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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118289

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118289

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118289
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET GALLICA (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2118289 le 28 août 2021, et des mémoires enregistrés les 30 septembre 2022, 14 octobre 2022, 30 novembre 2022 et 26 décembre 2022, la ministre de la culture, représentée par la SELARL D4 Avocats associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'appeler à la cause la société Idex Energies ;

2°) à défaut, de joindre la présente instance avec l'instance n°2118331 ;

3°) de condamner solidairement la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, M. D B, la société Architectures D B, la société Frederic Druot Architecture, la société Setec, la société Cabinet Philippe Votruba et la société Oteis France à lui verser la somme de 2 790 101,18 euros, à parfaire, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

4°) de les condamner solidairement à prendre intégralement en charge les frais d'expertise, pour un montant de 13 513,67 euros ;

5°) de mettre à la charge des défendeurs une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'appel à la cause de la société Idex Energies lui permettrait de produire tout document justifiant ses opérations d'entretien ou de maintenance sur l'équipement en cause ;

- son action, fondée sur la mise en jeu de la responsabilité contractuelle des constructeurs en cas de fautes assimilables, par leur nature et leur gravité, à une fraude ou à un dol, n'est pas prescrite dès lors qu'elle relève du régime de la prescription trentenaire inspiré initialement de l'article 2262 du code civil et qu'à supposer même qu'une telle action relève de la prescription décennale de l'article 1792-4-3 du code civil issu de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile, celle-ci ne serait pas applicable dès lors que la réception des travaux, fait générateur, est antérieure à son entrée en vigueur ;

- à titre subsidiaire, à supposer même que la prescription quinquennale soit applicable, son action n'est pas prescrite dès lors que le point de départ est la date à laquelle le ministère connaissait ou aurait dû connaître l'existence de la faute commise, soit le jour du dépôt du rapport d'expertise en juin 2019 ;

- le rapport de l'expert Chéron est pleinement utilisable à titre d'élément d'information quand bien même certaines parties n'ont pas été attraites aux opérations d'expertise dès lors que ce défaut de contradictoire est resté sans incidence sur les conclusions du rapport et que les parties ont pu présenter leurs observations lors de la procédure contentieuse ;

- la société Cegelec, titulaire du lot n°13 " Plomberie - Protection incendie " du marché de travaux a commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol de nature à engager sa responsabilité dès lors que le dispositif installé n'était intentionnellement pas conforme aux prescriptions de l'article 33 du règlement d'assainissement de la Ville de A dans sa version de 1998 , ni aux prescriptions de l'article 44 du règlement sanitaire du département de A du 20 novembre 1979, qui prévoyaient l'installation d'un tampon étanche assez puissant pour résister à la pression des eaux et éviter tout refoulement dans les orifices présents sur les canalisations intérieures situées à un niveau inférieur à celui de la voie alors qu'il lui appartenait d'exécuter les prestations conformément à la réglementation en vigueur ;

- lors de la montée des eaux, le dispositif en place a été expulsé de son logement dès que la pression a dépassé le seuil de 0,2 bar, alors que la mise en place d'un bouchon expansible avec un collier à griffes, conformément aux prescriptions du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) et du règlement d'assainissement de la Ville de A aurait pu éviter le sinistre ;

- le dimensionnement possiblement insuffisant des canalisations d'évacuation de la Ville de A n'a eu aucun rôle causal dans la survenance du sinistre, ce dernier ayant eu pour seule et unique cause l'absence de conformité à la réglementation en vigueur du dispositif installé par la société Cegelec ;

- le dispositif installé n'a pas été altéré après la réception des travaux ;

- la société Cegelec a également commis une faute assimilable à une faute ou à un dol en n'attirant pas l'attention du groupement de maîtrise d'œuvre sur le caractère insuffisant du dispositif demandé et mis en place ;

- le groupement de maîtrise d'œuvre représenté par M. B a commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol de nature à engager sa responsabilité lors de la conception du projet dans la mesure où le CCTP du lot n° 13 n'a pas pris en compte de manière effective les dispositions du règlement d'assainissement de la Ville de A ;

- il a également commis une faute de même nature lors de la réception des ouvrages dans la mesure où il n'a pas alerté le maître d'ouvrage de l'absence de conformité des installations réalisées par la société Cegelec au règlement d'assainissement alors qu'il le savait pertinemment ;

- les pluies orageuses de la nuit du 9 au 10 juillet 2017 ne constituent pas un cas de force majeure de nature à exonérer les défendeurs de leur responsabilité dès lors que des orages d'intensité similaire ont eu lieu en 1995 et en 2001 ;

- les préjudices subis s'élèvent à 2 790 101,18 euros, décomposés comme suit : 244 304,05 euros au titre des renforts de prestataires, 1 703 355,16 euros au titre de la sauvegarde des archives publiques, 21 226,24 euros au titre des dépenses de logistique, 269 728,61 euros au titre du nettoyage des locaux et matériels, 513 896,89 euros au titre des équipements techniques et de sécurité impactés par le sinistre et à remplacer, 11 658,40 euros au titre des frais de procédure, 21 971,83 euros au titre de l'indemnisation par le ministère de la culture du préjudice subi par la société COMPASS GROUP impactée par le sinistre, et 3 960 euros au titre de l'indemnisation par le ministère de la culture du préjudice subi par la société ARN également impactée par le sinistre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 avril, le 21 juillet, le 2 et le 3 novembre 2022, la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, représentée par la SELARL Clot Avocats, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Idex Energies, M. D B, la société Architectures D B, la société Frédéric Druot architecture, la société Setec, la société Cabinet Philippe Votruba et la société Oteis France à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 20 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, cette dernière ne venant pas aux droits de la société Cegelec A titulaire du marché public de travaux ;

- la demande est prescrite en application de la loi du 17 juin 2008 interdisant l'application au cas présent de la prescription trentenaire, dès lors qu'elle a fait courir un nouveau délai de prescription de dix ou cinq ans qui, en tout état de cause, prescrivait l'action du ministère au 19 juin 2013 ou au 19 juin 2018, et que le point de départ de la prescription est le fait générateur du dommage et non l'origine frauduleuse du dommage ;

- le rapport d'expertise n'est pas opposable, dès lors qu'il a méconnu le principe du contradictoire ;

- les intempéries du 9 au 10 juillet 2017 constituent un événement de force majeure exonérant la société de toute responsabilité ;

- la société s'est conformée aux règles précises du CCTP en ce qui concerne l'interposition d'un clapet anti-retour sur chaque branchement à l'égout et l'installation de raccords d'ancrage et de colliers à griffes sur chaque changement de direction des collecteurs ;

- en l'absence de toute violation intentionnelle par dissimulation ou fraude, rien ne permet d'établir l'existence d'une faute dolosive ;

- le caractère réel, direct et certain des préjudices allégués avec la faute alléguée n'est pas établi ;

- les moyens soulevés par le ministère de la culture ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, la société Setec, représentée par Me Creissels, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Idex Energies, la société Cegelec et la société Cegelec Tertiaire Île-de-France à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'action du ministère de la culture est prescrite en application de la loi du 17 juin 2008 ;

- le rapport d'expertise ne lui est pas opposable, dès lors qu'il a méconnu le principe du contradictoire ;

- les intempéries du 9 au 10 juillet 2017 constituent un événement de force majeure exonérant la société de toute responsabilité ;

- en l'absence de toute violation intentionnelle par dissimulation ou fraude, rien ne permet d'établir l'existence d'une faute dolosive ;

- les termes du CCTP étaient conformes aux prescriptions réglementaires en vigueur ;

- les moyens soulevés par le ministère de la culture ne sont pas fondés ;

- s'agissant des préjudices, le lien de causalité entre les dépenses de gardiennage et les conséquences de l'inondation n'est pas établi et ce poste n'est pas justifié ni dans son principe, ni dans son quantum ;

- aucune explication n'est donnée par le ministère sur la justification de prestations complémentaires technicien CFO/CFA et de standard téléphonique ;

- les dépenses de transfert et d'externalisation des archives sèches ne sont pas justifiées dès lors que ces archives n'ont pas été affectées par l'inondation ;

- aucune pièce n'est produite démontrant la réalité et l'étendue des dégradations des archives à la suite de l'inondation, ni la nécessité de leur remise en état ;

- les frais de restauration du personnel en lien avec les conséquences de l'inondation ne sont pas justifiés, ni les frais de fermeture du site, ni les achats de biens de première nécessité, ni la location de détecteurs de gaz, d'achat de thermo-hygromètres, ni les dépenses de taxi et les dépenses de mobilier ;

- les dépenses de nettoyage des locaux et matériels ne sont pas justifiées ;

- le lien de causalité direct et certain entre les dépenses d'équipements techniques et de sécurité et le sinistre n'est pas établi ;

- il n'est pas démontré que les sommes versées aux sociétés Compas Group et ARN présentent un lien direct avec le sinistre ;

- le ministère de la culture doit conserver à sa charge les frais d'expertise ;

- il incombait en tout état de cause à la société Cegelec de fournir et mettre en œuvre le tampon expansif adéquat, ou à la société Idex Energies de vérifier les tampons et leur étanchéité et de procéder à une maintenance corrective.

Par des mémoires enregistrés le 28 juillet, le 1er novembre et le 22 décembre 2022, M. D B et la société Architectures D B, représentés par Me Labetoule, demandent au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les demandes de condamnation solidaire de l'ensemble des défendeurs à l'instance et les demandes d'appels en garantie formulées à leur encontre par les sociétés Cegelec, Cegelec Tertiaire Île-de-France et Cabinet Philippe Votruba ;

3°) de prononcer le partage de responsabilité entre les condamnés et de répartir la contribution à la charge finale en considération de ce partage ;

4°) de fixer à 0% la part attribuée à M. B et à la société Architectures D B ;

5°) de condamner solidairement la société Frédéric Druot Architecture, la société Setec Bâtiment, la société Cabinet Philippe Votruba, la société Oteis France, la société Idex Energies et la société Cegelec Tertiaire Île-de-France à les garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le rapport d'expertise n'est pas opposable, dès lors qu'il a méconnu le principe du contradictoire ;

- aucune faute ne peut leur être reprochée lors de la conception du projet, les pièces du marché attribué à la société Cegelec étant conformes aux normes applicables ;

- les installations réalisées comprenaient bien un tampon étanche résistant à la pression normale des reflux des eaux d'égout, conforme au règlement litigieux ;

- aucune pièce ne permet d'établir que le bouchon observé par l'expert était bien celui installé par la société Cegelec ;

- en l'absence de toute violation intentionnelle par dissimulation ou fraude, rien ne permet d'établir l'existence d'une faute dolosive ;

- les intempéries du 9 au 10 juillet 2017 constituent un événement de force majeure exonérant la société de toute responsabilité ;

- les moyens soulevés par le ministère de la culture ne sont pas fondés ;

- les montants des préjudices invoqués par le ministère en ce qui concerne les renforts de prestataires, les dépenses de logistique, les équipements techniques et de sécurité à remplacer, les frais de procédure, l'indemnisation de la société Compass Group et l'indemnisation de la société ARN ne sont pas justifiés ;

- les frais d'expertise ne peuvent être mis à leur charge, dès lors qu'ils n'étaient pas partie à l'expertise.

Par des mémoires enregistrés le 31 janvier, le 2 et le 8 novembre 2022, la société Oteis France, représentée par Me Berbari, demande au tribunal :

1°) de prononcer sa mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter la requête ;

3°) de rejeter tout appel en garantie ou toute demande de condamnation solidaire dirigé contre elle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de M. D B et des sociétés Architectures D B, Cegelec, Cegelec Tertiaire Île-de-France et Cabinet Philippe Votruba une somme de 500 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'Etat n'articule aucun grief de nature à l'affecter personnellement, en l'absence de tout document contractuel le liant à la société Oteis France ;

- l'Etat produit lui-même les stipulations contractuelles établissant la part qui revenait aux constructeurs, quels qu'ils fussent, dans l'exécution des travaux ;

- la nature décennale du sinistre n'est pas établie ;

- le caractère volontaire de la prétendue faute, ou sa gravité, ne sont pas établis ;

- les moyens soulevés par le ministère de la culture ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 15 juin et le 9 novembre 2022, la société Cabinet Philippe Votruba, représentée par Me Cadix, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, la société Cegelec, M. D B, et les sociétés Architectures D B, Frédéric Druot Architecture, Setec et Oteis France à la garantir de toute condamnation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'action en responsabilité est prescrite ;

- la fraude ou le dol ne sont pas démontrés ;

- le rapport d'expertise n'est pas opposable, dès lors qu'il a méconnu le principe du contradictoire ;

- la responsabilité de la maîtrise d'œuvre dans la rédaction du descriptif du lot " Plomberie - Protection incendie " n'est pas établie ;

- l'existence d'un dol exclurait l'application d'une condamnation solidaire ;

- la société Cabinet Philippe Votruba n'a ni établi le descriptif du lot " Plomberie - Protection incendie ", ni suivi la réalisation des travaux du même lot ;

- les préjudices allégués par l'Etat ne sont pas établis ;

- les moyens soulevés par le ministère de la culture ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2118331 le 28 août 2021, et des mémoires enregistrés les 29 avril et le 31 mai 2022, la ministre de la culture, représentée par la SELARL D4 Avocats associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Idex Energies à lui verser la somme de 2 790 101,18 euros, à parfaire, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

2°) de mettre à la charge de la société Idex Energies les frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge de la société Idex Energies une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société a commis une faute contractuelle en manquant à ses obligations de maintenance préventive et corrective prévues par les articles 6.4 et 6.5 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP), en l'absence de toute vérification sérieuse des tampons et de leur étanchéité comme l'exigeait l'article 5.3 de l'annexe n° 1 au CCTP, et faute d'avoir respecté les modalités d'intervention en urgence prévues à l'article 6.5 ;

- la société a commis une faute contractuelle en manquant à son obligation d'information et de conseil imposée par l'article 9.1 du CCTP faute de l'alerter sur la non-conformité du tampon aux dispositions du règlement sanitaire de la Ville de A et la nécessité de le doter d'un collier à griffes conformément à la documentation technique du fabricant ;

- son manquement a entraîné une perte de chance réelle et sérieuse d'empêcher la survenance des préjudices résultant du refoulement des eaux usées du 10 juillet 2017 ;

- les réseaux " eaux pluviales " du site des Bons Enfants étaient compris dans le périmètre du lot alloué à la société Idex Energies ;

- les pluies du 9 au 10 juillet 2017 ne peuvent constituer un événement de force majeure ;

- la circonstance que les travaux de restructuration aient été réceptionnés en 2004 n'exonère pas la société Idex Energies de sa responsabilité ;

- les préjudices subis s'élèvent à 2 790 101,18 euros, décomposés comme suit : 244 304,05 euros au titre des renforts de prestataires, 1 703 355,16 euros au titre de la sauvegarde des archives publiques, 21 226,24 euros au titre des dépenses de logistique, 269 728,61 euros au titre du nettoyage des locaux et matériels, 513 896,89 euros au titre des équipements techniques et de sécurité impactés par le sinistre et à remplacer, 11 658,40 euros au titre des frais de procédure, 21 971,83 euros au titre de l'indemnisation par le ministère de la culture du préjudice subi par la société Compass Group impactée par le sinistre, et 3 960 euros au titre de l'indemnisation par le ministère de la culture du préjudice subi par la société ARN également impactée par le sinistre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 octobre 2021 et le 22 juin 2022, la société Idex Energies, représentée par la SELAS Porcher et Associés, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tampon litigieux était placé sur le réseau intérieur d'évacuation, alors que l'annexe au CTP prévoit, parmi les prestations attendues, une vérification de l'état des tampons et de leur étanchéité sur le réseau extérieur d'évacuation ;

- il n'était atteint d'aucun défaut visible et était en parfait état au moment du sinistre ;

- la vérification des modèles de tampons dans les installations intérieures n'était pas à la charge de la société Idex Energies ;

- les intempéries du 9 au 10 juillet 2017 constituent un cas de force majeure ;

- en l'absence de faute, la responsabilité de la société Idex Energies ne peut être invoquée ;

- à titre subsidiaire, le préjudice indemnisable ne pourrait correspondre qu'à une somme maximale de 1 870 053,42 euros, à laquelle devrait être appliquée une perte de chance.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doan ;

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public ;

- et les observations de la SELARL D4 Avocats associés, représentant la ministre de la culture, la SELARL Clot Avocats, représentant la société Cegelec, Me Labetoule, représentant M. B et la société Architectures D B, Me Berbari, représentant la société Oteis France, et la SELAS Porcher et Associés, représentant la société Idex Energies.

Une note en délibéré, enregistrée le 8 janvier 2024, a été présentée pour la ministre de la culture par la SELARL D4 Avocats associés dans le dossier n° 2118289.

Considérant ce qui suit :

1. Le ministère de la culture a fait réaliser, en 2004, d'importants travaux de restructuration sur son immeuble des " Bons Enfants " à A, situé 182 rue Saint-Honoré. Les travaux ont été confiés à un groupement de maîtrise d'œuvre composé notamment de M. D B, architecte mandataire solidaire, des sociétés Architectures D B et Frédéric Druot Architecture, ainsi que des sociétés Setec Equipements devenue Setec Bâtiment, Cabinet Fernand Tomasina, devenue Cabinet Philippe Votruba et Sechaud et Bossuyt, devenue Oteis France. La société Cegelec A, aux droits de laquelle vient la société Cegelec Tertiaire Île-de-France à raison d'un apport partiel d'actif à compter du 31 août 2012, a obtenu le lot " Plomberie - Protection incendie ". Les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 16 décembre 2004 et celles-ci ont été levées le 11 mars 2005. Par ailleurs, la société Idex Energies s'est vu confier, le 19 juillet 2015, la maintenance des installations de plomberie, protection incendie et désenfumage du site. Les 9 et 10 juillet 2017, de très fortes pluies, à l'origine d'une déclaration de catastrophe naturelle par un arrêté du ministre de l'intérieur du 26 novembre 2018, ont causé des inondations dans le bâtiment des " Bons Enfants ", provoquant d'importants dégâts constatés par huissier les 11 et 18 juillet 2017. Saisi par le ministre de la culture le 2 août 2017, le juge des référés du tribunal, par une ordonnance n° 1712698/11-3 du 9 octobre 2017, a ordonné une expertise et désigné M. C en qualité d'expert. Après extension des opérations d'expertise, ce dernier a déposé son rapport le 3 juin 2019, et a conclu que le sinistre était dû à la défaillance d'un tampon expansible sous la pression des eaux, non conforme au règlement d'assainissement de la Ville de A. Le ministère de la culture a adressé, le 16 septembre 2019, une réclamation à la société Idex Energies, qui y a opposé une fin de non-recevoir le 3 octobre 2019. Le 22 et le 24 avril 2020, il a adressé en vain une réclamation à M. D B, représentant le groupement de maîtrise d'œuvre, et à la SAS Cegelec. Par les présentes requêtes, la ministre de la culture sollicite l'indemnisation des préjudices du fait des manquements de la société Cegelec A, de M. D B, des sociétés Architectures D B et Frédéric Druot Architecture, des sociétés Setec, Cabinet Philippe Votruba et Oteis France, d'une part, et de la société Idex Energies, d'autre part.

2. Les deux requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la responsabilité de la société Cegelec et du groupement de maîtrise d'œuvre :

3. L'expiration du délai de l'action en garantie décennale ne décharge pas les constructeurs de la responsabilité qu'ils peuvent encourir en cas ou bien de fraude ou de dol dans l'exécution de leur contrat, ou bien d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol, caractérisée par la violation grave, par sa nature ou ses conséquences, de leurs obligations contractuelles, commises volontairement et sans qu'ils puissent en ignorer les conséquences.

En ce qui concerne la société Cegelec :

4. En premier lieu, la ministre de la culture sollicite la mise en jeu de la responsabilité de la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, pour une faute assimilable à une fraude ou à un dol en soutenant que l'entreprise avait connaissance de la non-conformité de ses prestations aux prescriptions réglementaires applicables prévues par l'article 44 du règlement sanitaire de la Ville de A ou à l'article 30 du règlement d'assainissement de la Ville de A qu'il lui revenait de respecter en vertu du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n° 13 " Plomberie - Protection incendie " dont elle avait la charge de la réalisation, en l'absence de mise en place d'un tampon étanche muni d'un collier à griffes et d'installation d'un dispositif anti-refoulement.

5. Aux termes de l'article 44 de l'arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de A : " En vue d'éviter le reflux des eaux d'égout dans les caves, sous-sols et cours lors de l'élévation exceptionnelle de leur niveau jusqu'à celui de la voie publique desservie, les canalisations d'immeubles en communication avec les égouts et notamment leurs joints sont établis de manière à résister à la pression correspondante. De même tous regards situés sur des canalisations à un niveau inférieur à celui de la voie vers laquelle se fait l'évacuation doivent être normalement obturés par un tampon étanche résistant à ladite pression. / () ". Aux termes de l'article 30 du règlement d'assainissement de A du 25 mai 1998, en vigueur à la date de signature du marché le 10 janvier 2002 comme à celle de la réalisation des travaux du lot n° 13 : " En fonctionnement normal du réseau, les hauteurs d'eau, par temps de pluie, peuvent atteindre le niveau de la voie publique. / Dans ces conditions, et sauf dispositions prévues dans la convention de branchement, l'usager doit se prémunir de toutes les conséquences de ce fonctionnement du réseau, notamment en cas de présence d'installations sanitaires en sous-sol. / En vue d'éviter le reflux des eaux usées et pluviales depuis l'égout public dans les caves, sous-sols et cours, les canalisations intérieures et notamment leurs joints, sont établis de manière à résister à la pression correspondant au niveau fixé ci-dessus. / De même, tous les orifices sur ces canalisations, situés à un niveau inférieur à celui de la voie vers laquelle se fait l'évacuation doivent être normalement obturés par un tampon étanche résistant à ladite pression. / Enfin, tout appareil d'évacuation se trouvant à un niveau inférieur à celui de la chaussée dans laquelle se trouve l'égout public, doit être muni d'un dispositif anti-refoulement contre le reflux des eaux usées et pluviales. / () ".

6. Par ailleurs, le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

7. A l'appui de sa demande, la ministre de la culture se prévaut du rapport d'expert du 3 juin 2019 qui, après avoir relevé que " le sinistre s'est produit initialement au niveau de la conduite de raccordement des eaux pluviales ", souligne que son unique cause tient au tampon expansible qui ne répond pas aux exigences techniques du règlement d'assainissement de la Ville de A de 2013, en présentant une " tenue à la pression () faible ", tout en indiquant par ailleurs que si aucun dispositif anti-retour des eaux n'était présent dans les conduites, en méconnaissance encore du règlement d'assainissement, " la présence d'un clapet anti-retour sur la conduite des eaux pluviales n'aurait probablement pas empêché l'expulsion du tampon expansible ". L'expert ajoute que la présence d'un collier à griffes permet de remédier à l'insuffisance du tampon.

8. Il résulte de l'instruction qu'en vertu notamment de l'article 2.2.4 du CCAP et de l'article 4.1.1 du CCTP applicables au lot n° 13, il incombait à la société Cegelec A de respecter la réglementation applicable à A en matière d'assainissement, et en particulier l'article 30 du règlement d'assainissement approuvé le 25 mai 1998, et non l'article 33 du règlement établi en 2013 contrairement à ce qu'a retenu l'expert même si les deux sont rédigés en des termes analogues, et il lui incombait de réaliser les travaux qui lui étaient confiés au titre du lot n° 13 dans les règles de l'art. Toutefois, la société Cegelec Tertiaire Île-de-France n'a pas été partie aux opérations d'expertise, auxquelles elle n'a pas été attraite, et la procédure d'expertise n'a pas ainsi revêtu un caractère contradictoire à son égard. Elle conteste les éléments de fait avancés par l'expert tenant à l'insuffisance du tampon expansible posé, notamment l'absence de collier à griffes, et à l'omission alléguée d'un dispositif anti-refoulement, et aucun autre élément du dossier ne permet de les corroborer, alors que, au contraire, l'article 3.2.4 du CCTP prévoyait expressément un tel dispositif anti-refoulement, que les plans d'exécution du lot n° 13 et les schémas de principe qu'elle produit comportent un clapet anti-retour, que le procès-verbal de levée des réserves du 11 mars 2005 ne présente aucune indication sur l'un des deux points en cause et que le système a fonctionné normalement pendant quelques treize ans. Dans ces conditions, les constatations du rapport d'expertise, dans la mesure où elles sont contestées, ne sauraient être opposées à la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, quand bien même celle-ci a pu les discuter devant le tribunal, et, en l'absence d'autres éléments, la ministre ne peut être ainsi regardée comme apportant la preuve d'une faute commise. Au surplus, à supposer même établie l'absence de collier à griffes, l'article 30 du règlement d'assainissement comme l'article 44 du règlement sanitaire, s'ils prévoyaient la mise en place d'un tampon étanche résistant à la pression, ne mentionnaient pas expressément la présence d'un tel collier, et aucun dysfonctionnement n'a été rencontré pendant près de treize ans, alors que par ailleurs, compte tenu notamment de l'absence de réserves sur ce point lors de la réception des travaux, l'omission d'un clapet anti-retour par la société Cegelec A ne saurait en tout état de cause être retenue au vu des seules constatations effectuées plus de dix ans après par l'expert qui a au demeurant écarté tout rôle déterminant sur ce point. Dès lors, ces seuls éléments ne seraient pas de nature à établir, en tout état de cause, que la société Cegelec A, en dépit de sa qualité de professionnel, aurait méconnu volontairement ses obligations sans qu'elle puisse en ignorer les conséquences et aurait commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol.

9. En second lieu, la ministre de la culture soutient que la société Cegelec a également commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol en n'attirant pas l'attention du groupement de maîtrise d'œuvre sur le caractère insuffisant du dispositif d'évacuation des eaux pluviales demandé et mis en place.

10. Il résulte toutefois de l'instruction que l'article 3.2.4 du CCTP du lot n°13 " Plomberie - Protection incendie " prévoyait la mise en place d'un clapet anti-retour s'agissant du système d'évacuation des eaux pluviales, et que l'article 44 du règlement sanitaire de la Ville de A comme l'article 30 de son règlement d'assainissement, prévoyaient la mise en place d'un tampon résistant à la pression des eaux. Par suite, et quand bien même la présence d'un collier à griffes sur ce tampon n'était pas expressément prévue, le caractère insuffisant du dispositif prévu par le CCTP n'est pas établi. Il s'ensuit que la ministre de la culture n'est pas fondée à soutenir que la société Cegelec A a commis une faute en n'attirant pas son attention sur celui-ci. En tout état de cause, à supposer même l'existence d'une faute établie, la ministre n'apporte aucun élément de nature à établir que la société aurait méconnu volontairement ses obligations et sans qu'elle puisse en ignorer les conséquences.

En ce qui concerne le groupement de maîtrise d'œuvre :

11. En premier lieu, la ministre de la culture soutient que le groupement de maîtrise d'œuvre, représenté par M. B, a commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol lors de la conception du projet, en raison de l'absence de prise en compte effective des dispositions du règlement d'assainissement de la Ville de A dans le cadre de la rédaction du CCTP du lot n° 13.

12. Ainsi qu'il a déjà été exposé au point 8, si le respect de la réglementation relative à l'assainissement de la Ville de A par le groupement de maîtrise d'œuvre doit être apprécié au regard des dispositions de l'article 30 du règlement approuvé le 25 mai 1998, et non de celles de l'article 33 du règlement établi en 2013 contrairement à ce qu'a fait l'expert, ces dispositions sont toutefois analogues. Dans ce cadre si la ministre allègue que le groupement de maîtrise d'œuvre n'a pas indiqué, dans le CCTP du lot n° 13 " Plomberie - Protection incendie ", que les orifices présents sur les canalisations intérieures d'eaux usées et pluviales devaient être normalement obturés par un tampon étanche résistant à la pression, il résulte de l'instruction que le CCTP contenait à son article 4.1.1, la mention selon laquelle " Tout entrepreneur est tenu de respecter les textes réglementaires et normes en vigueur ", ce qui, par le renvoi notamment à l'article 30 du règlement d'assainissement et à l'article 44 du règlement sanitaire, impliquait notamment la mise en place d'un tampon étanche résistant à la pression. Dans ces conditions, la ministre de la culture n'établit pas l'existence d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol du groupement de maîtrise d'œuvre à ce titre.

13. En second lieu, la ministre de la culture soutient que le groupement de maîtrise d'œuvre a également commis une faute assimilable à une fraude ou à un dol lors de la réception des ouvrages, en ne relevant pas que la société Cegelec avait installé un dispositif non-conforme au règlement d'assainissement alors qu'elle le savait pertinemment.

14. Toutefois, l'expertise n'a pas davantage été rendue au contradictoire des membres du groupement de maîtrise d'œuvre, lesquels contestent les éléments de fait relevés par l'expert relatifs à l'insuffisance tampon expansible et à l'absence de dispositif anti-retour à la date de réception des travaux, sans que d'autres éléments du dossier ne permettent de les corroborer ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 8. Dans ces conditions, la ministre de la culture n'établit pas davantage l'existence d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol du groupement de maîtrise d'œuvre.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la ministre de la culture n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute assimilable à la fraude ou au dol de la société Cegelec d'une part, de M. B, de la société Architectures D B, de la société Frederic Druot Architecture, de la société Setec, de la société Cabinet Philippe Votruba et de la société Oteis France SAS d'autre part, au titre du groupement de maîtrise d'œuvre.

Sur la responsabilité de la société Idex Energies :

16. La ministre de la culture soutient qu'en ne détectant pas la non-conformité du tampon aux dispositions du règlement d'assainissement de la Ville de A et en s'abstenant d'alerter le ministère avec des propositions d'amélioration du dispositif, la société Idex Energies a commis des manquements à ses obligations contractuelles qui ont nécessairement entraîné une perte de chance réelle et sérieuse d'empêcher la survenance des préjudices résultant du refoulement des eaux usées le 10 juillet 2017.

17. Toutefois, en premier lieu, d'une part, si l'annexe n°1 au CCTP applicable au marché conclu avec la société Idex Energies prévoit, à sa page 49, que cette société procède à la " vérification de l'état des tampons et de leur étanchéité ", cette disposition concerne la maintenance du réseau extérieur d'évacuation et non du réseau intérieur où était placé le tampon litigieux. D'autre part, il est constant que l'état de ce tampon n'était pas en cause, puisque ce dernier n'était pas endommagé avant l'incident de 2017 et avait rempli son rôle dans les conditions normales de fonctionnement du réseau.

18. En second lieu, si l'article 9.1 du CCTP met à la charge de la société Idex Energies le " maintien des installations en conformité avec les règlements de sécurité et les règles de l'art ", cette prescription n'impliquait pas, par elle-même, le changement de modèles des tampons préalablement installés lors de la réalisation des travaux, et ce alors qu'aucun dysfonctionnement ne permettait de remettre en cause l'installation existante. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le tampon installé en 2004 ne méconnaissait pas les dispositions de l'article 33 du règlement d'assainissement de la Ville de A de 2013 ou de l'article 30 de celui de 1998, ce dernier ne prévoyant pas spécifiquement l'installation d'un collier à griffes et ne s'appliquant qu'aux conditions normales du réseau.

19. Dans ces conditions, et alors que le rapport d'expertise ne fait état d'aucun manquement de la société Idex Energies dans ses missions de maintenance du dispositif à partir de 2015 et jusqu'en 2017, la ministre de la culture n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de cette société dans la survenue des dommages subis après les intempéries du 10 juillet 2017.

20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir ni sur l'exception de prescription soulevées en défense, que les conclusions indemnitaires de la ministre de la culture doivent être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser les frais de l'expertise à la charge de l'Etat.

Sur les frais liés au litige :

23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

24. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des sociétés Cegelec Tertiaire Île-de-France, de M. B, de la société Architectures D B, de la société Frederic Druot Architecture, de la société Setec, de la société Cabinet Philippe Votruba, de la société Oteis France Sas et de la société Idex Energie, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, au bénéfice de l'Etat.

25. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à leur bénéfice respectif, au titre des frais exposés par la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, la société Frederic Druot Architecture, la société Setec, la société Cabinet Philippe Votruba, la société Oteis France Sas et la société Idex Energie et non compris dans les dépens, ainsi que la somme de 1 500 euros au bénéfice global de M. B et de la société Architectures D B.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la ministre de la culture sont rejetées.

Article 2 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de l'Etat.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat, au bénéfice de la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, de la société Frederic Druot Architecture, de la société Setec, de la société Cabinet Philippe Votruba, de la société Oteis France Sas et de la société Idex Energie une somme de 1 500 euros chacune, et au bénéfice global de M. B et de la société Architectures D B, une somme de 1 500 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions des défendeurs est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la ministre de la culture, à la société Cegelec Tertiaire Île-de-France, à la société Cegelec, à M. D B, à la société Architectures D B, à la société Frédéric Druot Architecture, à la société Setec, à la société Cabinet Philippe Votruba, à la société Oteis France et à la société Idex Energies.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Pény, premier conseiller ;

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

R. Doan

Le président,

H. Delesalle La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2118289-2118331/6-3

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