime et sur un accident qui n'avait pas été reconnu imputable au service, sa hiérarchie n'a ni répondu à ses demandes ni pris en compte, ou alors de manière tardive, les motifs des jugements de ce tribunal. Enfin Mme B produit deux certificats médicaux en date des 18 novembre et 20 décembre 2022 indiquant notamment un épuisement physique et psychologique, une perte de sens dans la qualité de son travail, une perte de confiance en soi et des troubles du sommeil et de l'appétit. Dans le second certificat médical, sa psychologue diagnostique un syndrome anxio-dépressif. Si le ministre de la justice conteste les faits invoqués par Mme B, il ne produit cependant aucune pièce dans son mémoire en défense de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Dans ces conditions, Mme B apporte des éléments précis et concordants de nature à faire présumer de l'existence d'agissements répétés de harcèlement moral perpétrés à son encontre.
En ce qui concerne les préjudices :
15. En premier lieu Mme B réclame la différence entre le traitement qu'elle a perçu, correspondant au taux de prime qui lui a été alloué, et le traitement qu'elle aurait perçu si elle avait bénéficié du taux de prime moyen fixé par arrêté ministériel. Toutefois, compte-tenu de l'injonction faite au ministre de la justice par le présent jugement de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B au regard de son taux de prime modulable au titre des années 2014, 2015, 2016, 2018 et 2019 et eu égard au motif de l'annulation qui n'implique pas que Mme B se voit octroyer un taux de prime de 12 %, le préjudice invoqué par Me B n'est ni certain ni direct. En outre, il ressort de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 9 novembre 2021 que la requérante a déjà été indemnisée de ce chef de préjudice pour les années 2014, 2015 et 2016. Enfin, Mme B ne démontre pas que son taux de prime pour l'année 2017 serait entaché d'illégalité. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions indemnitaires de Mme B relatives à son préjudice financer.
16. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte-tenu notamment de la répétition sur plusieurs années du comportement discriminatoire de l'administration à l'égard de la requérante, celle-ci a effectivement subi un préjudice moral certain. Il sera fait une juste appréciation dudit préjudice en l'évaluant à la somme de 30 000 euros.
En ce qui concerne les intérêts taux légal et la capitation des intérêts :
17. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Mme B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 30 000 euros à compter du 9 juin 2021, date de réception de sa demande par l'Etat.
18. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 15 décembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
19. Mme B demande au tribunal d'enjoindre à l'Etat de procéder au versement de la somme qui lui sera allouée dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Toutefois, dès lors que les dispositions du I de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, reproduites à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que la partie perdante est condamnée à lui verser par cette même décision, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions susvisées tendant à ce qu'il soit enjoint à celle-ci, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de payer cette somme sous astreinte. Ainsi, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions des 25 mai 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à l'administration de procéder au réexamen de la situation de Mme B au titre du taux de prime modulable pour les années 2014, 2015, 2016, 2018 et 2019, dans les conditions définies par les motifs du jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 30 000 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 15 décembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 3 000 euros à Mme B au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 janvier 2024.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2116343-2116344-2116347-2116349-2116350-2127079
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026