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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119187

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119187

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119187
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, et un mémoire enregistré le 8 août 2023, Mme B A, représentée par Me Coll, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 45 000 euros au titre des préjudices subis, assortie de intérêts à compter de la notification de sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'Etat est responsable des fautes commises par l'administration à son égard, toute illégalité fautive étant de nature à engager la responsabilité de l'administration dès lors qu'elle génère un préjudice direct et certain ;

- elle a été contrainte de saisir le tribunal à plusieurs reprises pour que celui-ci annule les décisions illégales prises à son encontre et qui ne lui ont pas permis de travailler dans des conditions normales et ont eu des effets sur sa vie privée ;

- les agissements de l'administration lui ont causé un préjudice moral ainsi que des troubles dans les conditions d'existence qu'il convient d'indemniser à hauteur de 20 000 euros ;

- les agissements de l'administration lui ont causé un préjudice matériel qu'il convient d'indemniser à hauteur de 25 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme A n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la note de renseignement et d'appréciation dont elle a fait l'objet au titre de l'année 2015, de l'arrêté du 24 novembre 2016 lui infligeant une sanction de blâme, de la décision orale du 2 août 2017 portant affectation à la brigade hebdomadaire de journée à l'unité de transmission et diffusion de l'Etat-major de la DSPAP, de la décision du 2 octobre 2018 par laquelle le préfet de police a refusé de lui communiquer son dossier administratif local, également appelé " archives chronologiques " et de la décision relative au " refus d'exécuter " le jugement n°1819922 du 23 mai 2019 qui a toutefois été exécuté ;

- Mme A n'a pas un droit à réparation, car toute illégalité fautive n'ouvre pas droit à réparation en l'absence de lien de causalité entre l'illégalité et les préjudices invoqués ;

- à supposer que l'illégalité des quatre décisions était de nature à engager la responsabilité de l'administration, aucun de lien de causalité direct et certain n'existe entre ces illégalités et les préjudices allégués par Mme A, laquelle n'établit pas leur réalité.

Par ordonnance du 5 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, gardienne de la paix est affectée au service local des transmissions et des diffusions (UTD) de l'Etat-major de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) de la préfecture de police. Par un jugement n°1603713 du 25 avril 2017, le tribunal a, annulé la notice de renseignements et appréciations de Mme A, établie au titre de l'année 2015, qui n'a pas été précédée d'un entretien préalable et l'a privée d'une garantie. Il a, par un jugement n°1702322 du 21 juin 2018 annulé la sanction de blâme infligée à l'intéressée notamment pour avoir bénéficié de 16 jours de repos non justifiés du 4 août 2014 au 21 décembre 2014 avec la complicité de son chef d'unité. Cette sanction était entachée d'un vice de procédure, Mme A n'ayant pu consulter son dossier administratif complet avant que la sanction ne soit prononcée. Le tribunal a, par un jugement n°1819922 du 23 mai 2019, annulé la décision du 2 octobre 2018 par laquelle le préfet de police a refusé de communiquer à Mme A son dossier administratif local, également appelé " archives chronologiques " et enjoint à ce dernier de le lui communiquer dans un délai d'un mois. Enfin, le tribunal a, par un jugement n° 1715280 du 26 septembre 2019, annulé la décision orale du 2 août 2017 portant affectation de Mme A à la brigade hebdomadaire de journée à l'unité de transmission et de diffusion de l'Etat-major de la DSPAP. Par un courrier du 10 juin 2021, Mme A a sollicité de l'administration l'indemnisation des préjudices matériel et moral qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises par l'administration tenant tant à l'illégalité de ces décisions qu'à l'inexécution du jugement du 21 juin 2018 et à celle du jugement du 29 mai 2019. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 45 000 euros en indemnisation de ses préjudices.

Sur la responsabilité :

2. Si en principe toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, ce n'est que pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

3. Il est constant que les décisions précitées annulées par le tribunal, entachées d'illégalité, sont de nature à engager la responsabilité de l'administration pour autant qu'il en soit résulté des préjudices directs et certains pour Mme A.

4. Mme A soutient d'une part, que ces décisions illégales lui ont causé un préjudice matériel.

5. S'agissant de la note de renseignement et d'appréciation dont Mme A a fait l'objet au titre de l'année 2015, qui n'ayant pas été précédée d'un entretien préalable, a été annulée par le jugement n°1603713 du 25 avril 2017 du tribunal, si celle-ci a privé la requérante d'une garantie, Mme A n'ayant pas été mise en mesure de s'entretenir avec son supérieur hiérarchique, elle ne comportait cependant pas d'appréciations négative sur sa manière de servir. Et l'administration aurait pris la même notation si la notice de renseignements et appréciations avait été précédée d'un entretien. Dans ces conditions Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle a nui à son évolution professionnelle. Quant à la sanction de blâme infligée à Mme A le 24 novembre 2016, si le tribunal a annulé cette sanction disciplinaire pour vice de procédure lié à l'absence de communication à l'intéressée de l'intégralité de son dossier administratif, en méconnaissance de l'article 19 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, toutefois il ressort des pièces du dossier que la sanction de blâme était parfaitement justifiée eu égard à la gravité des faits reprochés, Mme A ayant au demeurant reconnu ces faits. Si Mme A invoque l'effacement tardif de cette sanction disciplinaire de son dossier individuel, qui a d'ailleurs nécessité la mise en œuvre d'une procédure juridictionnelle d'exécution du jugement précité du 21 juin 2018, il ne résulte pas de l'instruction que la mention du blâme dans son dossier qui n'en a été effacée que le 6 février 2020 lui aurait fait perdre une chance sérieuse de bénéficier d'un avancement.

6. Par ailleurs, l'illégalité de la décision de 2 août 2017 n'est de nature à engager la responsabilité de l'administration, ainsi que le fait valoir le préfet de police, que pour la période du 2 août 2017 au 3 mars 2020, date de la réintégration de Mme A sur son poste de nuit, sous réserve qu'elle soit en mesure d'établir que cette décision lui a causé un préjudice direct et certain. Or, si Mme A soutient que son affectation illégale en brigade de jour ne lui a pas permis de percevoir l'indemnité dominicale ainsi que la majoration de travail de nuit et qu'elle n'a pas reçu la prime annuelle de fidélisation, elle a, sur la période du 3 juin 2017 au 3 mars 2020, été placée en position de congé maladie et ne pouvait donc bénéficier de ces primes et indemnités liées à l'exercice effectif des fonctions, eu égard aux dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicables en l'espèce. En outre, si Mme A soutient avoir subi un préjudice de 1 747 euros en raison de son passage en mi-temps thérapeutique, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit et il ne résulte pas de l'instruction que ce passage ait eu une incidence sur son régime indemnitaire. Mme A n'établit pas davantage de " perte de chance " quant au montant de sa future retraite.

7. S'agissant de l'illégalité de la décision du 2 octobre 2018 par laquelle le préfet de police a refusé de communiquer à Mme A son dossier administratif local, également appelé " archives chronologiques ", il ne résulte pas de l'instruction que cette mesure aurait causé à la requérante un quelconque préjudice alors, que Mme A a finalement été mise à même, à la suite du jugement du tribunal du 23 mai 2019, de consulter à nouveau son dossier, ainsi que le tribunal en a d'ailleurs jugé en prononçant un non-lieu à statuer sur la demande d'exécution du jugement en cause.

8. Si Mme A a saisi le tribunal d'une demande d'exécution du jugement rendu en sa faveur le 23 mai 2019, elle a finalement obtenu, ainsi qu'il vient d'être dit au point 7, la possibilité de consulter son dossier administratif local et n'établit pas les préjudices qu'elle aurait subis du fait du retard mis par l'administration à exécuter ce jugement.

9. Enfin, si Mme A fait valoir qu'elle a été contrainte d'effectuer une expertise psychiatrique auprès d'un psychiatre expert près la Cour d'appel de Paris, cette expertise diligentée à son initiative et non dans un cadre contradictoire, n'avait pas à être prise en charge par l'administration, le préfet de police ne s'étant, en tout état de cause, pas opposé à la reconnaissance de sa maladie professionnelle.

10. Mme A soutient, d'autre part, qu'en raison de la notation illégale, de la mutation d'office illégale, du refus de lui communiquer son dossier administratif ainsi que du blâme injustifié dont elle a fait l'objet, et qu'elle assimile à des agissements de harcèlement moral, elle a subi un préjudice moral ainsi que des troubles dans les conditions d'existence

11. Si Mme A a été placée de juin 2016 à juin 2017 et du 22 août 2018 au 4 décembre 2018, en arrêt, requalifiés en maladie professionnelle, puis à compter du 1er septembre 2020, en " séquelle de blessures ", toutefois il ne résulte pas de l'instruction que les agissements fautifs de l'administration, en l'occurrence les décisions illégales annulées par le tribunal traduisent un harcèlement moral à l'encontre de l'intéressée.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A qui n'établit pas avoir subi de préjudices au titre de l'illégalité des décisions administratives prises à son égard par le préfet de police n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices matériel et moral qu'elle estime avoir subis. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

F. Ho Si Fat

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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