mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2118303 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PINTAT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2021 et 31 mars 2023, la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris et la société Groupama d'Oc, représentées par Me Pintat, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la société Groupama d'Oc la somme de 62 092 euros au titre des dommages subis par la SARL Le Cristal, exploitante d'une brasserie située 6, avenue de la Grande Armée, le 1er décembre 2018, dans le cadre de la manifestation du mouvement des " Gilets jaunes " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elles soutiennent que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies ;
- la société Groupama d'Oc a versé à la SARL Le Cristal, dans les droits de laquelle elle est subrogée, la somme de 62 092 euros, au titre de la réparation des dommages causés par la manifestation des " Gilets jaunes " du 1er décembre 2018.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les dommages indemnisés par la requérante ne sont pas imputables à la manifestation des " Gilets jaunes " du 1er décembre 2018 ;
- à titre subsidiaire, le montant du préjudice subi par la SARL Le Cristal doit être ramené à de plus justes proportions.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris ne justifie d'aucun intérêt lui donnant qualité pour demander la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice de la société Groupama d'Oc.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marthinet,
- les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique,
- et les observations de Me Estene, représentant la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris et la société Groupama d'Oc, et de de Mme A, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er décembre 2018, les locaux et équipements de la brasserie Le Cristal, située au 6, avenue de la Grande Armée, ont fait l'objet de dégradations. Certains de ses équipements ont également été volés. Par un courrier du 15 avril 2021, la société Groupama d'Oc, agissant en qualité de subrogée dans les droits de la SARL Le Cristal, assurée par la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris, elle-même réassurée par la société Groupama d'Oc, a demandé au préfet de police le remboursement de la somme de 57 015,90 euros versée à la SARL Le Cristal en réparation des dégradations et vols subis et de la perte d'exploitation en ayant résulté, ainsi que le versement à la SARL Le Cristal de la somme de 6 615,50 euros. Par une décision du 1er juillet 2021, le préfet de police a rejeté cette demande. La société Groupama d'Oc demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 62 092 euros.
Sur la recevabilité :
2. Il ne résulte pas de l'instruction que la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris justifie d'un quelconque intérêt lui donnant qualité pour demander la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice subi par son réassureur, la société Groupama d'Oc. Les conclusions formées au nom de la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris doivent, dès lors, être rejetées comme étant irrecevables.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la manifestation du mouvement protestataire des " Gilets jaunes " du 1er décembre 2018 a revêtu un caractère particulièrement violent et donné lieu à des affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants ainsi qu'à la commission, par ces derniers, de nombreuses dégradations, notamment à proximité de la place de l'Etoile. A l'occasion de cette manifestation, la brasserie Le Cristal, située à proximité immédiate de la place de l'Etoile, a fait l'objet de vols et dégradations résultant d'actes commis à force ouverte ou par violence, qui constituent des délits.
5. Le préfet de police fait valoir en défense que les dégradations commises sont le fait de " groupes de casseurs qui () ont essaimé dans les () avenues rayonnant autour de la place de l'Etoile " et qui auraient " profité de l'occasion de la manifestation () dans le seul but de commettre des infractions ". Cependant il ne résulte pas de l'instruction que les dommages faisant l'objet du présent recours aient été causés par un groupe distinct, constitué et organisé à seule fin de commettre des infractions. Dans ces conditions, les dommages subis par la brasserie Le Cristal le 1er décembre 2018 sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur l'évaluation des préjudices :
6. La société requérante justifie avoir versé à son assurée la somme de 62 092 euros au titre du vol et de la dégradation d'une partie de ses locaux et équipements et de la perte d'exploitation en ayant résulté. Elle demande, par suite, au tribunal de condamner l'Etat à lui reverser cette somme.
7. Il résulte cependant de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 24 février 2020, que le préjudice ayant résulté des vols et dégradations s'élève, compte tenu de la vétusté de certains des équipements remplacés, à la somme de 47 907 euros. Ce préjudice inclut les dépenses exposées pour assurer la sécurisation d'urgence des lieux, à hauteur de 560 euros, et le remplacement d'un équipement de vidéoprotection, à hauteur de 1 842 euros.
8. Par ailleurs, la société Groupama d'Oc a demandé au préfet de police de réparer la perte d'exploitation ayant résulté de la fermeture de la brasserie Le Cristal durant sept jours, en conséquence de ces vols et dégradations. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que la fermeture de la brasserie les samedis 8, 15, 22 et 29 décembre 2018 soit imputable à la manifestation du mouvement des " Gilets jaunes " du 1er décembre 2018, au contraire des fermetures du 1er décembre 2018 et des deux jours ouvrés ayant immédiatement suivis. La perte d'exploitation sur ces trois jours s'élève à la somme de 3 912 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Groupama d'Oc une somme de 51 819 euros.
Sur dépens et les frais liés au litige :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de l'État ne peuvent qu'être rejetées.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Groupama d'Oc en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Groupama d'Oc une somme de 51 819 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la société Groupama d'Oc une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Caisse locale des assurances mutuelles agricoles de l'Aveyronnais de Paris, première dénommée, en sa qualité de représentante unique des sociétés requérantes et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Marthinet, premier conseiller,
- Mme Marcus, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
L. Marthinet
La présidente,
P. Bailly Le greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609180
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que la déclaration de candidature, bien que déposée par courriel avant l'heure limite, n'avait été effectivement reçue et enregistrée par le consulat qu'après cette échéance, constituant ainsi un dépôt hors délai. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui fixe les conditions et délais de dépôt des candidatures.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609330
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger. Le tribunal a jugé que l'ambassadeur, en situation de compétence liée par la loi du 22 juillet 2013, devait refuser le récépissé définitif car la déclaration de candidature, déposée après l'heure limite locale (18h) et incomplète, ne satisfaisait pas aux conditions impératives de l'article 19 de cette loi. Les moyens invoqués par la requérante, notamment sur la confusion horaire ou les circonstances exceptionnelles, n'ont pas été retenus comme de nature à affecter cette appréciation légale.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus d'enregistrement de sa liste pour l'élection des conseillers des Français de l'étranger en Algérie. Le tribunal a jugé que le consul général, agissant en situation de compétence liée, devait légalement refuser l'enregistrement car le dossier complet et conforme a été reçu après l'heure limite de dépôt fixée à 18h par l'article 19 de la loi du 22 juillet 2013. Les moyens invoqués par le requérant, notamment une erreur matérielle dans l'envoi, n'ont pas été retenus pour faire échec à cette obligation de rejet.
28/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2609178
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en plein contentieux visant l'annulation du refus d'enregistrement d'une liste candidate aux élections des conseillers des Français de l'étranger pour la circonscription de Monaco. Le tribunal a annulé la décision du chef de poste consulaire, considérant que ce dernier avait excédé son pouvoir de contrôle en vérifiant des conditions non prévues par la loi, telle que l'inscription sur la liste électorale consulaire. La décision s'appuie sur l'article 19 de la loi n°2013-659 du 22 juillet 2013, qui limite strictement les motifs de refus d'enregistrement d'une candidature.
28/03/2026