vendredi 1 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119312 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | TAUPENAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 septembre 2021 et 26 avril 2023, M. A B, représenté par Me Marion Taupenas, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Orange au paiement d'une indemnité globale de 539'531,45 euros en réparation des préjudices résultant de son absence d'affectation du 30 octobre 2006 au 31 décembre 2013 ;
2°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été illégalement évincé du service en l'absence d'affectation par France Télécom devenue la société Orange pour la période du 30 octobre 2006, date d'annulation de la décision de radiation des cadres dont il a fait l'objet, au 1er janvier 2014, date de sa mise à la retraite, alors qu'il a multiplié les démarches pour obtenir une affectation ;
- s'agissant des préjudices subis, il demande une indemnité de 156 171,45 euros correspondant à la perte de rémunération durant cette période, une indemnité de 200 000 euros en réparation du préjudice moral subi, une indemnité de 16 000 euros correspondant à la perte du bénéfice d'un plan épargne logement qu'il a utilisé afin de combler la perte de rémunération et une indemnité de 167 360 euros correspondant à la perte de chance d'obtenir un prêt plus conséquent pour l'achat d'un deux pièces de 40 m² à Paris alors qu'il bénéficiait de l'apport de son logement et du capital de son plan épargne logement ;
- ses demandes indemnitaires ne sont pas prescrites dès lors qu'il n'a eu une connaissance suffisamment certaine de l'étendue des préjudices qu'au plus tôt le 10 novembre 2016, date de lecture du jugement n° 1512870 du tribunal administratif de Paris, et au plus tard le 16 mai 2017, date de lecture du jugement n° 1515463 du même tribunal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, la société Orange, représentée par son représentant légal et Me Anne Bost, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les demandes indemnitaires de M. B sont prescrites en application de la prescription quinquennale de l'article 2224 du code civil ;
- les préjudices invoqués ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et des télécommunications ;
- le décret n° 72-420 du 24 mai 1972 modifié, portant statut particulier du corps des techniciens des installations de télécommunications ;
- le décret n° 96-1174 du 27 décembre 1996 approuvant les statuts de France Télécom et portant diverses dispositions relatives au fonctionnement de l'entreprise nationale ;
- le décret n° 2004-738 du 26 juillet 2004 relatif à l'application aux corps de fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics des dispositions de l'article 29-3 de la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 modifiée relative à l'organisation du service public de la poste et des télécommunications ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 février 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, fonctionnaire titulaire des postes et télécommunications, nommé par arrêté préfectoral du 13 février 1976 en qualité d'ouvrier d'Etat, a choisi, lors de l'application de la réforme issue des décrets n° 93-514 et 93-519 du 25 mars 1993 pris en application de l'article 29 de la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de La Poste et des Télécommunications, de conserver son grade dans son corps de reclassement et refusé d'intégrer un corps dit de reclassification. Par un jugement n° 0421226 du 30 octobre 2006, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 19 août 2004 du directeur des réseaux sectoriels et d'accès de France Télécom le radiant des cadres pour abandon de poste à compter du 1er juillet 2004, a condamné France Télécom à lui verser une indemnité en réparation de son préjudice financier et a enjoint à France Télécom de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits à pension. A la suite de ce jugement, M. B n'a pas obtenu de poste dans la fonction publique de l'Etat. Par un arrêt n° 11PA00641 du 4 juillet 2013, la cour administrative d'appel de Paris a confirmé le jugement du 22 décembre 2010 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté les conclusions de M. B tendant, d'une part, à l'annulation de la décision implicite née le 15 avril 2007 rejetant sa demande d'attribution d'un poste dans la fonction publique de l'Etat, d'autre part, à ce qu'il soit enjoint au ministre de lui attribuer un poste et de reconstituer sa carrière et, enfin, à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice né de l'exclusion professionnelle dont il estime avoir fait l'objet. Par un jugement n° 1512870 du 10 novembre 2016, le tribunal administratif de Paris a rejeté ses demandes tenant à la condamnation de la société Orange et de l'Etat à lui verser une indemnité de 250 000 euros en réparation des préjudices de carrière qu'il estimait avoir subis depuis 2004. Par un jugement n° 1515463 du 16 mai 2017, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 23 octobre 2015 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté la demande de M. B tendant à la révision de sa pension de retraite et enjoint au ministre de l'économie et des finances de procéder à sa révision en tenant compte de la période d'éviction illégale comprise entre le 31 octobre 2006 et le 31 décembre 2013 et à la société Orange de procéder à la reconstitution de ses droits à pension. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la société Orange au paiement d'une indemnité globale de 539'531,45 euros en réparation des préjudices subis résultant de son absence d'affectation durant cette période.
Sur l'exception de prescription :
2. D'une part, aux termes de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile : " Les actions personnelles () se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". La prescription instituée par cette disposition court à compter de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage quand bien même le responsable de celui-ci ne serait à cette date pas encore déterminé. Les conséquences futures et raisonnablement prévisibles des désordres apparus ne constituent pas une aggravation du dommage de nature à reporter le point de départ du délai de prescription.
3. D'autre part, le II de l'article 26 de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile dispose que : " Les dispositions de la présente loi qui réduisent la durée de la prescription s'appliquent aux prescriptions à compter du jour de l'entrée en vigueur de la présente loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure ". Il en résulte que, jusqu'à l'entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008, les actions en responsabilité civile extracontractuelle se prescrivaient par dix ans à compter de la manifestation du dommage, en application de l'article 2270-1 du code civil. Après l'entrée en vigueur de cette loi, une telle action se prescrit par cinq ans en vertu des dispositions de l'article 2224 du code civil. Toutefois, lorsque la prescription de dix ans n'était pas acquise à la date d'entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008, l'application de l'article 2224 du code civil ne saurait conduire à prolonger la prescription au-delà de la durée de dix ans résultant des dispositions antérieures.
4. Enfin, le second alinéa de l'article 2222 du code civil dispose qu'en cas de réduction de la durée du délai de prescription, " ce nouveau délai court à compter du jour de l'entrée en vigueur de la loi nouvelle, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. ". En vertu du premier alinéa de l'article 1er du même code " Les lois () entrent en vigueur () le lendemain de leur publication au Journal officiel de la République française ". La loi du 17 juin 2008 ayant été publiée au Journal officiel de la République française le 18 juin 2008 il résulte des dispositions combinées des articles 2222 et 2224 du code civil que le délai de prescription de cinq ans a commencé à courir à la date du 19 juin 2008 pour les créances non encore prescrites à cette date.
5. La créance indemnitaire relative à la réparation des préjudices invoqués par M. B résultant de l'absence d'affectation sur un emploi correspondant à son grade au sein de France Télécom puis de la société Orange pour la période comprise entre le 30 octobre 2006, date de lecture du jugement n° 0421226, et le 1er janvier 2014, date de son admission à la retraite, doit être rattachée à chacune des années comprises entre 2006 et 2013 au cours desquelles le préjudice a été subi. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B a, avant l'enregistrement de la présente requête, interrompu la prescription par une demande en justice, une mesure conservatoire ou un acte d'exécution forcée au sens et pour l'application des dispositions des articles 2240 et suivants du code civil ni, au demeurant, que la société Orange a reconnu la créance invoquée. A cet égard, une demande de paiement ou une mise en demeure, fût-elle envoyée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, ne peut être regardée comme un acte susceptible d'interrompre le cours de la prescription décennale qui a couru du 30 octobre 2006 au 18 juin 2008 puis quinquennale pour les créances postérieures au 19 juin 2008.
6. En outre, les requêtes introduites par M. B devant la juridiction administrative ne visent pas à l'indemnisation des préjudices se rapportant au fait générateur consistant pour France Télécom puis la société Orange à ne pas l'avoir réintégré juridiquement ni même effectivement dans ses fonctions ou sur un autre emploi correspondant à son grade. Si M. B soutient qu'il avait une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage en résultant au plus tôt à compter du 10 novembre 2016, date de lecture du jugement n° 1512870, ou au plus tard à compter du 16 mai 2017, date de notification du jugement n° 1515463, il ne pouvait cependant pas ignorer que l'annulation de la décision du 19 août 2004 le radiant des cadres par le jugement du 30 octobre 2006 impliquait nécessairement sa réintégration dans ses fonctions alors même que ce dernier jugement ne le précisait pas. Il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'il a été empêché d'agir contre France Télécom puis la société Orange au sens des dispositions de l'article 2234 du code civil pour obtenir le paiement de sa créance avant la saisine du tribunal par la présente requête. Par conséquent, M. B devant être regardé comme ayant eu une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage résultant de son absence d'affectation dès le 30 octobre 2006, date de notification du jugement n° 0421226 rendu le même jour, et en l'absence d'interruption du cours de la prescription, celle-ci était acquise pour la totalité des créances revendiquées par M. B à la date d'enregistrement de la présente requête le 11 septembre 2021.
7. Il résulte de ce qui précède que l'exception de prescription opposée par la société Orange doit être accueillie. Dès lors, les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société Orange au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
Mme Massiou, première conseillère,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025