jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119356 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DOGAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 septembre 2021, la société Miroir, représentée par Me Dogan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de l'exercice clos en 2016, à hauteur de 47 493 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure de vérification est irrégulière, le contrôle ayant porté sur des exercices pour lesquels le délai de reprise avait expiré ;
- la procédure de vérification est irrégulière, faute de débat oral et contradictoire ;
- la méthode de reconstitution adoptée par l'administration fiscale est sommaire et radicalement viciée dans son principe.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Miroir ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Miroir, qui exploite un salon de coiffure spécialisé dans les extensions capillaires dans le 14e arrondissement de Paris, a fait l'objet en 2017 d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er août 2013 au 31 juillet 2016 concernant l'impôt sur les sociétés, et du 1er août 2013 au 31 mars 2017 concernant la taxe sur la valeur ajoutée. L'administration fiscale n'a pas retenu le caractère probant de la comptabilité de la société pour l'exercice clos le 31 juillet 2016 et a reconstitué son chiffre d'affaires pour cet exercice. Par une proposition de rectification du 5 décembre 2017, l'administration fiscale a informé la requérante de son intention d'opérer un rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 17 862 euros et un rehaussement de la base imposable à l'impôt sur les sociétés de 107 174 euros, et d'assortir ces rehaussements d'intérêts de retard. Par un courrier du 6 février 2018, la société requérante a contesté les rectifications, qui ont été maintenues par un courrier du 14 février 2018. Les impositions ont été mises en recouvrement le 31 mai 2018, pour un montant de 47 493 euros. La requérante a formulé deux réclamations le 20 décembre 2018 et le 12 mars 2020, respectivement rejetées le 28 février 2019 et le 13 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ".
3. Si la société requérante soutient que le contrôle réalisé par le service vérificateur en 2017 a porté sur des exercices pour lesquels le délai de reprise avait alors expiré, en se prévalant de la mention par la proposition de rectification du fait que le service s'était fait remettre les fichiers des écritures comptables relatifs aux exercices 2010, 2011 et 2012, il résulte de l'instruction que cette mention relève d'une erreur de plume, la proposition de rectification, l'avis de vérification et les autres pièces de la procédure d'imposition se rapportant, outre cette mention, uniquement aux exercices clos en 2014, 2015, 2016 et 2017. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les opérations de contrôles réalisées dans le cadre de la vérification de comptabilité se sont déroulées, à la demande de la gérante de la société, au sein du cabinet de l'expert-comptable mandaté par celle-ci. Dans ces conditions, il revient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
5. Si la requérante soutient que les conditions de la procédure de vérification n'ont pas permis la mise en œuvre d'un débat oral et contradictoire, elle se borne, pour l'établir, à soutenir que l'administration fiscale n'a pas pris en compte des éléments que son expert-comptable a transmis au service par courriel du 20 novembre 2017. Or, il résulte de l'instruction que la vérification s'est achevée le 8 novembre 2017, date à laquelle la réunion de synthèse s'est tenue. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
6. Pour reconstituer les recettes de la société requérante, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale s'est fondée sur les achats revendus d'extensions durant l'exercice clos en 2016, à partir de la quantité achetée dans l'année, à laquelle a été ajouté le stock initial et retranché le stock final, puis appliqué un taux de perte de 15 %. L'administration fiscale a ensuite calculé un prix unitaire des extensions à partir des prestations effectuées durant la période d'observation du 13 au 26 juin 2017, qui permet de calculer le nombre d'extensions utilisées par cliente. Elle a par ailleurs calculé la part du chiffre d'affaires relatif aux extensions dans le chiffre d'affaires total constaté durant la période d'observation, en a déduit un coefficient de 0,30. Elle a enfin calculé le chiffre d'affaires reconstitué en multipliant le chiffre d'affaires réalisé durant l'exercice clos en 2016 au titre des extensions par ce coefficient.
7. D'une part, si la requérante soutient que les conditions d'exploitation de son activité n'ont pas été prises en compte par le service, en faisant valoir que le nombre d'équivalents temps plein travaillés au sein de la société est incompatible avec le chiffre d'affaires reconstitué, elle n'apporte aucun élément tangible de nature à remettre en cause l'approche de l'administration.
8. D'autre part, si la requérante soutient que l'administration fiscale a indûment pris en compte des factures de mèches antérieures et postérieures à l'exercice clos en 2016, il ne résulte pas de l'instruction qu'une autre facture que celle du 31 juillet 2015 aurait été prise en compte en dehors de la période de l'exercice, alors que cette facture correspond nécessairement, au vu de sa date, à des mèches utilisées au cours de l'exercice en cause. En outre, si la requérante conteste le taux de perte des mèches de 15 % retenu par l'administration et propose de retenir un taux de 18 %, au motif que seules les pertes liées à la formation des coiffeurs auraient été prises en compte, à l'exclusion de celles liées à la mauvaise qualité des mèches ou à leur pose, il n'est pas contesté que ce taux de 15 % a été défini après discussion avec la gérante estimant qu'aucune perte n'était due en dehors de la formation des apprentis, et la société n'apporte par ailleurs aucun élément permettant de considérer que le taux retenu par l'administration serait insuffisant. Si la requérante soutient que le prix des extensions retenu par l'administration, de 3,80 euros toutes taxes comprises, serait trop élevé dès lors qu'il aurait été calculé par référence aux prix pratiqués en 2017, qui auraient augmenté depuis l'exercice en litige, et en raison du fait qu'elle pratique des prix inférieurs aux prix moyens pour fidéliser sa clientèle, elle se contente de produire des dépliants dont la nature et les prix des prestations sont illisibles, et une facture unique de l'un de ses fournisseurs. Enfin, si la requérante soutient que la part des extensions dans le chiffre d'affaires de la société doit être fixée à 35 % et non à 30 % et se prévaut de la circonstance qu'une campagne de publicité réalisée sur un réseau social au cours de l'exercice a conduit à une augmentation de cette part, il résulte de l'instruction que les publicités réalisées au cours de cet exercice ne concernaient pas uniquement des prestations de pose d'extensions et que la campagne s'est poursuivie sur le même réseau social après le 31 juillet 2016. En outre, rien ne permet d'établir l'effet de ces campagnes sur la vente de prestations. Ces factures ne permettent donc pas de considérer que la part du chiffre d'affaires représentée par les extensions qui a été constatée sur la période d'observation en 2017 serait inférieure à cette part pour l'exercice clos en 2016. L'administration justifie ainsi de la pertinence de la reconstitution réalisée, et la requérante, qui ne propose pas de méthode alternative de reconstitution des recettes, n'apporte, pour sa part, aucun élément permettant de remettre en cause la validité de la méthode de reconstitution et le bien-fondé des rehaussements de recettes opérés par l'administration.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.
Sur les frais liés au litige :
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Miroir est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Miroir et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026