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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116464

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116464

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116464
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 juillet et 30 novembre 2021, les 31 mai et 8 décembre 2022, la SAS DFS France, représentée par Me Goarant-Moraglia et Me Dardour-Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 10 juin 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques (DGFIP), suivant l'avis du collège national de second examen des demandes de rescrit, a refusé de faire droit à sa demande d'exonération de taxe sur les surfaces commerciales au titre des locaux du magasin qu'elle exploite sous l'enseigne La Samaritaine à Paris (75001) ;

2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de lui délivrer une décision de rescrit confirmant l'exonération de taxe sur les surfaces commerciales pour La Samaritaine dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours dirigé contre la décision attaquée au titre de l'excès de pouvoir est recevable en ce que celle-ci a entraîné pour elle des effets notables autres que fiscaux ;

- l'activité de commerce de détail exercée dans les locaux, pour lesquels l'exonération de taxe sur les surfaces commerciales est demandée, est antérieure au 1er janvier 1960 ;

- la condition tenant à l'exercice continu d'une activité de commerce de détail est respectée et aucune cessation d'activité n'est caractérisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février, 4 août et 21 décembre 2022, le ministre de l'économie et des finances conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête n'est pas recevable et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2023.

Un mémoire, enregistré le 13 octobre 2023, soit postérieurement à la clôture d'instruction, a été présenté pour la société DFS France et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,

- et les observations de Me Merchadier, représentant la société DFS France.

Considérant ce qui suit :

1. La société DFS, filiale française du groupe hongkongais DFS (Duty Free Shopping), constitué sous forme de joint venture dont le groupe LVMH détient 61% du capital, exploite le magasin La Samaritaine situé dans le 1er arrondissement de Paris. La requérante a adressé, le 29 juin 2020, une demande de rescrit à l'administration fiscale afin d'obtenir la confirmation de ce que les locaux de la Samaritaine continueraient à bénéficier de l'exonération de taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) en faveur des établissements ouverts avant le 1er janvier 1960, à la suite de l'interruption, entre 2005 et 2021, de l'activité commerciale, rendue nécessaire par les lourds travaux effectués pour des raisons de sécurité à la demande de la préfecture de police de Paris. Ayant obtenu une réponse défavorable de l'administration fiscale, la requérante a saisi le collège national de second examen des rescrits en application de l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales, qui a confirmé, le 30 mars 2021, la position initiale de l'administration. Par une décision du 10 juin 2021, qui s'est substituée à la décision initiale, l'administration fiscale a confirmé sa décision de refus de délivrer ce rescrit, dont la société DFS France demande, par la présente requête, l'annulation.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal. Elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () " Selon l'article L. 80 CB du même livre : " Lorsque l'administration a pris formellement position à la suite d'une demande écrite, précise et complète déposée au titre des 1° à 6° ou du 8° de l'article L. 80 B ou de l'article L. 80 C par un redevable de bonne foi, ce dernier peut saisir l'administration, dans un délai de deux mois, pour solliciter un second examen de cette demande, à la condition qu'il n'invoque pas d'éléments nouveaux. / () Lorsqu'elle est saisie d'une demande de second examen, auquel elle procède de manière collégiale, l'administration répond selon les mêmes règles et délais que ceux applicables à la demande initiale, décomptés à partir de la nouvelle saisine. / A sa demande, le contribuable ou son représentant est entendu par le collège. () ".

3. Une prise de position formelle de l'administration sur une situation de fait au regard d'un texte fiscal en réponse à une demande présentée par un contribuable sur le fondement du

1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales présente, eu égard aux effets qu'elle est susceptible d'avoir pour le contribuable et, le cas échéant, pour les tiers intéressés, le caractère d'une décision. En principe, une telle décision ne peut pas, compte tenu de la possibilité d'un recours de plein contentieux devant le juge de l'impôt, être contestée par le contribuable par la voie du recours pour excès de pouvoir. Toutefois, cette voie de droit est ouverte lorsque la prise de position de l'administration, à supposer que le contribuable s'y conforme, entraînerait des effets notables autres que fiscaux et qu'ainsi, la voie du recours de plein contentieux devant le juge de l'impôt ne lui permettrait pas d'obtenir un résultat équivalent. Il en va ainsi, notamment, lorsque le fait de se conformer à la prise de position de l'administration aurait pour effet, en pratique, de faire peser sur le contribuable de lourdes sujétions, de le pénaliser significativement sur le plan économique ou encore de le faire renoncer à un projet important pour lui ou de l'amener à modifier substantiellement un tel projet.

4. La société DFS France fait valoir que la prise de position de l'administration a des effets notables autres que fiscaux au motif qu'elle la place dans une situation économique concurrentielle défavorable par rapport aux autres grands magasins historiques parisiens, qui bénéficient de l'exonération de TASCOM octroyée aux établissements ouverts avant le

1er janvier 1960. Par ailleurs, la requérante soutient que le paiement de la TASCOM la contraint à modifier substantiellement son plan d'affaires, en ce que les taux de commission à la vente avec les marques partenaires, qui représentent plus de 50% de son chiffre d'affaires, ont été négociés sans prise en compte du coût relatif au paiement annuel de la TASCOM, que la décision attaquée la conduit à envisager la réduction du budget de certains départements, qui conduira à la dégradation de ses prestations, de son image de marque et de son attractivité, et à renoncer à des projets importants, tels que le recrutement de salariés à compter de 2022, à la modification du programme d'amélioration des conditions de travail des salariés ou encore au report ou à l'annulation des travaux destinés à l'amélioration du service clients. Enfin, elle évalue le montant de la taxe à payer à une somme comprise entre 1,1 et 1,5 millions d'euros par an en année standard, se traduisant, selon les projections qu'elle effectue pour l'année 2026, par une perte de chiffre d'affaires évaluée entre 12 et 16 millions d'euros. Toutefois, si la décision attaquée implique nécessairement, comme toute imposition affectant les entreprises, une augmentation des charges susceptible d'influencer les choix et projets économiques de la société, et, par conséquent, d'avoir une incidence sur son chiffre d'affaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que les effets autres que fiscaux engendrés par la prise de position de l'administration revêtiraient un caractère notable, dès lors qu'il est constant que le montant de la TASCOM due s'élèverait à moins de 0,5% de son chiffre d'affaires. Une telle proportion n'est, en outre, pas de nature à placer la requérante dans une situation concurrentielle défavorable par rapport aux établissements parisiens ouverts avant le 1er janvier 1960 telle qu'elle aurait pour effet de la pénaliser significativement sur le plan économique. Par ailleurs, si la requérante soutient que les taux de commission à la vente avec les marques partenaires, qui représentent plus de 50% de son chiffre d'affaires, ont été négociés sans prise en compte du coût relatif au paiement annuel de la TASCOM, elle n'en apporte pas la preuve, la note interne émanant de la société DFS France, datée du 31 octobre 2021, soit postérieurement à l'introduction de la présente instance, ne permettant pas de l'établir. Enfin, la méthodologie suivie par la requérante pour évaluer les conséquences de la prise de position de l'administration sur le chiffre d'affaires, en fonction de la répartition des charges induites par l'acquittement de la TASCOM sur les postes de dépenses n'apparaît pas pertinente, dès lors que la société est libre de choisir les postes de dépense affectés et que la correspondance mathématique opérée entre la diminution des postes de dépense et la baisse du chiffre d'affaire n'est pas établie. Par suite, la société DFS France n'est pas fondée à soutenir que la décision en date du 10 juin 2021 par laquelle le DGFIP, suivant l'avis du collège national de second examen des demandes de rescrit, a refusé de faire droit à sa demande d'exonération de taxe sur les surfaces commerciales au titre des locaux du magasin qu'elle exploite sous l'enseigne La Samaritaine à Paris aurait des effets notables autres que fiscaux. Par conséquent, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de cette décision ne sont pas recevables.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société DFS France doivent être rejetées, de même que ses conclusions à fin d'injonction et ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société DFS France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société DFS France et au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

I. OSTYN

Le président,

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2116464/1-1

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