jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119551 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | CABINET AUMONT, FARABET-ROUVIER AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2021, Mme C A, représentée par Me Aumont, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 497 euros, augmentée des intérêts au taux légal, à actualiser à la date du jugement, en réparation du préjudice qu'elle subit du fait du refus de concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens.
Elle soutient que :
- le refus de concours de la force publique méconnaît les dispositions de l'article
L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution et engage la responsabilité de l'Etat ;
- elle subit un préjudice, car elle ne peut loger sa petite-fille dans le logement occupé, est contrainte de la loger dans un autre appartement lui appartenant et perd le bénéfice du loyer qu'elle aurait pu percevoir en remettant en location un des deux logements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnité mise à la charge de l'Etat à la somme de 723, 22 euros pour la période du 1er avril 2021 au 8 mars 2022.
Il soutient que :
- la période de responsabilité de l'Etat court du 1er avril 2021, en application de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles, au 8 mars 2022, date du classement du dossier par l'huissier instrumentaire ;
- le préjudice financier allégué par la requérante n'est qu'éventuel, celle-ci n'établissant pas avoir entrepris des démarches pour louer son bien ;
- si le tribunal estime que ce préjudice a un caractère certain, l'indemnité due doit être limitée à la différence entre le montant du loyer prévu au bail, indexé sur l'indice de référence des loyers, et celui de l'indemnité d'occupation versée par les occupants.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire d'un logement situé 112, rue Truffaut dans le 17ème arrondissement à Paris, qu'elle a loué à M. B par un contrat du 27 septembre 2010. Par un jugement du 24 février 2020, le tribunal judiciaire de Paris a déclaré valable le congé pour reprise donné à M. et Mme B, constaté que ceux-ci étaient occupants sans droit ni titre depuis le 1er octobre 2019, les a condamnés à verser à Mme A une indemnité d'occupation mensuelle égale au montant du loyer et augmenté des charges locatives, et autorisé Mme A à procéder à leur expulsion passé le délai de deux mois suivant la signification d'un commandement de quitter les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à M. et Mme B le 18 août 2020. Par acte d'huissier du 28 octobre 2020, Mme A a requis le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. et Mme B. Par lettre recommandée, avec accusé de réception, du 8 juin 2021, reçue par la préfecture de police le 9 juin 2021, Mme A a formé une demande préalable d'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du refus implicite du préfet de police de lui accorder le concours de la force publique. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 1 497 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de concours de la force publique.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 de ce même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ". Cette période a été prolongée jusqu'au 31 mai 2021 par l'ordonnance n°2021-141 du 10 février 2021. En outre, en vertu de l'article 2 de cette ordonnance, pour le calcul de la réparation du préjudice résultant des décisions de refus du préfet d'accorder le concours de la force publique pour assurer l'exécution d'une décision de justice ordonnant l'expulsion des occupants d'un logement, qui sont nées entre le 1er novembre 2020 et le 31 mars 2021, la période de responsabilité de l'Etat débute à compter du 1er avril 2021.
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis. Par ailleurs, la période de responsabilité de l'Etat au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe le jour où l'administration décide d'octroyer ce concours. Elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
6. Il résulte de l'instruction que Mme A a signifié le 18 août 2020 un commandement de quitter les lieux aux occupants de son logement, et adressé le 18 octobre 2020, soit deux mois après le commandement, une réquisition du concours de la force publique, par acte d'huissier, au préfet de police. En application des dispositions précitées, le défaut de réponse de l'autorité administrative a fait naître une décision implicite de refus le 18 décembre 2020, soit à une date à laquelle les occupants du logement bénéficiaient du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution. Par suite, en application des dispositions combinées de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution et de l'article 2 de l'ordonnance du 10 février 2021, précitées, la responsabilité de l'Etat en raison du défaut de concours de la force publique est engagée à compter du 1er avril 2021. Par un courriel du 8 mars 2022, l'huissier de justice a informé le préfet de police qu'il n'y avait plus lieu de recourir à la force publique pour l'expulsion des occupants, ceux-ci ayant quitté le logement et rendu les clés. Par suite, il incombe à l'Etat de réparer les préjudices causés à Mme A par l'occupation irrégulière de son logement entre le 1er avril 2021 et le 8 mars 2022.
Sur les préjudices :
7. Au soutien de sa demande d'indemnisation, Mme A fait valoir d'une part que l'occupation du logement par M. et Mme B l'a empêchée d'y loger sa petite fille. Il résulte toutefois de l'instruction qu'elle est propriétaire dans le même immeuble d'un autre logement dans lequel, sa locataire étant partie en juillet 2020, elle héberge désormais sa petite fille. Le préjudice de trouble de jouissance invoqué n'est pas établi.
8. Mme A fait valoir d'autre part qu'elle subit un préjudice pécuniaire, résultant de l'impossibilité de remettre en location au moins un des deux logements dont elle est propriétaire et de percevoir en contrepartie un loyer plus élevé que l'indemnité d'occupation. Toutefois, elle indique, dans ses écritures, que M. et Mme B acquittent bien l'indemnité d'occupation mensuelle, qu'ils ont été condamnés à lui verser par le jugement du tribunal judiciaire de Paris du 24 février 2020, et qui est " égale au montant du loyer contractuellement prévu au bail et révisé et augmenté des charges locatives qui auraient été payées si le bail s'était poursuivi ". Par suite, le préjudice pécuniaire allégué n'est pas établi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La magistrate désignée,
L. D
Le greffier,
Y. FadelLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-1
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026