jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119561 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'ALVERNY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 septembre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 16 novembre 2022, la société Linical France, représentée par Me Massé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution du crédit d'impôt en faveur de la recherche auquel elle a droit au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 pour un montant total de 198 210 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- les dépenses qu'elle a engagées pour les travaux de recherche et développement réalisés en Hongrie sont éligibles au crédit d'impôt en faveur de la recherche, dès lors que la société Linical Hungary est une succursale de la société Linical Europe GMBH, qui disposait d'un agrément du ministère chargé de la recherche ;
- le rejet de la demande de remboursement présentée par la société méconnaît les principes européens de liberté de circulation et de liberté d'établissement.
Par trois mémoires en défense enregistrés le 22 mars 2022, le 4 mai 2023 et le 6 juin 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin de restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2017 et 2018 sont irrecevables, la demande adressée par la société requérante pour ces deux années ayant été présentée prématurément ;
- les moyens soulevés par la société Linical France ne sont pas fondés.
II. Par un mémoire enregistré le 6 juin 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile de France et de Paris soumet d'office au tribunal en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, une réclamation du 6 janvier 2023 de la société Linical France tendant à la restitution du crédit d'impôt recherche au titre des années 2016, 2017 et 2018.
Elle soutient que la nouvelle réclamation du 6 janvier 2023 est tardive, donc irrecevable, s'agissant de l'année 2016.
La société Linical France soutient que :
- sa nouvelle réclamation n'est pas tardive dès lors que la saisine du tribunal a eu pour effet de prolonger le délai de réclamation ;
- elle est légalement fondée à demander la restitution du crédit d'impôt recherche dont elle s'estime titulaire au titre des années 2016, 2017 et 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- et les observations de Me Massé, représentant la société Linical France.
Considérant ce qui suit :
1. La société Linical France, qui exerce une activité de recherche préclinique et clinique, a souscrit trois déclarations le 9 mars 2017, le 12 juillet 2018 et le 25 juin 2019, faisant état respectivement d'un montant de crédit d'impôt recherche s'élevant à 455 438 euros au titre de l'année 2016, à 642 934 euros au titre de l'année 2017 et à 680 240 euros au titre de l'année 2018. Le 30 juillet 2019, elle a souscrit une nouvelle déclaration demandant le remboursement de ces créances de crédit d'impôt, pour les mêmes montants. Après lui avoir demandé des documents complémentaires pour l'examen de l'éligibilité des dépenses déclarées, l'administration fiscale a admis partiellement les demandes de la société requérante, à hauteur de 410 785 euros s'agissant de l'année 2016, de 521 677 euros s'agissant de l'année 2017 et de 647 880 euros s'agissant de l'année 2018, et a rejeté le surplus des demandes. La société Linical France demande la restitution du montant complémentaire de crédit d'impôt recherche auquel elle estime avoir droit au titre de ces trois années, soit 198 210 euros.
Sur les conclusions à fin de remboursement :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 septdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes agréés par le ministre chargé de la recherche selon des modalités définies par décret, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. Pour les organismes établis dans un Etat membre de l'Union européenne, ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, l'agrément peut être délivré par le ministre français chargé de la recherche ou, lorsqu'il existe un dispositif similaire dans le pays d'implantation de l'organisme auquel sont confiées les opérations de recherche, par l'entité compétente pour délivrer l'agrément équivalent à celui du crédit d'impôt recherche français. / Ces dépenses sont retenues dans la limite de trois fois le montant total des autres dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt, avant application des limites prévues au d ter ; () ". Aux termes de l'article 49 septies H de l'annexe III du code général des impôts : " I.- L'agrément des organismes de recherche ou des experts scientifiques ou techniques mentionné au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts est délivré par décision du ministère chargé de la recherche, sur présentation d'une demande établie conformément à un modèle fixé par l'administration, auprès des services centraux de la direction générale de la recherche et de l'innovation du ministère chargé de la recherche. / Sont jointes à la demande d'agrément les pièces justificatives attestant que dans l'année précédant sa demande l'organisme de recherche ou l'expert scientifique ou technique a mené sous sa responsabilité des opérations de recherche scientifique et technique, dont il a défini la démarche scientifique et réalisé les travaux avec ses propres moyens. La liste des pièces justificatives est fixée par arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la recherche. () "
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé d'intégrer dans les dépenses de la société requérante éligibles au crédit d'impôt recherche pour les années 2016, 2017 et 2018 des dépenses dont cette société soutient qu'elle les a engagées pour la réalisation d'activités de recherche et développement par la société Linical Hongrie.
4. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier l'imposition en substituant un motif à un autre, sous réserve que le contribuable ne soit pas privé des garanties de procédure qui lui sont données par la loi compte tenu du motif substitué.
5. Il résulte de l'instruction que, si l'administration fiscale a opposé à la requérante la circonstance que la société Linical Hongrie était une succursale de la société de droit allemand Linical Europe Gmbh, agréée par le ministère de la recherche, mais n'était pas elle-même agréée, elle sollicite par son mémoire enregistré le 22 mars 2022 une substitution de motif. Elle fait valoir que la société requérante n'établit pas que les dépenses de sous-traitance correspondant aux montants facturés par la société Linical Hongrie ont été exposées pour la réalisation d'opérations de recherche et sont ainsi éligibles au crédit d'impôt recherche.
6. Pour établir la réalité et l'objet de ces dépenses, la société requérante produit des factures qui lui ont été adressées par cette société sous-traitante, qui sont très peu détaillées, ne permettant donc pas d'identifier précisément les tâches confiées à Linical Hongrie. En outre, la société requérante ne produit pas de contrat détaillant les missions confiées à cette société, de cahier des charges ni toute autre pièce détaillant la nature des activités facturées par Linical Hongrie à Linical France. Ainsi, si la société Linical France justifie réaliser des activités de recherche, notamment sur des projets auxquels la société Linical Hongrie a été associée, l'administration est fondée à soutenir qu'elle n'établit pas que les dépenses correspondant aux montants qui lui ont été facturés par Linical Hongrie constituent des dépenses éligibles au crédit d'impôt recherche. La requérante ayant été mise à même de présenter ses observations sur ce point et n'ayant été privée d'aucune garantie légale, il y a donc lieu de procéder à la substitution de motif demandée.
7. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que le refus opposé par l'administration fiscale de reconnaître l'éligibilité des dépenses qu'elle a exposées en recourant à la sous-traitance de la société Linical Hongrie méconnaît les principes du droit de l'Union européenne de la liberté d'établissement et de la liberté de circulation, en ce qu'elle ne reconnaîtrait pas la valeur de l'agrément attribué à la société Linical Europe Gmbh, implantée en Allemagne, en dehors de cet Etat, il ne résulte pas de l'instruction, en tout état de cause, que le refus opposé par l'administration fiscale aurait été fondé sur l'implantation de cette société dans un pays différent de celui où la société agréée était implantée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de liberté d'établissement et du principe de liberté de circulation doit être écarté comme inopérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de restitution de la société requérante doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ses conclusions tendant à ce que soient mis à la charge de l'Etat les entiers dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Linical France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Linical France et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026