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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118778

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118778

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118778
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantORIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 3 septembre 2021 et le 1er juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Orier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner l'université Paris Cité à lui verser la somme, à parfaire, de 30 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale avant dire droit évaluant l'entier préjudice qu'elle a subi, de condamner l'université Paris Cité à lui verser la somme déterminée après expertise en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable et de condamner l'université Paris Cité à lui verser une somme de 10 000 euros à titre de provision ;

3°) de mettre à la charge de l'université Paris Cité une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'université Paris Cité est engagée en raison des fautes commises résultant de l'inaction de l'administration face à la dégradation de ses conditions de travail ;

- elle l'est également en raison de l'illégalité de la décision du 20 juillet 2018 refusant de reconnaître son accident comme imputable au service ;

- elle est engagée en raison de l'illégalité de la décision du 29 novembre 2019 refusant la prise en charge de ses arrêts maladie à compter du 1er octobre 2019 au titre de l'accident de service, qui a été prise sans que la commission de réforme ne soit préalablement saisie et qui est entachée d'erreurs de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle l'est enfin du fait de la durée anormale de la procédure de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et de ses arrêts maladie ;

- elle a subi un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros, des troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 10 000 euros et un préjudice financier lié à la perte de chance d'exercer une activité professionnelle et de poursuivre sa carrière de 10 000 euros ;

- ses préjudices sont en lien direct et certain avec les fautes commises par l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai et 20 juillet 2022, la présidente de l'université Paris Cité conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis ;

- le lien de causalité n'est pas démontré.

Par une lettre du 10 octobre 2023, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à venir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la responsabilité sans faute de l'université Paris Cité est engagée à l'égard de Mme B, victime d'un accident reconnu imputable au service.

L'université Paris Cité a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public, enregistrées le 16 octobre 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 18 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de Me Barthélémy, substituant Me Orier, représentant Mme B.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 octobre 2023, a été présentée par Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est adjointe technique principale de recherche et de formation employée par l'université Paris Descartes, devenue l'université Paris Cité, et exerce les fonctions de préparatrice prothèses au sein de l'UFR d'odontologie. Elle a déclaré avoir été victime le 8 mars 2018 d'un accident dont elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service. Par une décision du 20 juillet 2018, un refus a été opposé à sa demande. Toutefois, à la suite de son recours gracieux formé le 14 septembre 2018, le président de l'université Paris Descartes, par un arrêté du 26 septembre 2018, a finalement reconnu l'imputabilité au service de son accident. Par une décision du 29 novembre 2019, l'administrateur provisoire de l'université Paris Descartes a toutefois refusé de prendre en charge, au titre de cet accident, les arrêts de travail à compter du 1er octobre 2019. Par un arrêté du 11 février 2021, la présidente de l'université Paris Cité a retiré cette décision et a accepté la prise en charge des arrêts de travail prescrits à l'intéressée à compter du 1er octobre 2019, au titre de l'accident de service. Par une lettre du 30 avril 2021, reçue le 3 mai suivant, Mme B a formé une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Mme B demande au tribunal, à titre principal, de condamner l'université Paris Cité à lui verser la somme, à parfaire, de 30 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable et, à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale avant dire droit afin d'évaluer l'entier préjudice qu'elle a subi, et de condamner l'université Paris Cité à lui verser une somme de 10 000 euros à titre de provision.

Sur la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 8 mars 2008 et des arrêts de travail à compter du 1er octobre 2019 :

2. Le refus illégal de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité publique à l'égard de l'agent, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain.

3. Mme B soutient que la décision du 20 juillet 2018 par laquelle le président de l'université Paris Descartes a refusé de reconnaître l'accident déclaré le 8 mars 2018 comme imputable au service et la décision du 29 novembre 2019 refusant la prise en charge de ses arrêts de travail postérieurs au 1er octobre 2019 au titre de cet accident de service sont entachées d'illégalité fautive. Toutefois, en tout état de cause, alors que ces décisions ont été retirées respectivement les 26 septembre 2018 et 11 février 2021 et que l'accident déclaré le 8 mars 2018 ainsi que les arrêts de travail postérieurs au 1er octobre 2019 ont été reconnus imputables au service, le préjudice financier invoqué par Mme B ne peut être regardé comme découlant de manière certaine et directe de ces éventuelles fautes. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que cette illégalité lui aurait causé un préjudice d'anxiété, la requérante n'établit pas la réalité de troubles dans les conditions d'existence et d'un préjudice moral distincts de ceux résultant de l'accident reconnu imputable au service en lui-même. Par suite, l'intéressée ne peut obtenir une indemnisation à ce titre.

Sur la durée de la procédure :

4. Il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il a été exposé au point 1, que Mme B a sollicité, le 13 avril 2018, la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident dont elle a déclaré avoir été victime le 8 mars 2018. Le médecin agréé a rendu ses conclusions le 11 juillet 2018. L'université Paris Descartes a opposé un rejet par une décision du 20 juillet 2018 à la demande de la requérante s'appuyant pour cela sur l'expertise de ce médecin agréé. Mme B a formé un recours gracieux le 14 septembre 2018 et une décision de reconnaissance est intervenue par un arrêté du 26 septembre 2018. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, par une décision du 29 novembre 2019, l'université Paris Descartes a refusé de prendre en charge les arrêts de travail prescrits à la requérante à compter du 1er octobre 2019 au titre de cet accident de service, s'appuyant à nouveau sur une expertise du médecin agréé du 4 novembre 2019. Mme B a formé un recours gracieux par lettre du 4 février 2020. Compte tenu notamment de l'état d'urgence sanitaire, elle a été convoquée à une nouvelle expertise médicale le 25 août 2020 sans toutefois pouvoir s'y rendre en raison de son hospitalisation. Cette expertise a pu se tenir le 25 janvier 2021. Par un arrêté du 11 février 2021, l'université Paris Cité a accepté la prise en charge des arrêts maladie au titre de l'accident de service. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il ne résulte pas de l'instruction que la procédure suivie a présenté, en l'espèce, une durée anormalement longue. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en laissant se prolonger l'incertitude sur sa situation administrative pendant une durée anormale, l'université Paris Cité aurait commis une faute à l'origine d'un préjudice moral et financier.

Sur l'accident de service :

5. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

6. Pour déterminer si l'accident de service ayant causé un dommage à un fonctionnaire est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, de sorte que ce fonctionnaire soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par l'administration de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service.

7. Mme B soutient que l'accident dont elle a été victime résulte de l'inaction fautive de l'Université face à la dégradation de ses conditions de travail. Il résulte de l'instruction que Mme B déclare avoir été victime le 8 mars 2018, en début d'après-midi, alors qu'elle se trouvait seule au sein du laboratoire prothèses, de symptômes invalidants, à savoir une crise de larmes incontrôlable et un mal-être profond, à la suite desquels son médecin a constaté le 14 mars 2018 un état d'anxiété généralisée et un stress avec retentissement sur la vie quotidienne. Si la requérante fait valoir que cet évènement résulte de l'exercice de ses fonctions depuis l'année 2013 auprès d'un collègue qui souffre d'alcoolisme et qui a adopté un comportement agressif et parfois violent tout en étant souvent absent de son lieu de travail, il ne résulte pas de l'instruction que les responsables hiérarchiques de Mme B auraient eu connaissance de ce comportement et qu'ils se soient alors abstenus de prendre des mesures correctrices. Il résulte au contraire des courriels de l'intéressée, notamment celui du 12 mars 2018, qu'elle a elle-même déclaré que les difficultés qu'elle rencontrait étaient restées " confidentielles ", alors qu'elle a indiqué dans sa déclaration d'accident de travail que " depuis toutes ces années de silence ", elle voyait ses conditions de travail se dégrader. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme B n'a alerté sa hiérarchie des absences de son collègue et de ses conséquences, qu'à compter du 1er février 2018, qu'elle a ensuite sollicité plusieurs jours de congés les 1er, 2 et 5 mars 2018 compte tenu de son état de santé psychologique et a pris contact avec le médecin de prévention à compter du 7 mars 2018. Dans ces circonstances, il ne résulte pas de l'instruction que l'accident déclaré le 8 mars 2018 serait imputable à une faute commise par l'université dans l'organisation ou le fonctionnement du service, qui aurait, par son abstention, méconnu son obligation de sécurité et de protection de la santé des agents.

8. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'université Paris Cité.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

S'agissant de l'engagement de la responsabilité :

9. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 26 juillet 2018, le président de l'Université Paris Descartes a reconnu l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme B le 8 mars 2018. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que Mme B, est fondée à rechercher la responsabilité sans faute de l'université Paris Cité pour l'indemnisation des préjudices patrimoniaux d'une nature autre que la perte de revenus et l'incidence professionnelle ou des préjudices personnels qu'elle a subis résultant de cet accident.

S'agissant de la réparation :

10. D'une part, en l'absence de faute commise par l'université Paris Cité, Mme B ne peut solliciter la réparation que de préjudices autres que ceux relatifs à la perte de revenus et à l'incidence professionnelle. Ses conclusions présentées au titre de ces préjudices patrimoniaux ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

11. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment des certificats médicaux versés au dossier, que Mme B a, en raison de l'accident de service, subi des troubles anxio-dépressifs. Elle a été placée en arrêt de travail du 12 au 26 mars 2018 puis à compter du 18 avril 2018. Elle a été hospitalisée du 7 juillet au 18 septembre 2020, du 2 octobre au 31 décembre 2020, du 27 janvier au 4 juin 2021, puis du 21 juin au 3 août 2021 puis à compter du 9 septembre 2021. Au regard de ces éléments, il sera fait une juste évaluation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence en lui accordant la somme de 5 000 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que l'université Paris Cité doit être condamnée à verser à Mme B une somme de 5 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement, en réparation de ses préjudices résultant de l'accident du 8 mars 2018 reconnu imputable au service.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

13. Le tribunal statuant sur l'indemnisation due à Mme B, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'université Paris Cité la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au versement d'une provision.

Article 2 : L'université Paris Cité est condamnée à verser à Mme B une somme de 5 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement, en réparation de ses préjudices.

Article 3 : L'université Paris Cité versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université Paris Cité.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- Mme Deniel, première conseillère,

- M. Pény, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Deniel

Le président,

H. Delesalle La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2118778/6-3

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