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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118378

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118378

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118378
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, la société Royal Service Limousine, représentée par Me Creac'h, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le service vérificateur ne pouvait remettre en cause l'application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée sur l'ensemble de ses prestations sur la base de seulement six factures ;

- l'ensemble des factures mentionne une destination finale et la tarification dépend notamment de la distance parcourue, ce qui établit qu'il s'agit de prestations de transport de personne ;

- lors du précédent contrôle dont elle a fait l'objet, le service n'avait pas procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée alors que sa facturation était identique, ce qui constitue une prise de position formelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Royal Service Limousine n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barruel,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Royal Service Limousine, qui exerce une activité principale de transport de personnes et accessoirement de prestations de tourisme et de loisirs, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2018. L'administration lui a notifié, par propositions de rectification des 21 décembre 2018 et 15 juillet 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée selon la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales pour la période couverte par le contrôle. Par la présente requête, la société Royal Service Limousine demande la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 278 du code général des impôts : " Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 % ". Aux termes de l'article 279 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : () b quater. les transports de voyageurs ". Ce taux réduit s'applique aux mises à disposition, avec chauffeur, de véhicules conçus pour le transport de personnes lorsque ces opérations procèdent de l'exécution de contrats qui peuvent être qualifiés de contrats de transport, compte tenu notamment de leurs stipulations relatives à l'assurance et à la responsabilité du propriétaire ainsi qu'aux conditions concrètes d'exploitation de l'activité, en particulier des stipulations relatives à la tarification et à la maîtrise du déplacement par le propriétaire du véhicule. Ne relèvent pas d'une telle qualification, faute d'accord préalable sur les trajets à effectuer, les mises à disposition, avec chauffeur, de véhicules conçus pour le transport de personnes facturées à l'heure, pour lesquelles le tarif est totalement indépendant de la distance parcourue, voire de l'existence ou non d'un déplacement, comme les prestations assorties d'un kilométrage illimité ou celles dont les tarifs sont calculés exclusivement en fonction de la tranche horaire et de la durée de la prestation.

3. Il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si les recettes réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans celui du taux normal de cette taxe, eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ses opérations.

4. Pour mettre à la charge de la société requérante les compléments de taxe sur la valeur ajoutée litigieux, et en l'absence de production par la contribuable des contrats correspondant aux prestations de transport réalisées par celle-ci ou de tout autre élément relatif aux prestations réalisées, l'administration fiscale s'est fondée sur toutes les factures émises par la société ainsi que celles obtenues par l'exercice de son droit de communication au cours de la période litigieuse. Elle a ainsi relevé que la mention " transfert ", portée sur la grande majorité d'entre elles, était présente même lorsque la prestation est identifiée comme une location, ce terme désignant alors le nombre de jours de location. Elle a constaté que les factures obtenues dans le cadre du droit de communication comportaient des mentions différentes de celles fournies par la société au service ou révélaient soit, une prestation de location soit, un taux de taxe sur la valeur ajoutée facturé différent de celui comptabilisé et, parmi elles, il en a recensé sept dont les enregistrements en comptabilité font apparaître des différences avec les mentions de la facture, relatives au montant total ainsi qu'au taux de taxe sur la valeur ajoutée appliqué. Enfin, il a observé qu'alors que certaines des factures de la société requérante retenaient un taux de 20 %, aucune taxe sur la valeur ajoutée n'était comptabilisée à ce taux sur la période vérifiée, hormis en juillet et août 2018, notamment au 31 décembre 2016, le compte " 445711200-TVA COLL 20 % " a été soldé par une inscription au crédit du compte " 4457111000- TVA COLL 10 % ". Par ailleurs, pour qualifier les prestations réalisées par la société requérante de prestations de location, le service a relevé que, sur la majorité des factures, il existait une discordance entre les trajets indiqués et les prix pratiqués, révélée par un nombre de transferts correspondant, en réalité, au nombre de jours de la période couverte par la facture, des calculs globaux sans individualisation par trajet et des factures présentant un coût identique à celui appliqué à des distances plus longues, et que certaines prestations de transports, notamment hors Ile-de-France, étaient facturées forfaitairement indépendamment de la distance parcourue.

5. La société requérante soutient que l'ensemble des factures comportait la mention d'une destination finale, que la tarification, si elle dépend du client, est fixée également en fonction de la distance parcourue et que les chauffeurs ne restaient pas systématiquement à disposition du client lorsque plusieurs jours sont facturés. Toutefois, par ces seules affirmations, la société, qui ne produit aucune des factures de la période en litige, ni de détail de sa facturation ou de pièces afférentes aux prestations qu'elles concernaient, ne justifie pas que ces prestations portaient sur des déplacements précisément identifiés de sa clientèle et non sur la jouissance d'un véhicule pour une période donnée au cours de laquelle le client détermine à quelles fins il l'utilise.

6. Dans ces conditions, à défaut d'avoir obtenu de la société requérante d'autres documents que des factures ainsi que l'intégralité de ces dernières sur la période vérifiée et compte tenu de l'ensemble des anomalies et des incohérences présentes sur ces factures et relevées par le service, celui-ci, qui ne s'est pas borné à n'en examiner que six d'entre-elles, était bien fondé à remettre en cause l'application du taux réduit par la société requérante.

7. En second lieu, si la société Royal Service Limousine fait valoir que l'administration n'a pas remis en cause le taux de taxe sur la valeur ajoutée réduit qu'elle a déclaré au titre de l'année 2015 et n'a donc pas procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour ce motif au titre de cette année, cette absence de redressement ne constitue pas une prise de position formelle de l'administration sur la situation de fait de la société au regard d'un texte fiscal, que la contribuable pourrait opposer à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société au titre de la période du

1er janvier 2015 au 31 août 2018 ainsi que des pénalités correspondantes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Royal Service Limousine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Royal Service Limousine et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

L. BARRUELLa présidente,

M-O. LE ROUX

La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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