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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116680

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116680

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116680
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantD'ANGELA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2116680 le 3 août 2021, et deux mémoires, enregistrés le 24 juillet 2022 et le 31 août 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) A Transport, représentée par Me d'Angela, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés, assorties des intérêts de retard et majoration de 40% pour manquement délibéré, mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard et majoration de 40% pour manquement délibéré, qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 n'a pas été notifiée au siège social de la société ;

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- les rectifications auxquelles le service a procédé sont contestées en tant qu'elles ne correspondent pas au chiffre d'affaires réel de la société, faute de tenir compte des sommes versées par les associés C et D A sur le compte bancaire de la société ;

- en matière de taxe sur la valeur ajoutée, il n'y a pas lieu de tenir compte des factures de sous-traitance, dès lors qu'elles ont généré de la taxe sur la valeur ajoutée sur les sommes versées par les associés ;

- les rehaussements d'impôt sur le revenu des associés auxquels a procédé le service sont contestés dès lors que les revenus en litige avaient fait l'objet d'une déclaration et qu'il convient de tenir compte des versements effectués par les associés au profit de la société, à des fins de paiement de factures et camions.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 février et le 29 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle concerne l'imposition contestée par M. C A dès lors que la décision de rejet du 18 décembre 2020 n'a pas été contestée par celui-ci dans le délai de recours ;

- les moyens soulevés par la SARL A Transport ne sont pas fondés.

II. Par une réclamation, adressée le 7 décembre 2021 au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris et transmise au tribunal par application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée sous le n° 2207276 le 28 mars 2022, et deux mémoires, enregistrés le 24 juillet 2022 et le 31 août 2022, M. C A, représenté par Me d'Angela, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des intérêts de retard et majoration de 40% pour manquement délibéré, mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 est insuffisamment motivée, faute pour le service d'apporter une quelconque information sur son appréhension des sommes en litige et de produire les chèques sur lequel il se fonde ;

- dès lors que le service ne justifie pas de l'existence des chèques dont il aurait été bénéficiaire, à hauteur de 7 500 et 5 300 euros respectivement au titre de l'année 2015 et 2016, ceux-ci ne peuvent fonder les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige ;

- le service procède à une double imposition à hauteur des montants de 6 160 et 7 674 euros qu'il a déclarés à tort dans la catégorie des traitements et salaires, respectivement au titre des années 2015 et 2016, et qui correspondaient à des sommes prélevées sur la SARL A Transport ;

- le remboursement des sommes qu'il a prêtées à la SARL A, à hauteur de 5 350 et 6 250 euros respectivement au titre des années 2015 et 2016 ne constituent pas un revenu imposable ;

- dès lors que le service n'établit pas le caractère important des droits rappelés, il ne justifie pas du bien-fondé de la majoration de 40% pour manquement délibéré qui a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 mars et 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. C A n'ayant pas présenté d'observations quant au contenu de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018, il lui appartient d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions en litige ;

- les moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés.

III. Par une réclamation, adressée le 7 décembre 2021 au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris et transmise au tribunal par application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée sous le n° 2207349 le 29 mars 2022, et deux mémoires, enregistrés le 24 juillet 2022 et le 31 août 2022, M. D F A, représenté par Me d'Angela, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des intérêts de retard et majoration de 40% pour manquement délibéré, mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 est insuffisamment motivée, faute pour le service d'apporter une quelconque information sur son appréhension des sommes en litige et de produire les chèques sur lequel il se fonde ;

- dès lors que le service ne justifie pas de l'existence des chèques dont il aurait été bénéficiaire, à hauteur de 13 260 et 16 600 euros respectivement au titre de l'année 2015 et 2016, ceux-ci ne peuvent fonder les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige ;

- le service procède à une double imposition à hauteur des montants de 13 750 et 13 376 euros qu'il a déclarés à tort dans la catégorie des traitements et salaires, respectivement au titre des années 2015 et 2016, et qui correspondaient à des sommes prélevées sur la SARL A Transport ;

- le remboursement des sommes qu'il a prêtées à la SARL A, à hauteur de 4 650 et 3 550 euros respectivement au titre des années 2015 et 2016 ne constituent pas un revenu imposable ;

- dès lors que le service n'établit pas le caractère important des droits rappelés, il ne justifie pas du bien-fondé de la majoration de 40% pour manquement délibéré qui a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge.

Par des mémoires en défense, enregistré les 29 mars et 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. D F A n'ayant pas présenté d'observations quant au contenu de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018, il lui appartient d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions en litige ;

- les moyens soulevés par M. D F A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les observations de Me d'Angela, représentant la SARL A Transport, M. C A et M. D F A.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) A Transport, qui exerce une activité de transport de marchandises et location de véhicules, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 ayant donné lieu à échanges contradictoires, le service a fait connaître à la société son intention de lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard et d'une majoration pour manquement délibéré, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ainsi que des cotisations d'impôt sur les sociétés, également assorties des mêmes intérêts de retard et majoration, au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Par deux propositions de rectification également datées du 19 juillet 2018, le service a fait connaître à M. D F A ainsi qu'à M. C A son intention de tirer les conséquences du contrôle diligenté à l'encontre de la société dont ils étaient respectivement associé-gérant et associé, en mettant à leur charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, assorties des intérêts de retard et majoration pour manquement délibéré de 40%, au titre des années 2015 et 2016, procédant de la rectification de leurs revenus dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. La réclamation présentée par la SARL A Transport en date du 20 décembre 2018, faisant suite à l'avis de mise en recouvrement en date du 14 décembre 2018, a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 11 juin 2021. La seconde réclamation présentée par M. C A en date du 7 décembre 2021 a été soumise d'office au tribunal par l'administration fiscale en application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales. De même, après qu'une première réclamation présentée par M. D F A en date du 6 février 2019 avait donné lieu à décharge partielle, celui-ci a présenté deux nouvelles réclamations en date des 22 février et 7 décembre 2021. Cette dernière a été soumise d'office au tribunal par l'administration fiscale en application du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales. Par les requêtes susvisées, la SARL A Transport, M. D E et M. C A demandent la décharge des impositions ainsi maintenues à leur charge.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2116680, n° 2207276 et n° 2207349, présentées pour la SARL A Transport, M. C A et M. D F A présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité des procédures d'imposition :

S'agissant de l'adresse de notification de la proposition de rectification à destination de la SARL A Transport :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ".

4. La SARL A Transport soutient que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 lui a été incorrectement notifiée dès lors qu'elle n'a pas été adressée au siège social de la société. Toutefois, le service produit le pouvoir établi en date du 13 avril 2018 par le gérant de la SARL A permettant à M. B du cabinet CED, destinataire de la proposition de rectification, de faire toutes démarches auprès du service vérificateur. Ce pouvoir mentionne une élection de domicile chez son bénéficiaire. Au surplus, il résulte des termes des observations du contribuable transmises par M. B en date du 21 septembre 2018, ainsi que du courrier de M. D A en date du 26 juillet 2018 qui lui était annexé, que la proposition de rectification était parvenue au contribuable. Le moyen doit donc être écarté.

S'agissant de la motivation des propositions de rectification :

5. Aux termes de l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 adressée à la SARL A Transport comporte la désignation des impôts concernés, à savoir la taxe sur la valeur ajoutée et l'impôt sur les sociétés, de l'année d'imposition, en l'espèce la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, et de la base d'imposition. Elle énonce en outre les motifs sur lesquels l'administration a entendu se fonder pour justifier les rectifications envisagées. Dans ces conditions, dès lors que la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 permettait à la SARL A Transport de formuler ses observations de façon utile, le moyen tiré du défaut de motivation dont elle serait entachée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte des termes de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 adressée à M. D F A que celle-ci était consécutive aux rehaussements notifiés à la SARL A Transport par une proposition de rectification datée du même jour et dont une copie se trouvait jointe au pli adressé à M. D F A. En outre, cette proposition de rectification mentionne, d'une part, qu'un montant de 2 442 euros correspondant au solde créditeur non justifié du compte courant de M. D F A au titre de l'exercice clos en 2015, associé-gérant de la SARL A Transport, a été regardé comme un revenu lui ayant été distribué au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. D'autre part, ce document mentionne qu'il a été relevé au cours de la vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la SARL A Transport que M. D F A avait bénéficié au titre des années 2015 et 2016 de disponibilités au moyen de retraits espèce, sans contrepartie connue, ainsi que de sommes appréhendées au moyen de la signature bancaire et de la carte de paiement de la société, qui auraient servi à régler des dépenses de la société qui n'étaient toutefois pas justifiées. Le service relève que ces sommes ont été regardées comme des avantages occultes accordés à M. D F A au sens du c de l'article 111 du code général des impôts. Est enfin précisé dans cette proposition de rectification qu'il y a lieu de soumettre les revenus de capitaux mobiliers ainsi rectifiés aux prélèvements sociaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 adressée à M. D F A doit être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte des termes de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 adressée à M. C A que celle-ci était consécutive aux rehaussements notifiés à la SARL A Transport par une proposition de rectification datée du même jour et dont des extraits se trouvait joints au pli adressé à M. C A. En outre, cette proposition de rectification mentionne, d'une part, qu'un montant de 2 360 euros correspondant au solde créditeur non justifié du compte courant de M. C A au titre de l'exercice clos en 2015, associé de la SARL A Transport, a été regardé comme un revenu lui ayant été distribué au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. D'autre part, ce document mentionne qu'il a été relevé au cours de la vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la SARL A Transport que M. C A avait bénéficié au titre des années 2015 et 2016 de sommes appréhendées au moyen de la signature bancaire et de la carte de paiement de la société à hauteur respectivement de 7 500 et 5 300 euros, qui auraient servi à régler des dépenses de la société qui n'étaient toutefois pas justifiées. Le service relève que ces sommes ont été regardées comme des avantages occultes accordés à M. C A au sens du c de l'article 111 du code général des impôts. Est enfin précisé dans cette proposition de rectification qu'il y a lieu de soumettre les revenus de capitaux mobiliers ainsi rectifiés aux prélèvements sociaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 adressée à M. C A doit être écarté.

S'agissant de l'absence de production des chèques ayant servi à fonder les impositions mises à la charge de MM. C et D E :

9. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

10. A supposer que MM. C et D Fiotigui A aient entendu, dans leurs requêtes respectives, invoquer le défaut de respect, par l'administration, des dispositions qui précèdent, dès lors qu'elle n'avait pas produit les chèques sur lesquels elle s'était fondée pour établir les impositions en litige, ils n'établissent ni même n'allèguent avoir sollicité leur communication avant leur mise en recouvrement.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la SARL A Transport :

11. Au cours de la vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la SARL A Transport, le service a d'abord, sur le fondement du faisceau d'indices tenant au caractère non justifié de prestations comptabilisées en charges déductibles de son bénéfice imposable, de l'absence de paiement avéré de telles charges ainsi que de sorties de trésorerie au profit de tiers, rejeté la comptabilité de la société comme dépourvue de caractère probant. S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, le service a d'une part, sur le fondement d'une demande de renseignements effectuée auprès de la société KO Transport, relevé que la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur des factures émises à destination de cette société n'avait pas donné lieu à comptabilisation et, d'autre part, remis en cause des déductions au titre de prestations ne correspondant à aucune écriture comptable ou ne pouvant être déduites en l'absence de justificatif de paiement, du fait du caractère redondant ou anticipé de cette déduction, du caractère fictif de ces dépenses, du caractère non établi de la réalité des prestations ou du fait que le fournisseur n'était pas légalement autorisé à effectuer la facturation en cause. S'agissant de l'impôt sur les sociétés, après avoir tenu compte des rectifications effectuées au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, le service a considéré les montants facturés à la société KO Transport n'ayant pas fait l'objet d'une comptabilisation comme des minorations de produits au titre de l'exercice clos en 2016, a annulé au titre des exercices clos en 2015 et 2016 le déficit antérieur reportable imputé et non justifié et a remis en cause la déductibilité de charges non justifiées ou ne pouvant être déduites. Le service a enfin majoré le résultat au titre de l'exercice 2015 à hauteur des dettes inscrites au passif du bilan de la société n'ayant pas été justifiées.

12. En premier lieu, pour contester les rectifications effectuées par le service, la SARL A Transport soutient que les sommes retenues ne sont pas conformes au montant du chiffre d'affaires réel de la société, faute de tenir compte des sommes versées par ses associés MM. D F et C A, ces sommes pouvant créer de la valeur. Toutefois, l'existence de montants versés par les associés, dont la mention n'est assortie d'aucune précision, ne saurait en elle-même avoir d'impact sur le montant du chiffre d'affaires de la société, la circonstance que ces sommes soient susceptibles de créer de la valeur étant à cet égard dépourvue d'incidence.

13. En deuxième lieu, la SARL A Transport soutient qu'il convient uniquement de prendre en compte la taxe sur la valeur ajoutée collectée déclarée et payée au moyen des formulaires CA3. A supposer que la société ait entendu contester le chef de rectification concernant l'omission de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre des factures datées de l'année 2016 de prestations adressées par la SARL A Transport à la société KO Transport d'un montant total de 9 750 euros hors taxes, le service a relevé qu'il ressortait de ces factures, obtenues au moyen de l'usage de son droit de communication, que la société était un client de la SARL A et que ces factures n'avaient donné lieu à aucune comptabilisation ni déclaration, malgré l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.

14. En troisième lieu, la SARL A Transport soutient que, pour établir les impositions en litige, le service n'a pas tenu compte du montant des factures déclarées. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11, la remise en cause par le service de la déductibilité, au titre de la taxe sur la valeur ajoutée comme du bénéfice imposable, de prestations retranscrites en comptabilité de la SARL A Transport est liée à leur caractère non justifié, à la circonstance qu'elles correspondaient à des doublons, à des dépenses fictives, à des prestataires inexistants, à des prestations non justifiées ou à des opérations non déductibles.

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 14, et en l'absence de tout élément de justification ou d'argumentation circonstanciée de la part de la société requérante, que le service doit être regardé comme établissant le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés à la SARL A Transport au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ainsi que des cotisations d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

S'agissant de M. D F A :

Quant à la charge de la preuve :

16. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

17. Le service fait valoir sans être contredit que M. D F A n'a pas produit d'observations dans le délai légal à la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 qui lui avait été adressée. Dans ces conditions, il revient à celui-ci de démontrer le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

Quant au bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à la charge de M. D F A :

18. En premier lieu, la circonstance que le service n'aurait pas produit les chèques ayant servi à fonder les impositions mises à la charge de M. D F A est en elle-même sans incidence sur le bien-fondé de ces impositions.

19. En deuxième lieu, M. D F A soutient qu'en ne tenant pas compte des montants de 13 750 et 13 376 euros correspondant à des sommes prélevées sur la SARL A Transport et déclarés par lui, par erreur, dans la catégorie des traitements et salaires respectivement au titre des années 2015 et 2016, le service procède à une double imposition. Toutefois, pour justifier de ces montants et de leur nature, M. D E se borne à produire des formulaires déclaratifs à l'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 faisant état de ce que ces montants, qui ne peuvent être corrélés aux rectifications effectuées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, ont été inscrits dans la case " TAP - autres revenus imposables connus ".

20. En troisième lieu, M. D E soutient qu'une partie des sommes perçues correspond à des remboursements de prêts, d'un montant respectif de 4 650 et 3 550 euros en 2015 et 2016. Pour justifier l'existence de ces prêts, M. D E produit des copies de chèques établis à l'ordre de la société A Transport, apparaissant en outre au débit de son compte en banque. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir que ces sommes, dont les montants ne peuvent être corrélés aux rectifications effectuées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, devraient être regardées comme des prêts ayant fait l'objet d'un remboursement.

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 18 à 20 que M. D F A n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

S'agissant de M. C A :

Quant à la charge de la preuve :

22. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

23. Le service fait valoir sans être contredit que M. C A n'a pas produit d'observations dans le délai légal à la proposition de rectification en date du 19 juillet 2018 qui lui avait été adressée. Dans ces conditions, il revient à celui-ci de démontrer le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

Quant au bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à la charge de M. C A :

24. En premier lieu, la circonstance que le service n'aurait pas produit les chèques ayant servi à fonder les impositions mises à la charge de M. C A est en elle-même sans incidence sur le bien-fondé de ces impositions.

25. En deuxième lieu, M. C A soutient qu'en ne tenant pas compte des montants de 6 160 et 7 674 euros correspondant à des sommes prélevées sur la SARL A Transport et déclarés par lui, par erreur, dans la catégorie des traitements et salaires respectivement au titre des années 2015 et 2016, le service procède à une double imposition. Toutefois, pour justifier de ces montants et de leur nature, M. C A se borne à produire des formulaires déclaratifs à l'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 faisant état de ce que ces montants, qui ne peuvent être corrélés aux rectifications effectuées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, ont été inscrits dans la case " TAP - autres revenus imposables connus ".

26. En troisième lieu, M. C A soutient qu'une partie des sommes perçues correspond à des remboursements de prêts, d'un montant respectif de 5 350 et 6 250 euros en 2015 et 2016. Pour justifier l'existence de ces prêts, M. C A produit des copies de chèques établis à l'ordre de la société A Transport, apparaissant en outre au débit de son compte en banque. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir que ces sommes, dont les montants ne peuvent être corrélés aux rectifications effectuées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016, devraient être regardées comme des prêts ayant fait l'objet d'un remboursement.

27. Il résulte de ce qui a été dit aux points 24 à 26 que M. C A n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

En ce qui concerne les majorations pour manquement délibéré ayant assorti les impositions mises à la charge de MM. D F et C A :

28. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

29. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

30. Il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que l'application, par le service, de la majoration pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts soit conditionnée à la démonstration de l'importance quantitative de ce manquement. En tout état de cause, en relevant, dans les propositions de rectification qui leur étaient respectivement adressées, que tant M. D E que M. C A n'avaient pas fait apparaître dans leurs déclarations de revenus au titre des années 2015 et 2016 ni les montants appréhendés de la SARL A Transport au titre de prestations dépourvues de contrepartie réelles ni les sommes inscrites sans justification au crédit du compte courant d'associé ouvert à leur nom en 2015, le service doit être regardé comme justifiant du bien-fondé de l'application de la majoration pour manquement délibéré à l'égard de MM. D F et C A au titre des années 2015 et 2016.

31. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, que les conclusions présentées à fin de décharge par la SARL A Transport, M. D E et M. C A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que la SARL A Transport, M. D E et M. C A demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2116680, 2207276 et 2207349 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée A Transport, à M. D E, à M. C A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-3,

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