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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116658

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116658

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116658
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BERGER, THIRY ET ASSOCIES - BTA (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 juillet 2021 et 14 mars 2023, la société d'investissement à capital variable (SICAV) OPCI IREEF French Real Estate venant aux droits de la société civile IREEF-Haussmann Paris Propco, représentée par Me Thiry, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement (TSBCS) restant en litige au titre des années 2018 et 2019 à la suite du dégrèvement prononcé par l'administration le 7 juin 2021, et des cotisations de taxe additionnelle sur les surfaces de stationnement (TSS) qu'elle a acquittées au titre des mêmes années ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ensemble immobilier sis 173-175 boulevard Haussmann à Paris (8ème arrondissement), à usage de bureaux, était déconstruit au 1er janvier 2018 et encore inachevé au 1er janvier 2019, et qu'il était donc impropre à cet usage à ces dates ;

- l'administration, qui lui a accordé un dégrèvement total de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018, doit tirer les conséquences de cette décision en matière de TSBCS et de TSS.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Un mémoire, présenté par le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, a été enregistré le 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khansari,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société IREEF-Haussmann Paris Propco a pour objet la location de terrains et d'autres biens immobiliers. Au titre des années 2018 et 2019 et sur le fondement de déclarations qu'elle a spontanément déposées, cette société a été imposée à la taxe annuelle sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement (TSBCS), prévue par les dispositions de l'article 231 ter du code général des impôts, et à la taxe additionnelle sur les surfaces de stationnement (TSS), prévue par les dispositions de l'article 1599 quater C du même code, à raison d'un ensemble immobilier qu'elle détient au 173-175 boulevard Haussmann à Paris (8ème arrondissement). Par des réclamations des 23 août et 9 novembre 2020, la société a sollicité le dégrèvement des cotisations de taxe acquittées au titre de ces deux années d'imposition au motif que les travaux ayant affecté l'ensemble immobilier au 1er janvier 2018 et au 1er janvier 2019 l'ont rendu impropre à son usage et exclu temporairement du champ des taxes susmentionnées. Ces demandes ont fait l'objet d'une acceptation partielle le 7 juin 2021, par laquelle l'administration a accordé à la société IREEF-Hausmann Paris Propco un dégrèvement de la TSBCS à hauteur de la surface démolie dans le cadre des travaux engagés, pour un montant de 90 470 euros. Par la présente requête, la SICAV OPCI IREEF French Real Estate, venant aux droits de la société IREEF-Haussman Paris Propco, demande la décharge des cotisations de TSBCS restées en litige au titre des années 2018 et 2019 et de l'intégralité des cotisations de TSS qu'elle a acquittées au titre des mêmes années.

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable ne peut obtenir la décharge d'une imposition qu'il a, comme en l'espèce, déclarée et spontanément acquittée conformément à ses déclarations qu'à la condition d'en établir le caractère exagéré.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts : " I. - Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et les locaux de stockage est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. / II.- Sont soumises à la taxe les personnes privées ou publiques qui sont propriétaires de locaux imposables ou titulaires d'un droit réel portant sur de tels locaux. / La taxe est acquittée par le propriétaire, l'usufruitier, le preneur à bail à construction, l'emphytéote ou le titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public constitutive d'un droit réel qui dispose, au 1er janvier de l'année d'imposition, d'un local taxable. / III.- La taxe est due : / 1° Pour les locaux à usage de bureaux, qui s'entendent, d'une part, des bureaux proprement dits et de leurs dépendances immédiates et indispensables destinés à l'exercice d'une activité, de quelque nature que ce soit, par des personnes morales privées ou utilisés par l'Etat, les collectivités territoriales, les établissements ou organismes publics et les organismes professionnels () ".

4. Il résulte de ces dispositions, issues de l'article 38 de la loi du 30 décembre 1997 de finances pour 1998, et qui, en accroissant les ressources du fonds d'aménagement de la région Île-de-France, visent à préserver la capacité d'intervention financière de l'État en Île-de-France afin de corriger les déséquilibres de cette région en matière de logement social, de transports collectifs et d'infrastructures de transports, que le propriétaire de locaux à usage de bureaux et de commerces situés en Île-de-France au 1er janvier de l'année d'imposition est assujetti à la taxe qu'elles prévoient, quel que soit l'état de ces derniers, y compris dans le cas où ils sont rendus temporairement impropres à cet usage.

5. Enfin, l'article 1599 quater c dispose que : " I.-Il est institué une taxe annuelle sur les surfaces de stationnement perçue dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France. / II. - Sont soumises à la taxe les personnes privées et publiques propriétaires de surfaces de stationnement ou titulaires d'un droit réel portant sur celles-ci. / La taxe est acquittée par le propriétaire, l'usufruitier, le preneur à bail à construction, l'emphytéote ou le titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public constitutive d'un droit réel qui dispose, au 1er janvier de l'année d'imposition, d'une surface taxable. / III. - Les surfaces de stationnement mentionnées au I s'entendent des locaux ou aires, couvertes ou non couvertes, destinés au stationnement des véhicules et qui font l'objet d'une exploitation commerciale ou sont annexés aux locaux mentionnés aux 1° à 3° du III de l'article 231 ter sans être intégrés topographiquement à un établissement de production () ".

6. En premier lieu, la société requérante soutient que l'ensemble immobilier en litige, à usage de bureaux, était déconstruit au 1er janvier 2018 et encore inachevé au 1er janvier 2019, et qu'il était donc impropre à cet usage à ces dates. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'une telle circonstance n'est pas de nature à faire obstacle à l'assujettissement de ces locaux à la TSBCS, alors même qu'ils auraient été rendus temporairement inexploitables, en l'absence d'un changement de destination de nature à les exclure du champ de cette taxe. Les opérations de restructuration lourdes qui ont été engagées par la société IREEF-Haussmann Paris Propco ne sauraient donc conduire à considérer ces locaux comme un terrain à bâtir échappant à cette taxe. En conséquence, et pour le même motif, les surfaces de stationnement annexées à l'ensemble immobilier du 173-175 boulevard Haussmann, assujetties à la TSS du fait de cette annexion, n'ont pas non plus été exclues du champ de cette dernière taxe.

7. En second lieu, le moyen tiré de la situation des locaux en cause au regard des règles applicables en matière de taxe foncière et de la décision de dégrèvement prise par l'administration en ce qui concerne ladite taxe est, s'agissant d'une législation distincte, sans influence sur les conditions d'assujettissement desdits locaux à la TSBCS et à la TSS.

8. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge sollicitée. Sa requête doit donc être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société OPCI IREEF French Real Estate est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société OPCI IREEF French Real Estate et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. KHANSARI

La présidente,

S. VIDAL La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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