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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119016

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119016

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119016
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantLUCIANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, Mme A C, représentée par Me Luciani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Mme C soutient que :

-l'administration n'a pas indiqué clairement le fondement juridique sur la base duquel elle a exercé son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire ;

-les enquêtes diligentées contre elle se sont conclues par un non-lieu ;

-elle a été privée des garanties encadrant la vérification de comptabilité en ce qui concerne les redressements relatifs aux bénéfices non commerciaux ;

-les sommes versées directement ou indirectement par M. B correspondent à des prêts ;

-les sommes restantes doivent être regardées comme des subsides qui ne peuvent pas être taxés entre ses mains sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts ;

-l'administration ne démontre pas que ces subsides ne seraient pas de pures libéralités ;

-c'est à tort que l'administration a appliqué la pénalité pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts ;

-l'application de la majoration de 25 % aux revenus soumis aux prélèvement sociaux est contraire à la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, le directeur national des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-à titre principal, la requête est irrecevable en raison de la tardiveté de la réclamation présentée par la requérante ;

-à titre subsidiaire, aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle pour les années 2014 et 2015 et l'administration lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2014 par une proposition de rectification du 14 décembre 2017. Mme C demande la décharge de ces impositions.

2. Aux termes de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. () ". L'article L. 169 du même livre dispose : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article R. 196-1 dudit livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; () ". Aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. - Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois. () ". Aux termes de l'article 10 de la même ordonnance : " I.- Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : / 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 () ".

4. D'une part, il est constant que les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2018. En application des dispositions précitées du a) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, Mme C pouvait présenter une réclamation jusqu'au 31 décembre 2020. Ainsi, la réclamation formée le 20 mai 2021 était tardive au regard du délai général de réclamation prévu au a) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales.

5. D'autre part, il est constant que les impositions litigieuses sont issues de rectifications portées à la connaissance de Mme C par une proposition de rectification en date du 14 décembre 2017, reçue le 21 décembre suivant. L'administration ayant établi ces rectifications en bénéficiant du délai de reprise prévu au premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, Mme C pouvait valablement déposer une réclamation contentieuse jusqu'à la fin de la troisième année suivant la date de réception de cette proposition de rectification, soit le 31 décembre 2020. Ainsi, la réclamation formée le 20 mai 2021 était également tardive au regard du délai spécial prévu à l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales. Mme C soutient que le délai spécial de réclamation a été prolongé de 165 jours en application des dispositions précitées de l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020, qui prévoient la suspension du délai de prescription et qui doivent être regardées comme autorisant symétriquement la suspension du délai de forclusion des actions visant à la contestation des impositions ayant bénéficié de la suspension du délai de reprise, et qu'elle pouvait donc former une réclamation jusqu'au 14 juin 2021. Toutefois, le délai de reprise dont disposait l'administration pour les impositions en litige ayant expiré le 31 décembre 2017, soit antérieurement à la date de l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 25 mars 2020, la suspension prévue par cette dernière ne pouvait pas s'appliquer en l'espèce. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la réclamation présentée par Mme C le 20 mai 2021 en raison de sa tardiveté. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses composantes.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur national des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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